Chronique Ecolo-Buissonière n°19 : Glandeurs Non Violents

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 20 mars 2019

Ma dernière chronique (mars 2019) en son ICI et en mots ci-dessous :

En choisissant de traiter le sujet des Glandeurs Non Violents, je suis conscient de snober le sujet du jour qu’est la Communication Non Violente… Ce n’est pas que je ne me sente pas empathique personnellement et en capacité d’écouter et parler avec tous. Pour preuve, je passe ma vie à être un écolo intégriste pour les uns et un dangereux compromissionnaire acquis au Système pour les autres. En disant pourtant à peu près la même chose à mes interlocuteurs…

 

Le sujet Communication Non Violente est intéressant … mais il se trouve que ma dernière lecture cause si bien des arbres que j’avais envie de chroniquer chlorophylle. C’est comme ça. Une envie de vert, ça ne se discute pas.

 

Le livre c’est LA VIE SECRETE DES ARBRES du maintenant célèbre forestier allemand Peter WOHLLEBEN grâce à une audience peu ordinaire : plus de 1 millions d’exemplaires vendus dans le monde !

 

Cette chronique est aussi l’occasion pour moi d’ouvrir un nouveau combat. Nouveau combat qui est donc à ajouter aux dizaines d’autres abordés dans les 18 chroniques précédentes (déjà !). En vrac et non exhaustivement : la fiscalité du kérozène des avions, la masse croissante des voitures, la survie des trains de nuits, le plastique tueur d’Océan, les déserts médicaux, l’éradication organisée des grands mammifères et l’éradication plus anarchique des insectes, l’articulation du Je Nous, le combat contre les innovations toxiques, le mauvais usage de notre épargne, la mauvaise fois en matière de transition, le refus de la complexité, la publicité…

Le nouveau combat qui complète cette liste est linguistique celui-là.

Je voudrai vous faire un peu réfléchir à l’importance du gland et à la profonde injustice de la trop péjorative perception du glandeur dans notre monde moderne.

GNV

J’œuvre donc ici à la réhabilitation du gland comme un matériau noble de notre environnement et à celle de glandeur comme laborieux intérimaire de nos forêts.

Commençons par le début. Je vous présente le gland.

Le gland est le fruit du chêne, il est très riche en lipide (jusqu’à 50% de sa masse). La fructification demandant beaucoup d’énergie aux arbres, ils ne peuvent se permettre ce type de projet reproductif tous les ans.

La période de production des glands est appelée la glandée et se trouve donc fort irrégulière en quantité selon la météo, la santé de l’arbre ; son âge…

Par effet ricoché la santé des populations de sangliers ou de cochons sauvages mangeurs de glands, sont très impactées par ces irrégularités de glandée.

« Les années de petite glandée, les 3 petits cochons ont faim »

 

Et il n’y a pas que les petits cochons sauvages qui apprécient le gland. L’ONF aussi.

L’automne dernier, l’Office National des Forêts de Tronçais (lien) a sollicité pour la première fois depuis quatre ans, des glandeuses et des glandeurs pour une mission de la plus haute importance. Le quotidien auvergnat La Montagne a rapporté notamment que Gisèle a été missionnée pour parcourir les 430 ha de la forêt de Tronçais et récupérer les glands en bon état pour optimiser le processus naturel de renouvellement des générations. Ainsi 7 à 10 000 Litres de glands en pleine forme vont pouvoir être replanté.

Sans ce travail de petites mains, physique et demandant un œil expert pour ne pas ramasser des glands véreux (quel plaisir que de clamer que « glander n’est pas de tout repos » !). Sans ce travail donc, il faudrait s’en remettre à Dame Nature et compter sur quelques oiseaux ou mammifères oubliant leur surplus de stocks de glands cachés à des endroits qui doivent de surcroit être acceptables pour la croissance de bébé chêne.

Vous devez savoir que le taux de mortalité infantile est élevé chez les arbres.

Par exemple, un hêtre va produire durant sa vie de 150 ans, 60 fructifications, ce qui représente 1,8 millions de fruits (les faines). Et vous savez statistiquement combien vont réussir à produire un arbre adulte ? 1 seul !

Donc, pour une fois que l’homme peut donner un petit coup de main à la nature… remercions les glandeuses et glandeurs de leur boulot utile !

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Ce que je trouve beau, c’est que les glands et autres faines ne maitrisent rien de leur destinée mais participent pourtant à quelques choses de plus grand que leur simple existence. Toutes les forêts du monde sont passées par l’étape « gland » (ou équivalent).

Tout le pétrole que nous nous dépêchons de bruler de peur d’en laisser aux générations suivantes, vient quand, on y réfléchit bien, de ces petites choses insignifiantes que nous écrasons lors de nos balades en forêt.

Le gland est bien plus grand qu’il n’en a l’air, pensez-y dorénavant avant d’utiliser ce mot comme une insulte.

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J’en reviens au livre LA VIE SECRETE DES ARBRES. C’est un livre agréable à lire, captivant, cumulant les anecdotes faciles à transposer dans notre quotidien.

On y cause intelligence des arbres, communication, souffrances, relations de solidarité ou compétition, stratégie et innovation dans le but de bénéficier de la meilleure situation. La meilleure place « au soleil ».  On parle aussi de déplacement, de migrations…

Tous ces mots (intelligence, communication, innovation…) sont peu usités dans le contexte végétal. C’est le pari de l’auteur qui use et abuse de l’anthropomorphisme pour nous faire entrer en empathie avec le monde peu connu des arbres.

A le lire, on s’attendrait presque à voir l’arbre le plus proche de votre fenêtre (moi c’est un Erable), on s’attendrait presque à le voir vous sourire et partir se promener et marcher comme les Ents dans le seigneur des anneaux.

Il a été reproché à l’auteur de trop jouer sur la corde des sentiments humains (« bébé-arbres », « maman-arbre »…). Je pense que l’auteur a vraiment une vision humaine de ses amis arbres.

Et quand bien même il y aurait manipulation ! Qui reproche au marketing de faire parler des hamburgers ou des bonbons, qui critique les auteurs de publicité vantant que le dernier SUV de 2 tonnes saura vous rendre plus heureux.

S’il le faut, marketons les enjeux sociétaux ! Utilisons les armes du camp adverse. Aux armes stylistiques subversives Ecrivains !

Et tant pis si ce n’est pas de la communication non violente : Oups, pardon, je dérive…

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Ce week-end, au retour de l’Ile d’Yeu où j’ai assisté à un superbe concert de Nina Attal, je me disais que la souffrance après cette lecture, c’est de savoir que l’Europe n’a conservé que 3% de ses forets primaires et que – selon l’auteur – seules ces formes forestières sont adaptées à la vie épanouie des arbres.

L’espérance après cette lecture c’est de savoir la formidable résilience des arbres. Il faut seulement les laisser faire et penser avec une montre d’arbre qui mesure le temps long (il faut selon l’auteur moins de 400 ans pour reconstituer une forêt primaire européenne).

Et je rappelle que sans ses alliés arbres Frodon et ses potes n’auraient pas pu sauver la Terre du Milieu. Qui sait ce qui nous serions devenu sans les arbres.

J’arrête les bêtises. Lisez ce livre et passez quelques minutes à regarder vos voisins arbres. Vous allez voir, ça fait du bien.

 

C’était la seconde fois que je chroniquais sur les Arbres. Il y a une raison. Je ne les connais pas bien mais suis sûr de les aimer. Et puis cette citation de François René de Chateaubriand me hante un peu :

 

“Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.”

Publié dans CHRONIQUES ECOLO-BUISSONIERE, Non classé | 1 Commentaire »

 

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