Lu : « Il était minuit moins cinq à Bhopal » de Dominique Lapierre

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 1 juin 2017

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Quand je suis tombé sur ce livre de Dominique Lapierre dans la bibliothèque d’une amie (coucou Eve), je me suis rendu compte que je ne savais presque rien de cet évènement tragique. J’avais 9 ans en 1984 et l’actualité industrielle indienne ne constituait pas un centre d’intérêt prioritaire pour le petit auvergnat que j’étais.

Bien-sûr, pour l’auditeur de Systèmes de Management de l’Environnement que je suis devenu, Bhopal était la « mère des catastrophes industrielles » qui a notamment « motivé » la rédaction de la première mouture de la norme ISO 14001. Je n’en savais pas beaucoup plus avant de dévorer ce livre.

L’ouvrage de Dominique Lapierre et Javier Moro m’a donc éclairé sur les raisons de cet accident industriel. Mais peut-on parler « d’accident » industriel ici ? A partir de combien de morts faut-il changer de mot ? Même le terme de catastrophe ne parait pas à la hauteur pour qualifier une défaillance industrielle qui a causé la mort de 16.000 à 30.000 personnes (pas que le jour même mais dans les mois et années qui ont suivi) et blessé plus ou moins lourdement 500.000 autres indiens. 530.000 victimes ! à peine moins que la population entière de la Vendée.

En parallèle de la description factuelle des éléments qui expliqueront la fuite de gaz mortels en cette nuit du 3 au 4 décembre 1984, le récit s’attache à suivre la vie « normale » de protagonistes locaux et contemporains à l’Histoire de l’accident. Ces vies que le destin a mené à proximité immédiate de ce « bijou » qu’était le site industriel de la multinationale américaine Union Carbide. On s’attache aux personnalités, on suit leur aventure personnelle, leur survie, leur joie… jusqu’au mariage de Padmini, ce soir du 3 décembre 1984. Cette approche humanise les chiffres froids du nombre de victimes. Ils étaient vivants, comme nous.

Ce que je retiens tout particulièrement de cette lecture, c’est l’analyse fort bien documentée des circonstances qui ont abouti à cet effroyable échec industriel. Tout accident est multi-causal, la chronologie des évènements le démontre ici clairement. Une enquête remarquablement documentée qui devrait être enseignée dans les écoles de management.

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New-India-ad-320Une belle histoire : la science au service de l’Humanité

Le début de cette histoire est remplie du positivisme ambiant d’une période où l’industrie chimique ouvre des nouveaux champs des possibles. Qui peux reprocher à une industrie en plein développement et en pleine réussite, de proposer à un pays en développement comme l’Inde, une sécurisation de sa production agricole ? Dans un pays où la pluviométrie est incertaine et où les insectes mangent massiquement plus de cultures que les hommes qui travaillent les champs, les solutions de l’agro-chimie sont miraculeuses. Alors, quand un des trois géants mondiaux de la Chimie, Union Carbide, choisit la ville de Bhopal pour fabriquer son insecticide phare – le SEVIN – c’est une très bonne nouvelle.

C’est même la fête ! 1.000 emplois directs aux plus belles périodes avec des niveaux de rémunérations inédits en Inde. Les emplois indirects sont aussi légions. L’usine attire les sans ressources qui vont s’installer aux portes de l’usine. C’est une ambition pour toute la population locale que de travailler chez Union Carbide.

Les autorités sont fières de montrer le développement économique de leur territoire et font tout pour bien accueillir l’industriel, les gens se considèrent bénis des Dieux de bénéficier de cette création de richesse et les investisseurs américains envisagent un marché juteux pour débouché de son produit magique (il y avait 400 millions de paysans indiens à ce moment). Les agents commerciaux de la multinationale assuraient aux paysans que pour « chaque roupie que tu dépenseras pour acheter du Sevin t’en fera gagner cinq« .

Magique, magique… Au fait, on y fait quoi dans cette usine surdimensionnée ?

La question ne se posait pas vraiment pour les employés : de la poudre blanche. Une sorte de médicament pour les plantes. Que du bon ? En fait non; pour faire la belle poudre blanche qui protège les rosiers et les tomates (le SEVIN est apparemment toujours en vente aux US !!), le process fait intervenir de l’Isocyanate de méthyle (le MIC) qui a des particularités létales pour le genre humain. Dans les conditions normales, le MIC est un liquide incolore d’odeur âcre. Il est très volatil et il a une température d’ébullition relativement basse (39°C). Il est aussi hautement inflammable. Enfin, il est soluble dans l’eau mais n’est pas stable car il réagit avec cette dernière (c’est ce qui déclenchera la réaction exothermique le 3 décembre 1984). Pour le fabriquer, il faut du Phosgène (célèbre gaz de combat) et de la Méthylamine (dérivé de l’Ammoniac) qui ne sont pas franchement non plus les amis de ce qui est vivant. Bref, ça pu, ça tue quand on le respire et ça doit rester à 0° pour pas rentrer en ébullition.

Probablement que les dirigeants d’Union Carbide étaient sincères quand ils déclamaient leur engagement humanitaire. Leurs innovations devaient permettre de nourrir une population en manque.

Probablement que les engagements de la firme en matière de Sécurité des Hommes étaient sincères (« Safety First » – « Good Safty and good accident prevention praticies are good business« ) et leur expertise technique réelle.

Surement que les investissements engagés au début du projet pour former le personnel indien sur les sites américains étaient un engagement fort pour transférer les compétences.

Pourtant le manque d’humilité et de transparence de cette entreprise toute puissante pue autant que son produit. Savoir que l’entreprise n’a jamais communiqué la composition de ses produits aux services sanitaires locaux alors que des stocks de thiosulfate de sodium auraient sauvé des vies. Un antidote existait…

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« Les histoires d’amour finissent mal… en général »

Le marché n’était pas là. L’usine était trop grosse et non rentable. La multinationale a donc du baissr la voilure dès 1982/83. Les moyens libérés pour l’entretien du matériel ont chuté en conséquences. De petites économies en petites économies, on a coupé la réfrigération du MIC, on a laissé les vannes se détériorer, diviser par deux les effectifs… 

Les hommes compétents qui avaient conçu le site, ont aussi quitté les lieux. La culture de la sécurité a disparu petit à petit… Au point que les audits du groupe n’ont plus été pris en compte. Les signaux faibles ont été nombreux, mais plus personnes n’était en capacité (ou en volonté) de les identifier. bhopal

Trois dispositions de préventions basiques ont, par exemple, été oubliées progressivement : stocker peu de MIC sur site (une des cuves était quasiment pleine de MIC), toujours maintenir le MIC en dessous de 0°C (la réfrigération était coupée le jour de l’accident), toujours maintenir une torchère en fonctionnement pour évacuer les émissions gazeuses en cas de soucis (la torchère était hors service le jour de l’accident).

Moins de prévention industrielle, mais surtout une proximité des habitations impensable ! Les bidons-villes sont à quelques mètres du site et les habitants n’ont jamais été sensibilisés à un quelconque danger ou procédure de réaction en cas d’urgence. Pire : les sirènes d’alarmes étaient orientées vers l’intérieur du site, pas vers l’extérieur. Les salariés seront sauvés (sauf un), les morts seront les habitants des taudis alentours.

Et, je n’aime pas le dire, mais Mr Pasdechance était aussi au rendez-vous de cette nuit mortelle. Mr Pasdechance a fait en sorte que ce triste dimanche soir de nombreux évènements festifs se déroulaient dans les rues populaires de Bhopal (mariages, déclamations publiques de poèmes, pèlerinages, arrivée d’un train complet quelques minutes après l’accident à la gare située devant le site…). Enfin, Mr Pasdechance a orienté le vent vers le bidonville. Le pire des scénarios.

Pour la suite… ce fut une horreur qui se prolonge encore dans le temps (séquelles physiques et psychologiques durables). Aucun jugement n’a été prononcé contre Union Carbide.

Je n’oublierai jamais cette lecture.
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Lu : ECONOMIX, la première histoire de l’économie en BD

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 19 mars 2017

Une fois n’est pas coutume, la petite bibliothèque de mon village a su me proposer une lecture d’exception… dont je n’avais jamais entendu parlé.

Qui n’a pas envie d’avoir une culture basique mais crédible sur la « science » économique (quelque soit vos opinionsEconomix_la_premiere_histoire_de_l_economie_en_BD politiques d’ailleurs), et sans investir un temps monstrueux dans des lectures souvent très techniques ? Économie Politique Classique, néoclassique, libérale, néolibérale, apports d’Adam Smith, de David Ricardo, de Karl Marx, de Friedrich Engels, de Keynes… C’est bien de savoir de quoi on parle non ?

J’ai ce qu’il vous faut : avec ECONOMIX, vous disposez d’une BD vulgarisant la complexité de l’économie, avec une entrée chronologique pour comprendre comment la (les ?) pensée économique s’est construite du XVIIème siècle à aujourd’hui.

Indispensable. Voici ce qu’en a dit Le Monde :

« Economix est un livre hors norme. S’il avait existé à l’époque, certains banquiers n’auraient pas osé vendre autant de crédit à risque« 

Pour ma part, je trouve que l’auteur, Michael Goodwin, parvient, grâce à l’accessibilité permis par les dessins, à vulgariser des concepts complexes sans basculer dans le simplisme. Un exploit.

Aucune pertinence à résumer ici l’ouvrage -de près de 300 pages – mais j’ai choisi quelques morceaux qui vous donneront peut-être envie d’en savoir plus :

  • 1776 : Adam Smith écrit RECHERCHE SUR LA NATURE ET LES CAUSES DE LA RICHESSE DES NATIONS. Il introduit les bienfaits de la concurrence et l’idée que le Marché peut s’auto-gérer. Mon idée était qu’Adam Smith était le gourou du libéralisme, point. On oublie que le bonhomme n’était pas dogmatique. Il pensait que « les marchés ne renforçaient pas loi, ne protégeaient pas les frontières et ne fournissaient pas de biens publics comme le nettoyage des rues que tout le monde exige mais que personne n’est très enclin à effectuer« . Dans son fameux ouvrage, il dit même de prendre garde aux capitalistes. Citation surprenante :

« la proposition de toute nouvelle loi ou règlement de commerce, qui part des [capitalistes], doit toujours être adoptée qu’après avoir été longtemps et sérieusement examinée, non seulement avec le plus grand scrupule, mais avec la plus grande défiance. Elle vient d’un ordre d’hommes dont l’intérêt n’est jamais exactement le même que celui du public, qui généralement est intéressé à tromper et même opprimer le public, et qui, dans bien des occasions, n’a pas manqué de le tromper et de l’opprimer« 

  •  Ci-dessous une planche pour illustrer l’esprit de la BD. Il est question ici de l’émergence des médias dans l’économie. D’autres planches nous expliquent comment la publicité est passée d’une logique d’information sur une offre de service disponible à une logique de transmission du désir de consommation (John Kenneth Galbraith – 1958).

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  • Bien sur, l’émergence de la prise en compte des externalités de production me touche particulièrement. La prise en compte du « coût global » n’est qu’une notion récente que la RSE tente de prendre en compte dans les organisations du XXIème siècle.

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Seule critique : le livre étant écrit par un américain pour les américains, il est un peu « USA-centré ».

Bien sur ce livre est « engagé » mais il me semble qu’il est suffisamment factuel pour que tout le monde y trouve son compte. A lire donc pour être un peu plus « compétent » sur la branche « économique » de notre Histoire.

PS : je renvoie sur le dernier entretien de Gaël Giraud, économiste décalé et ultra-pertinent qui mérite d’être lu : LIEN

 

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Lus : « Zéro Pollution, un ultime défi pour l’Humanité » et « Le cantique de l’apocalypse joyeuse »

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 27 novembre 2016

Je viens de m’offrir une jolie aventure lecture, en lisant en parallèle, deux ouvrages que rien ne destinait au rapprochement. Je dispose ici donc d’une exclusivité mondiale pour réaliser cet exercice et ne crains aucune concurrence ! Et en effet, mon cerveau tordu a trouvé matière à alimentation mutuelle dans ces deux livres, sur le sujet non dérisoire de l’avenir de l’Humanité.

CaptureEn ouvrant « Zéro Pollution – un ultime défi pour l’Humanité » de Yannick Roudaut, un vendredi soir de novembre, je ne pensais pas me faire recommander dès le lendemain matin, à la bibliothèque du village, un roman lapon improbable que j’ai eu une énorme envie de dévorer immédiatement : « le cantique de l’apocalypse joyeuse » de Arto Paasilinna.

Il est question de deux livres que je recommande sans réserve. Voici l’occasion de partager mes digressions, plus que de commenter ces lectures.

La Cata. Dans « Zéro Pollution » (0P dans la suite du texte), Yannick dénonce la défaillance de notre modèle de développement humain, destructeur de notre biosphère (notre unique et essentiel substrat) et incapable de penser long terme. Il y propose une perspective ambitieuse à même de nous sortir de l’ornière en développant le concept de « Zéro Pollution ». Dans le « Cantique de l’apocalypse joyeuse » (CAJ dans la suite du texte), l’auteur nous conte, avec un humour délectable, l’histoire d’une vie dans un monde qui s’effondre : crise économique, accident nucléaire, 3ème guerre mondiale, épuisement de la ressource pétrole… Cette vie est celle d’un homme qui passe au travers des gouttes en menant un projet personnel qui devient collectif, au sein d’une communauté écolo qu’il construit, hors du système, au fond d’une forêt finlandaise, à la frontière de la Russie. L’effondrement de notre Monde n’est qu’un arrière-plan lointain dans « CAJ« , quand « 0P » nous encourage à anticiper le pire pour qu’il n’arrive point.

« CAJ » a été écrit en imaginant un futur qui est notre présent, ce qui est forcément troublant pour le lecteur de 2016. Je reviendrai plus loin sur les raisons qui me fond rapprocher ce roman des perspectives proposées par Yannick Roudaut.

Zéro Pollution est composé de deux parties distinctes dans le style : une première sous forme d’essai pour caractériser l’impasse dans laquelle nous sommes engagés et pointer une sortie positive, une seconde partie sous forme de fiction, prospectiviste, imaginant « une » vie possible, en mai 2070, vécue par des personnages fictifs, dans un Paris bien différent de celui de 2016. Cette seconde partie, j’avais souhaité l’écrire il y a quelques années. J’avais même commencer à écrire quelques pages, bien plus sombres et moins bien documentées. Je suis heureux d’avoir laissé Yannick faire le job : question de talent et de courage.

Yannick Roudaut est un conférencier reconnu (lien), qui a appelé de ses vœux une seconde Renaissance dans son livre précédent (lien) pour dépasser le constat stérile des crises environnementales et pour ambitionner une vraie transition. Dans « 0P« , une fois la contextualisation réalisée, il propose une ambition nouvelle : il nous faut viser le « 0 Pollution » pour nous en sortir et arrêter de jouer « petit bras ». Inutile de revenir sur les constats, je les partage. Notre don de prédation, qui nous a permis de survivre ces 200 000 dernières années, pourrait signer notre arrêt de mort. Nous sommes trop doués pour détruire et notre comble ou peut-être ultime trophée, risque d’être notre auto-destruction.

Yannick nous offre ici une perspective positive, richement illustrée d’expériences contemporaines inspirantes. Il explique vouloir contribuer ainsi à l’ »over-view effect » que ressentent les rares humains qui ont pu voir la Terre de l’espace : une envie de protection de notre belle vieille Planète quand on en a perçu ses limites physiques.

Mon interprétation de la posture « Zéro pollution » fait échos aux démarches « Zéro accident » que je peux être amené à fréquenter en entreprise.  « Zéro accident », ça veut dire que l’accident corporel est intolérable et prioritaire sur tout autre impératif. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a jamais d’accident dans l’entreprise. J’envisage le « Zéro pollution » sous le même angle. Il faudrait qu’il ne soit plus acceptable (ce n’est pas le cas aujourd’hui) de contribuer à un dommage à notre éco-système et donc ambitionner de progresser perpétuellement vers la plus grande sobriété en terme de pollution sur toute sa sphère d’influence, par les arbitrages les plus favorables à notre biosphère. Il n’est d’ailleurs, pour moi, pas exclusivement question de pollution au sens rejet (sens commun) mais aussi de l’épuisement des ressources non renouvelables et renouvelables en « danger ». Toutes les externalités négatives en fait. Je pense que le « Zéro Pollution » est une posture et un but mais ne doit pas devenir un Graal déclaratif ouvrant la voie au simplisme. Quand on creuse, l’essentiel des activités humaines identifiées comme « vertueuses » présentent des impacts environnementaux.

Reste de mon point de vue la complexité pour transformer l’objectif lointain en cible et plans d’action : la gestion des paradoxes et des incohérences. Ne pas s’intéresser au détail mais influer significativement sur le global.

Quelques directions à explorer sont dessinées par Yannick et je signe des deux mains : low tech, sobriété, décentralisation des décisions, coopération, biomimétisme, permaculture, coopération, communauté, open-source…

Dans une forêt finlandaise, pendant ce temps là… C’est maintenant que Arto Paasilinna nous rejoint. Dans le « cantique de l’apocalypse heureuse » (mettons le réel plaisir de lecture de côté), l’auteur propose une interprétation de ce que pourrait être la réaction humaine dans un Monde qui s’effondre. Je le traduis ainsi : pour vivre (heureux) dans ce monde qui part en quenouille, qui devient hors de maitrise (et qu’il ne convient même plus d’essayer de changer), il faut créer une petite communauté détachée du système centralisé défaillant (décentralisé donc), y insuffler une solidarité et une coopération entre ses membres (coopération), vivre de peu (low tech, sobriété) avec une proximité retrouvée à la Nature nourricière (biomimétisme, permaculture) avec des compétences et savoir faire manuels ancestraux enrichis des connaissances modernes (open-source)…  une sorte de réponse par le petit bout du questionnement posé dans « 0P« , à une échelle très restreinte, plus proche de la résilience que de l’anticipation d’un nouveau modèle mondialisé compatible avec les limites physiques et biologiques de notre biosphère. Une réponse quand même.

Ni Yannick Roudaut dans son livre, ni moi par ailleurs, ne revendiquons le repli sur « sa » communauté ou tout autre forme d’isolationnisme, mais force est de constater que la dynamique du moment va dans ce sens. La majorité des peuples riches de cette planète se retrouve dans un objectif de défense contre les risques – perçus – comme externes.

Alors quoi ? On avance en grappes de faiseurs, en tribus de convaincus, en ignorant la majorité qui suit le logiciel de développement périmé ? au risque de se retrouver dans le scénario de la « communauté d’écolos dans une forêt finlandaise » (même si cette forêt est aujourd’hui virtuelle dans le monde d’internet). On s’isole pour démontrer ou on se confronte à la masse pour la faire bouger ? Comment changer d’échelle et sortir du petit cercle des convaincus ? Comment faire muer la chrysalide ?

Le triangle du feu (sacré). Je vois les choses à la manière du pédagogique triangle du feu caractérisant les conditions du début d’un incendie : pas d’incendie sans carburant (un truc qui peut bruler), comburant (Oxygène le plus souvent) et source d’inflammation (l’étincelle). Pour que l’incendie -vertueux- du changement vers le « Zéro pollution » se déclenche, il faut de mon point de vue :Capture

1 – que les crises environnementales soient visibles, que les limites impactent sur le système en place. On rentre dedans.

2 – que la conscience des autres voies et savoirs associés soient accessibles et partagés. C’est la vertu du livre de Yannick, du film « Demain », du Plan B

3 – enfin, qu’il se passe quelque chose pour booster le changement à une échelle significative. Initier le mouvement, rendre tout retour en arrière impossible. Et là on est bloqué pour le moment. Un leader ? une catastrophe ? une révolution ? Je ne suis sur de rien de ce que j’ai écrit dans ce post, sauf d’une chose : je ne connais pas la réponse à cette question.

Joyeux Noël.

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Lu : rapport d’activité 15/16 du programme de recherche action Transition Energétique et Sociétale

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 10 septembre 2016

Il se trouve que je suis avec une grande curiosité et beaucoup d’intérêt les travaux de recherche-action sur la Transition Énergétique et Sociétale conduits par un pool d’acteurs nantais motivés et motivants. Capture

J’avais très modestement contribué à l’animation de deux débats sur la transition énergétique en 2012-2013 (lien) dans ce qui était les prémices de ce programme de recherche-action sortant des approches conventionnelles de traitement du sujet « transition énergétique », très « techno-centrées » et oubliant les enjeux comportementaux qui conditionnent toutes les planifications théoriques.

Un premier rapport d’activité a été mis en ligne (lien) et il mérite notre attention, ne serait-ce qu’au regard de la pertinence et de l’ambition de ce programme protéiforme. La perspective de trouver des clefs permettant de passer du cas rare de transition réussie à celui d’un déploiement de masse à l’échelle de territoires est un Graal qui mérite en effet un peu de jus de neurones et d’implication. Il n’y a pas de route droite et pas de date prévisionnelle d’arrivée, bien-sur, mais il s’agit d’une contribution ambitieuse à l’accompagnement des changements qui nous font face (et que beaucoup refusent de voir).

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Les objectifs du programme à venir sont repris ci-contre :

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Au delà de la Gouvernance de ce programme multi-acteurs, je suis impressionné par la diversité des actions opérationnelles engagées en 2016 et qui doivent se poursuivre sur les années à venir.

Qu’il s’agisse du projet « Ile en Transition » sur l’ile d’Yeu (lien), des projets inter-entreprises de la Chantrerie (Nantes) ou l’Iepad à la Chevrolière… les champs d’expérimentation et d’observation sont nombreux et complémentaires. La place est donnée à ceux qui agissent à l’échelle de leur territoire, sans attendre une obligation réglementaire ou une initiative centralisée descendante; qui font surtout en acceptant de prendre le risque de faire avec les autres.

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Bon courage donc à ceux qui passent de leur énergie à autre chose qu’à constater l’ampleur de nos échecs collectifs !

 

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Lu : les Rendez-vous du futur par Joël de Rosnay (1991)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 23 août 2016

Je me suis livré à un exercice amusant cet été en fouillant la bibliothèque de mon père. J’y ai découvert un livre écrit par Joël de Rosnay en 1991, qui est une compilation de chroniques radio que réalisait l’auteur sur Europe 1 sur le thème : sur la base des récentes découvertes et travaux scientifiques, qu’est-ce qui nous attend dans le futur ? 9782863914496-fr-300

Le regard de l’homme de 2016 sur les prospectives des années 1990 est rempli d’une jouissive curiosité. Les jeux de prospective ne sont pas toujours faciles (lien) mais j’ai tellement d’admiration pour ceux qui ont su partiellement voir l’avenir (lien) : Jules Verne, Hergé, Franck Herbert…

La critique est sur certains points aisée à la lumière du réel et je m’excuse par avance de mon ton respectueusement moqueur. C’est si amusant d’observer le différentiel prospective / réalisation.

Contextualisons tout d’abord le moment de l’écriture de ces chroniques. En 1991, Internet comme nous le connaissons n’est pas encore en place, les « GSM » sont réservés à une élite, les ordinateurs (non connectés donc) sont énormes, le Minitel est une fierté française, le Compact Disc est juste né. Un autre temps. J’avais 15 ans et je découvrais Dire Straits.

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Quelques morceaux choisis :

Communication

Il convient de souligner en introduction l’absolue pertinence de l’auteur :

« Devant la pléthore informationnelle, la Babel des télécommunications et les risques d’ »infopollution », il est temps d’inventer une diététique de l’information ! »

  • Loupé ! L’auteur voit en Kodak un géant qui sait s’adapter aux évolutions en proposant le transfert de photos sur CD. Kodak fera faillite en refusant de voir le caractère incontournable du numérique.
  • Intéressant d’apprendre que les 12 de la CEE ont initié la mise en place d’un « système nerveux électronique » supranational (ENS) qui aurait du avoir les fonctions d’internet !
  • La domotique existait déjà (y compris le mot)  !

« on pourra ainsi téléphoner chez soi et taper un code pour déclencher la climatisation, le four ou le magnétoscope. »

  • L’arrivée du téléphone personnel mobile est perçu comme une révolution prochaine. Associer un numéro à un individu et non à un lieu, voici une vraie nouveauté pour 1990. Et là, c’est ce qui s’est passé ! Page 431, un petit bijou d’anticipation sur la possibilité de l’ordinateur-téléphone :

« Avec ce micro portable-ordinateur, il leur suffit de déplier l’antenne, quel que soit l’endroit où ils se trouvent, et de composer le numéro de téléphone mettant leur portable en contact avec le gros ordinateur de bureau. Cette merveille d’intégration est commercialisée par la compagnie ICT de Dallas au prix de 7600 dollars. Il s’agit d’un vrai ordinateur portable équipé d’un écran électroluminescent et d’un disque dur de 40 Mo. L’inconvénient est son poids : près de 10 kg.« 

  • Le top de l’époque est l’ALPHAPAGE qui envoie des messages textes. Avec nos yeux de 2016, la phrase ci-dessous est quelque peu désuète :

« si vous recevez un télex urgent (ou que vous soyez), votre Alphapage émet un bip, dans votre poche, et annonce sur l’écran « Message urgent, consultez votre Minitel »« 

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Transport

  • Bingo : arrivée imminente des Air-bag, du GPS, de l’avion solaire (que depuis cette année il est vrai !), la voiture hybride…
  • On attend toujours : la voiture solaire Kyocera n’a, à ma connaissance, pas vu le jour. Celle à hydrogène se fait attendre.

Environnement / technique

L’engagement et la conscience environnementale sont déjà présents. Tellement bien vu et tellement décevant 25 ans après :

« Dans ce contexte, la planète n’apparait plus comme un « vaisseau spatial » habité par des terriens qui en exploitent les ressources pour survivre croitre et se développer, mais comme un gigantesque organisme vivant dont les organes, les réseaux de communication, les mémoires, les systèmes de traitement et de recyclage sont en étroite harmonie les uns avec les autres. [...] Cette exigence conduit à passer du statut d’EGO-CITOYEN à celui d’ECO-CITOYEN [...]« 

  • Bien vu : conscience de la nécessité d’agir sur la protection des ressources halieutiques, des abeilles, sur le recyclage des déchets, la pollution visuelle due à l’éclairage. Les dégraissants sans solvant qui ont bien vu le jour.
  • En 1990, 30000 T d’huile de vidange automobile, n’étaient pas collectées et partaient dans les eaux pluviales ! On a progressé.
  • Les effets du réchauffement climatique sont connus et abordés (niveaux des eaux…). Les solutions proposées concernent plutôt l’adaptation que le travail sur les causes… voir la géo-ingénierie avec la libération de SO2 pour faciliter la libération de nuages !
  • Perdu : jamais entendu parlé de la ruche automatique, de l’oxydation humide des déchets, du robot nettoyeur de station de métro, remplisseur de réservoir de voiture…
  • Bof : les biocarburants sont présentés comme un « diesel vert ». On sait aujourd’hui que le bilan environnemental n’est pas si glorieux.

Je n’ai pas lu les pages SANTÉ et MATÉRIAUX mais je le ferai surement pour le plaisir de retourner dans la perception du futur des années 1990.

Ce que je retiens de cette lecture est notamment la conscience des enjeux environnementaux et la croyance en la technologie pour nous faire progresser. L’innovation sociétale, organisationnelle, économique ou l’évolution des modèles économiques n’ont pas été identifiés comme des points de « rendez-vous du futur ». Si je devais écrire ce livre en 2016, c’est pourtant bien sur ces axes que je m’exprimerais le plus.

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LU : La nouvelle Société du coût marginal zéro

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 29 juillet 2016

J’ai mis beaucoup de temps pour le lire ce Rifkin, mais ça y est, je peux enfin essayer de donner mon avis sur LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DU COUT MARGINAL ZÉRO !413ogmt8oal._sx318_bo1_204_203_200_

J’avais pourtant dévoré UNE NOUVELLE CONSCIENCE POUR UN MONDE EN CRISE (lien), j’avais trouvé la vision prospective de l’auteur pertinente dans L’AGE DE L’ACCÈS (lien) et je reviens souvent sur les propositions émises dans LA TROISIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE (lien).

Dans ce dernier ouvrage, au titre si long qu’il méritait d’être au Guinness Book – LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DU COUT MARGINAL ZÉRO, INTERNET DES OBJETS, L’ÉMERGENCE DES COMMUNAUX COLLABORATIFS et L’ECLIPSE DU CAPITALISME – le charme n’a pas exercé sur moi.

Peut-être parce que l’auteur se répète beaucoup d’un livre à l’autre (je trouve même ça « limite » de se citer si souvent !), peut-être aussi parce que j’ai pris un peu de distance avec les solutions technophiles de JR, surement enfin parce que je trouve qu’il ne traite pas assez les versants obscures des évolutions qu’il décrit comme inéluctables. J’y reviendrai.

Attention, j’apprécie toujours le volontarisme et l’optimisme de JR pour une évolution de nos pratiques sociétales plus humaines, plus empathiques, plus à même de prendre en compte les enjeux environnementaux de notre siècle. Quand on sait qu’il cause à l’oreille d’un certain nombre de décideurs, on se dit que c’est une voix qui va dans le bon sens.

L’idée de fond du bouquin :

Du fait de l’amélioration de la productivité, les coûts marginaux s’effondrent à un niveau proche de zéro, les profits disparaissent et le système capitaliste ne fonctionne plus. « Accessoirement » aussi, les emplois disparaissent [« entre 1995 et 2002, 22 millions d’emplois industriels ont été supprimés dans l’économie mondiale alors que la production a augmentée de plus de 30% »!]. Les biens et services deviennent presque gratuits, d’autant plus que le consommateur devient, grâce à la mise en relation facilitée par internet, un producteur-consommateur qu’il appelle le « prosommateur » et que ce dernier a de moins en moins d’appétence à la propriété. L’avenir serait donc dans les communaux collaboratifs détachés des règles de la concurrence du capitalisme et du dirigisme des gouvernements.

Quelques idées glanées au kilomètre que je souhaite partager suite à cette longue (trop longue) lecture :

  • JR propose un intéressant parallèle historique entre communaux médiévaux (que l’on retrouve aujourd’hui dans certaines initiatives locales réussies comme en Gambie LIEN) et les communaux numériques émergents. Bien vu. Quand le capitalisme ne propose que concurrence, que les États dirigistes ne savent pas s’adapter rapidement, la troisième voie de la collaboration « entre pairs » permis par internet – avec des modes de gouvernance ouverts – laisse entrevoir des champs de possibilités dont on ne mesurerait pas encore le potentiel.
  • Il est cependant dommage que JR ne propose que la vision parfaite de l’économie collaborative et ignore dans sa démonstration ses défauts : perte de fiscalités – concurrence déloyale (ex : hostellerie), dérives dans l’exploitation de données personnelles, manipulation malfaisante des algorithmes, manipulation de l’information (l’actualité nous montre que la vérité est devenue une opinion parmi d’autres LIEN)…
  • pour JR, il est évident et fatal que, dans le sillage de la place grandissante du Big Data dans notre quotidien, nous allons tous perdre la maitrise de notre vie privée. C’est dans le pack et ce n’est pas grave. Je ne partage pas ce point de vue.
  • Les emplois disparaissant dans les industries de la seconde révolution industrielle, JR prédit une explosion des embauches dans les entreprises sociales (à but lucratif ou non). Une cause de la disparition des emplois industriels est l’amélioration de la productivité par l’automatisation. La « fabrication dans le noir » (sans humain) devient un objectif absolu pour les industriels. « Les observateurs s’attendent à ce que, de 163 millions d’emplois industriels aujourd’hui, on passe à quelques millions seulement en 2040 » ! Sans emplois de substitution, le capitalisme a un problème de taille : un employé industriel en moins est aussi un consommateur en moins. Qui va acheter les produits bons marchés ?
  • JR passe beaucoup de pages à expliquer en quoi l’open-source doit devenir la norme… mais traite très succinctement le risque de la concentration des pouvoirs (et donc la Gouvernance même des vecteurs de « communaux numériques ») au sein de très peu d’entreprises du numérique (Google, FaceBook notamment). Il pose quand même la question d’une éventuelle disposition « anti-trust » qui reste à imaginer dans sa mise en œuvre.
  • J’ai aussi collecté quelques infos faciles à replacer en société : « consumption » (consommation en anglais) désignait jusqu’en 1920… la tuberculose (consomption) et était définit dans le dictionnaire comme « gâcher, piller et épuiser ». Retenez aussi que l’industrie de la publicité, dans le monde en 2012, c’est 480 milliards de dollars !

Il m’est difficile de partager l’optimisme de l’auteur dans une période où le pire de ce que l’humain est capable de produire s’exprime quotidiennement. J’ai peur de devenir sceptique. Jeremy Rifkin nous propose des interprétations de certains mouvements en cours et c’est déjà pas si mal. Par contre, c’est pas sur que je dépense 26€ pour son prochain bouquin.

PS à mes connaissances : tous les bouquins commentés sur ce blog sont tenus à votre disposition pour une nouvelle expérience de lecture (collaboratif on vous dit!).

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Lu : Du bonheur, un voyage philosophique de Fréderic Lenoir

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 4 avril 2016

Voici une lecture qui m’a emporté loin et haut.

Frédéric Lenoir propose au lecteur, dans ce recueil, un voyage dans le temps pour nous Capturepermettre de « rencontrer » les philosophes qui nous ont précédé et ont pensé notre relation au bonheur. Quoi de plus essentiel que cette quête ? On parle sans scrupule de « bonheur au travail » mais on oublie un peu vite la complexité de la définition même du bonheur.

Il ne m’est bien sur pas possible de résumer les visions successives d’Epicure, d’Aristote, de Tchouang-tseu, de Montaigne, de  Spinoza ou de Shopenhauer. Toutes leurs approches sont enrichissantes et je ne comprends pas pourquoi je ne me suis pas plus intéressé à ce sujet au moment où l’on me proposait des cours de philosophie. L’adolescent que j’étais n’avait pas faim de ce savoir là à ce moment là. Aujourd’hui, ce livre comble (un tout petit peu) mon ignorance.

Rien que de se poser la question de la distinction du bonheur et du plaisir, qui marque si fortement notre monde occidental, permet de remettre quelques pendules à l’heure. Citation :

Tandis que l’individu issu de la première révolution (avènement de la modernité) était encore imprégné de grands idéaux collectifs et d’un vif intérêt pour la chose publique, l’individualisme contemporaine se réduit à un narcissisme. Chacun de nous est plus préoccupé par la quête de son bonheur immédiat, par sa réussite personnelle et par la défense de ses intérêts. L’égocentrisme, l’indifférence aux autres et au monde sont devenus, pour beaucoup la norme.

La quête de sens, la place de la relation à l’autre, celle du rire, la capacité à s’auto-satisfaire de son bonheur avant qu’il ne disparaisse, mais aussi la plus gênante relativité du bonheur [Sénèque : « tu ne seras jamais heureux tant que tu seras torturé par un plus heureux] sont autant de pistes qui peuvent nous permettre de mieux nous comprendre, voir de nous influencer vers une meilleur conscience de notre être. Pierre Rabhi tente-il de nous dire autre chose quand il nous parle de la Sobriété Heureuse ?

Capture

Personnellement, je me suis retrouvé dans la modestie d’un Montaigne,  encourageant à accepter la nature de chacun : être le plus heureux possible avec nos « armes », dans notre contexte du moment. Sans dogme, sans jugement, sans apriori.

C’est grâce au point de vue de Montaigne que j’ose écrire un tel post dans le contexte d’un monde si durement inégal, violent, intolérant… terrorisant ! Quelque soit le malheur qui nous entoure, nous sommes légitimes à quérir « notre » bonheur. La nuance tient dans le fait que ce bonheur ne doit pas se faire « au dépend » de l’autre.

J’ai beaucoup aimé ce moment de lecture. Il m’a enrichi.

C’est un peu bête mais j’ai envie de de finir ce commentaire de lecture par un moment de plaisir : LIEN. Prend qui veut.

 

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Lu : OSONS, plaidoyer d’un homme libre

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 6 janvier 2016

C’est avec beaucoup de retard que j’ai enfin lu le manifeste pré-COP21 de Nicolas Hulot OSONS.

thCommenter la lecture de ce très court et dense petit livre, c’est forcement parler de Nicolas Hulot, personnage public hybride acteur du monde politique, diplomatique, associatif, médiatique…

Je commencerai par le livre. 12 propositions d’évolutions sociétales sont abordées dans le cœur de ce livre (voir ci-dessous). Honnêtement, il n’y a rien à jeter. J’ai ici-même abordé à plusieurs reprises nombreuses de ces thématiques et je partage leur bon sens. Je suis moi aussi désappointé par l’aberrant conservatisme de nos politiques sur ces sujets

th Pour faire simple, la lecture de ce recueil ne vous apprendra rien si vous êtes déjà un « curieux » et je ne suis pas sur qu’il puisse convaincre les plus conservateurs d’entre nous, l’argumentation étant contrainte par l’effort d’extrême synthèse.

Basculons donc sur l’homme, auteur de ce livre, au moment où il met fin à sa mission d’envoyé spécial pour la protection de la planète. Je n’ai pas pu m’empêcher de voir dans ce livre une proposition de vision collective…. un programme… politique, au sens le plus noble du terme. Bien-sur, les 12 axes dépassent l’autorité d’un gouvernement national, mais à un moment où le personnel politique est décrédibilisé, un tel personnage issu de la société civile, sincèrement engagé depuis plusieurs décennies, peut-il un jour utiliser un mandat d’élu pour essayer de mettre en pratique ses idées ?

Nicolas Hulot a fréquenté les « grands » (Chirac, Sarkozy, Hollande) et leur a même écris pas mal de discours ! Cette proximité rend « l’homme libre » non crédible pour certains; pour d’autres l’image d’homme de télé est indélébile et rédhibitoire; les plus conservateurs ne voient lui qu’un porte-parole de « bobos » et de nombreux écologistes ne voient en lui qu’un « impure ».

A défaut d’être providentiel, il m’apparait être l’écologiste le plus crédible du panorama français. Il sait parler et être entendu par les politiques et par les citoyens sans exclure les entreprises de ses réflexions. La COP21 vient aussi de lui donner une toute neuve légitimité de diplomate.

L’ »Homme libre » ira-t-il au delà de parler à l’oreille des dirigeants ?

A suivre en 2017…

 

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Lu : OR NOIR, LA GRANDE HISTOIRE DU PETROLE

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 9 novembre 2015

S’engager dans la lecture de cet ouvrage monumental, c’est parcourir chronologiquement notre histoire contemporaine en suivant un fil directeur unique : « les HOMMES et le PÉTROLE« . Le pétrole, à la fois comme une « bénédiction » (car il a ouvert un champ des possibles gigantesque ayant permis une considérable amélioration des conditions de vie, pour certains en tout cas) et comme un « malheur » (car la dépendance acquise si vite a rendu nos sociétés vulnérables à sa raréfaction et surtout car il a été et reste la cause plus ou moins assumée des pires exactions que l’Homme est capable de réaliser sur son semblable).

CaptureOn se rend compte au fur et à mesure que l’on avance dans les pages, et donc dans les années, à quel point nos conditions de vie, la géopolitique, l’économie de marché et finalement tout ce qui caractérise notre existence d’humains de 2015, sont étroitement liés à ce liquide noire malodorant et tellement pratiques dans ces nombreux usages.

Tout commença vraiment en 1859, en Pennsylvanie, lorsqu’un certain « colonel Drake », donna le coup d’envoi de la première ruée sur l’or noir. En 1859, la ferme vendéenne dans laquelle je vis, était en train d’être construite, selon le cadastre. A ce moment, pour monter les murs pas d’engins de chantier utilisant du carburants, pas de transports de matériaux par la route, pas de sacs plastiques pour transporter son repas du midi, pas de chewing-gum pour passer le temps… 1859, ça parait loin, c’est hier au regard de notre courte présence humaine sur Terre. En si peu de temps, tout a changé.

Il est impossible de résumer le contenu de ce livre, tant il est riche de détails et éclairant sur les évènements qui ont abouti au Monde que l’on connait aujourd’hui. Le sort de la seconde guerre mondiale s’est joué en partie sur l’accès à la qualité/quantité de pétrole (l’indice d’octane des carburants alliés permettaient notamment aux aviateurs de disposer d’appareils bien plus performants), toute la richesse des « dominants » a été construite dans l’après-guerre sur l’énergie bon marché qu’est le pétrole (les coûts d’extractions étaient marginaux).Et que dire du plan Marshall qui a permis de reconstruire l’Europe ? 1/5 des $ de ce plan étaient consacrés à l’achat de pétrole aux grosses compagnies américaines, pétrole venant à 100% du Moyen Orient. Qui sait que nous devons ce que nous sommes aujourd’hui à l’exploitation de ressources naturelles des pays qui nous causent tant de soucis aujourd’hui ? États-Unis et Europe n’auraient pas pu construire une quelconque prospérité économique sans ce produit miracle, dont une partie significative sera extraite de pays qui ne profiteront pas de cette aubaine (hormis quelques privilégiés).

Et que dire des multinationales du pétrole, qui se sont construites en si peu de temps et qui vont devenir ultra-puissantes grâce notamment à leur organisation en cartel (avant les années 70) et aux liens constants avec le pouvoir (impressionnants comme on retrouve les mêmes noms en récurrence au fil du déroulé de la Grande histoire: Rockfeller, Bush…).  Les « 7 sœurs » (noms des grandes compagnies anglo-saxones qui se sont partagées le gâteau) vont ainsi contribuer largement à définir le cadre géopolitique de l’après-guerre : leur influence peut contribuer à définir des frontières dans les pays sortants de la colonisation (la relation US à la famille Saoud est éloquente et éclairante dans ces conséquences contemporaines), mais aussi carrément à ouvrir des conflits armés (Au delà de l’Irak, j’ai découvert la guerre de Chaco, 1932/35, qui produira 100 000 morts en Bolivie – Paraguay).

On comprend aussi que l’habitude prise dans la courte période d’abondance qui a courue dans les décennies passées, empêche cérébralement tout acceptation de la finitude de la ressource. Les années d’abondances ont créées du rêve, de la perspective de nouveauté matérielle permanente. Le bonheur est l’avoir. Le progrès c’est le toujours plus. On est encore en plein dedans.

Il me reste une centaine de pages à dévorer, mais je n’ai pas réussi à me retenir pour écrire ce post. En cette veille de COP21, il faut lire ce livre pour comprendre la mécanique dans laquelle nous nous trouvons. J’ai trouvé dans ce livre des explications à des situations géopolitiques inextricables, aux logiques qui engendrent le climatoscepticisme et j’ai conforté ma conviction que nous avons besoin d’une société civile très informée pour ne pas subir des décisions politiques, parfois « sous influences ». Notre force est d’avoir accès au savoir. Il faut le partager.

Citation de G.W. BUSH, 2000 devant un parterre d’entreprises pétrolières :

« certains vous appellent l’Elite, je vous appelle ma base »

 Citation de l’Amiral américain Hyman Rickover, 14 mai 1957 :

« depuis plus de cents ans, nous avons nourri un nombre sans cesse croissant de machines avec du charbon; depuis cinquante ans, nous avons pompés du gaz et du pétrole jusque dans nos usines, voitures, camions, tracteurs, navires, avions et maisons sans une pensée pour l’avenir. [...]. Les carburants fossiles sont comme un capital à la banque. Un parent prudent et responsable usera de ce capital avec parcimonie, afin de transmettre à ses enfants autant d’héritage que possible. Un parent irresponsable et égoïste dilapidera ce capital par une existence tapageuse, sans se soucier un brin de comment sa descendance s’en tirera. Je suggère que ceci  est le bon moment pour réfléchir sobrement à nos responsabilités vis-à-vis de nos descendants, ceux qui sonneront la fin de l’âge du carburant fossile »

 


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Lu : Le Gang de la clef à molette

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 19 septembre 2015

Subversif, drôle, captivant, addictif, dérangeant : voici quelques mots pour caractériser mon état d’esprit à la sortie des 540 pagesCapture du « Gang de la Clef à molette ». A lire bien sûr (sauf si vous êtes concessionnaire de machinisme industriel).

 

Ce roman m’avait été présenté comme un road-movie d’activistes environnementaux. J’avais hâte, j’ai été surpris, un peu déçu au départ et en difficulté de conscience. En effet, ma nature légaliste a fait que j’ai eu un peu du mal à me détacher de ma réalité et à recevoir tous les évènements de sabotages qui jalonnent l’histoire. Les pollutions volontaires engendrées par le « gang » sont nombreuses : engins de chantier purgés de leurs fluides à même le sol, balancés dans des canyons, explosions en tout genre, arrachages et combustions de panneaux publicitaires dans le désert, ajout d’un peu de sucre dans les réservoirs de bulldozers et autres monstres jurassiques du développement industriel.

Puis, lecture faisant, derrière les actes illégaux, c’est la critique d’un monde fou que j’ai lu. Ce que l’auteur appelle la « machine énorme », ce n’est rien d’autre qu’un système fou qui s’auto-alimente : extraction de charbon (couteux en eau et destructeurs de paysages et d’hommes) pour faire tourner des usines thermiques qui produisent l’électricité dont a besoin notamment l’extracteur de charbon pour fonctionner ! Les routes, les ponts pour permettre l’extraction et au final alimenter une machine folle qui métastase et pourquoi ?

« Tout ça pourquoi ? voyons monsieur : pour éclairer les lampes de banlieues de Phoenix non encore construites, pour faire marcher tous les climatiseurs de San Diego et Los Angeles, pour noyer de lumière les parkings des centres commerciaux à 2 heures du matin […] »

Résumer l’histoire, ce serait dire que ces désastres ont trop titiller la « conscience » de quatre bougres au point qu’ils vont décider de mettre des bâtons dans les roues à la Machine.

Pour que ça marche il fallait des personnages haut en couleurs. Celui de Hayduke est exceptionnel. Un vétéran du Vietnam totalement desociabilisé, toujours fortement alcoolisé, vulgaire, sale, amoureux de la Nature, de ses paysages mais jetant par exemple ses canettes de bières par la fenêtre considérant que ce sont les routes qui sont ainsi salies et non la nature (et comme les routes sont des éléments à détruire dans son référentiel, cqfd).

Pour que ça marche, il fallait aussi un style, une écriture et franchement, ce bouquin, c’est du plaisir à tous les coins de phrases. Quelques citations valent mieux que des commentaires.

 

« Est-ce qu’on sait ce qu’on fait, et pourquoi ?
– Non.
– Est-ce que c’est gênant ?
– On élaborera ça au fur et à mesure. Laissons notre pratique informer la doctrine, cela garantira la précision de notre cohérence théorique. »

 « Nul ne peut dire avec précision si un pin est sensible ou non, ni jusqu’à quel degré un organisme de ce genre peut souffrir ou avoir peur. De toute façon, les constructeurs de route ont d’autres chats à fouetter, mais il est clairement et scientifiquement prouvé qu’un arbre vivant, déraciné, met plusieurs jours à mourir »

« Eh bien disons, chérie, que si Love était tout seul j’te dirais que non, l’en faudrait plus pour le leurrer. Mais avec son équipe les choses sont différentes. Un homme seul, ça peut être assez con, mais si tu veux de la vraie bonne grosse connerie, il y a rien de mieux que le travail en équipe. »

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