Lu : La mission de l’entreprise responsable (principes et normes de gestion)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 20 mars 2019

La loi PACTE vient d’être votée et elle annonce peut-être des changements majeurs pour les entreprises et pour l’intérêt collectif. En effet, parmi les multiples sujets traités dans cette loi, y est décrit la possibilité juridique de modifier les statuts des Entreprises à Mission. Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans le bouquin que je vais essayer de peacher ici.

La mission de l'entreprise

Les travaux de Blanche Segrestin, qui m’avait captivé lors d’une conférence en 2015 (lien), s’intéressent à ce qui caractérise la « responsabilité » de l’entreprise au travers l’histoire, de la Rome antique à aujourd’hui en tournant autour du concept de « norme de gestion » qui définit la « bonne gestion en Société » (intégrant l’intérêt collectif et pas que l’intérêt individuel).

Bien que très technique (c’est un bouquin de chercheurs), cet ouvrage présente l’énorme mérite de rentrer dans le fond des choses et faire l’autopsie de la situation présente pour comprendre en quoi l’entreprise « maximisatrice de profits » n’est pas une fatalité. Le sujet majeur traité ici, est plus que jamais d’actualité : A quoi peut (doit) ressembler l’entreprise responsable du XXIème siècle ?

Un coup d’œil dans le rétroviseur – chapitres 1,2,3 -

Qui savait que Cicéron avait théorisé « la bonne gestion » sous le mot gerere ? Il décrivait ainsi l’idéal d’action publique par faces complémentaires et indissociables : l’exigence de l’esprit (compétence, étude, réflexion) ET la vertu politique intégrant justice et bienveillance. La bonne gestion de l’action politique intégrait donc efficacité et responsabilité.

Le retour à l’Histoire, permet aussi de rappeler la différence entre entreprise et société. Ce n’est pas du tout la même chose ! Si les entreprises ont explosé lors des révolutions industrielles, c’est avant tout grâce à leur capacité à innover, à surfer sur les inventions scientifiques du moment, à organiser le travail. Les entrepreneurs étaient avant tout des « explorateurs« ; pas des commerçants.

Le bug système est arrivé dans les années 1970, moment où le capitalisme financier est monté sérieusement en puissance, où l’actionnaire « individuel » a progressivement laissé la place à l’ »actionnariat industriel » via l’apparition de nouveaux intermédiaires. La priorité de l’entreprise s’est mis alors à glisser vers le court-termisme avec une relation de dépendance Actionnaires – Dirigeants paradoxale : exigence de la part des actionnaires de maximiser les profits sur le court terme (au détriment notamment de la R&D couteuse et trop aléatoire) et influence forte sur les prises de décisions du dirigeant, sans aucune responsabilité en cas de défaillance, contrairement aux dirigeants, responsables devant le code du travail mais aussi devant les fiduciary duties anglo-saxonnes (obligation de protection des intérêts de tous les actionnaires). C’est ce que les auteurs appellent le « contrôle sans responsabilité » des actionnaires.

Et maintenant on va où ?
- chapitre 5

Pour les auteurs, la RSE « volontaire » est insuffisante pour intégrer l’intérêt général dans le logiciel de l’Entreprise, car hors cadre de tout contrôle juridique opposable et finalement accessible que dans les rares cas de profitabilité. Il faut donc, selon les auteurs toujours, introduire des normes de gestion permettant de dépasser la stricte performance économique; de donner aux actionnaires des responsabilités équivalentes à celles des dirigeants, mais aussi clarifier la légitimité d’intervention de chacun au regard d’un « contrat de gestion ».

Ce « Contrat de gestion », passé entre associés et dirigeants :

« …doit remplir plusieurs conditions. Le mandat doit d’abord respecter les normes de responsabilité et d’équité. En pratique, cela empêche les forme de rémunération actuelle, indexée en large part sur la valeur actionnariale. Le mandat doit ensuite désigner un inconnue désirable et d’intérêt collectif, c’est ce qu’on appelle une « mission ». »

Nous y voilà. L’apparition de nouveaux cadres légaux permettant la reconnaissance des entreprises à mission (Profit with Purpose Companies) est donc une piste crédible. Ces entreprises (comme Patagonia, j’y reviendrai dans un prochain post, puisque que je lis actuellement l’auto-biographie passionnante d’Yvon Chouinard), ont inscrit dans leurs statuts les finalités sociales et environnementales additionnellement à la recherche de profit. Et ça change tout !

En protégeant juridiquement les entreprises qui décident de s’engager dans une finalité plus large que le seul profit, elles affirment leur différence bien au delà de la simple communication de court terme et assurent la pérennité de la mission de l’entreprise au delà de la présence du leader charismatique. Le Dirigeant peut prendre des décisions qui ne vont pas strictement dans l’intérêt de l’actionnaire sans être accusé de « mauvaise gestion ».

Conclusion partielle

Le chapitre 7 est dédié à la « ré-invention du cadre de responsabilité de l’entreprise » est, me semble-t-il, le plus intéressant. Je laisse le soin au lecteur de le découvrir par sa lecture complète et reprends seulement ci-dessous une phrase extraite de sa conclusion :

« … Cet examen montre que la mission réinvente profondément le schéma de l’objet social, en l’adaptant aux enjeux contemporains d’innovation. La mission en tant qu’engagement à un effort d’exploration, de recherche et d’innovation, apparait en tout cas prometteur pour organiser une action collective à la fois efficace et responsable. »


Dans ce livre la RSE prend cher… Sans être dans une posture défensive stricte, je me permettrai seulement de nuancer les constats, souvent pertinents pour les multinationales et que je ne retrouve pas dans les PME – ETI de mon territoire qui agissent plus qu’elles ne communiquent. Reste que les pistes proposées vont dans le sens de la montée en gamme dans l’engagement sociétal. Nous avons tout intérêt à utiliser la RSE comme une étape indispensable au passage de l’entreprise à mission.

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Bref, nous risquons de beaucoup parler « entreprise à mission » dans les mois et années à venir. Nous ne sommes pas donc à l’abri que cette « réforme » des entreprises soit utile et salutaire !

Cette lecture me semble être une introduction indispensable à l’action et je la recommande vivement.

 

 

 

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Lu : La Vie secrète des Arbres (ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 7 mars 2019

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LA VIE SECRÈTE DES ARBRE est un livre très accessible, captivant, cumulant les anecdotes faciles à transposer dans notre quotidien et nos (trop rares) relations avec les arbres. Une mine pour tous ceux, comme moi, qui aiment les arbres sans trop savoir pourquoi et sans expertise sur le sujet.

On y cause intelligence, communication, souffrance, relations de solidarité ou compétition, stratégie et innovation dans le but de bénéficier de la meilleure situation. La meilleure place « au soleil ».  On parle aussi de déplacement, de mobilité…

Vous conviendrez que tous ces mots sont habituellement peu usités dans le contexte végétal !

C’est le pari de l’auteur qui use (et abuse ?) de l’anthropomorphisme pour nous faire entrer en empathie avec le monde peu connu des arbres et qui mérite une attention urgente.

A le lire, on s’attendrait presque à voir l’arbre le plus proche de votre fenêtre (moi c’est un Erable), vous sourire, vous faire un signe de la branche et partir se promener (marcher comme les Ents dans le Seigneur des anneaux).

Il a été reproché à l’auteur de trop jouer sur la corde des sentiments humains (« bébé-arbres », « maman-arbre« , « cerveau de l’arbre« …). Je n’y vois personnellement pas une volonté de manipulation par ce procédé mais un style narratif, point. Je pense que l’auteur a vraiment une vision « humaine » de ses « amis arbres ».

Et quand bien même il y aurait manipulation…

Qui reproche au marketing de faire parler dans les publicités des hamburger, des bonbons ou même de faire croire que le dernier SUV vous rendra heureux dans une ville idéalisée ?

S’il le faut, usons de manipulation littéraire sur les enjeux sociétaux pour donner envie d’aller plus loin. (non?).

 

Le message de l’auteur est clair : comprenons les arbres de nos forêts et laissons leur une place dans notre système productif.

Il en va de notre intérêt de préserver ceux qui ont littéralement rendu notre écosystème terrestre vivable.

L’auteur revendique la nécessité de récréer des forêts primaires dans une Europe qui les a quasiment totalement éradiquées (seulement 3% des forets européennes sont primaires). Mettons nous aussi au diapasons de la temporalité de l’arbre : pas la décennie mais le siècle. Donnons le temps à la forêt de se refaire une santé.

 

Citation d’un passage représentatif du style et qui m’a touché sur le fond :

Les arbres urbains sont les enfants des rues de la forêt. Pour ceux nombreux, qui doivent vivre en bordure de rue, l’expression est encore plus vraie. Les années de jeunesse ressemblent à celles de leurs congénères de parcs et jardins. Ils sont entourés de soins, font l’objet de mille attentions, parfois même une conduite d’eau est spécialement posée pour eux afin de les abreuver à la demande.Le jour où leurs racines se piquent d’étendre leur rayon d’action, ils ont une drôle de surprise. Sous la chaussée ou le trottoir, la terre, qui a été compactée à la plaque vibrante, est d’une dureté formidable. Le coup est rude, car les essences forestières développent leur racines moins en profondeur qu’en surface. Il est rarissime qu’elles s’enfoncent à plus de 150 cm,la plupart s’arrêtent beaucoup plus tôt. Dans la forêt, ce n’est pas un problème, un arbre peut s’étendre presqu’à l’infini. Il n’en va pas de même en bordure de rue. Toute expansion est limitée par la chaussée, des canalisations courent sous le trottoir et le sol compacté impénétrable. Il n’est pas surprenant que des conflits surgissent. Les platanes, les érables et les tilleuls tentent volontiers des incursions dans les égouts. [...]

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Lu: Ecotopia d’Ernest Callenbach

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 8 janvier 2019

Quel plaisir de se faire offrir un livre !

Comme ça, sans raison, au détour d’une conversation, dans un moment professionnel bien éloigné de la prospective écologique.

C’est un plaisir à double titre : d’abord car je pense qu’une lecture est faite pour être partagée et ensuite car ça démontre que le sujet de notre avenir (intégrant notre relation à l’écologie) intéresse plus de personnes qu’on peut le croire en regardant BFM TV le samedi après-midi.

550165._UY630_SR1200,630_Ce cadeau sans raison (merci Marie-Luce) est ECOTOPIA d’Ernest Callenbach. Il s’agit d’une nouvelle qui ne l’est pas (nouvelle)  puisqu’elle a été publiée l’année de ma naissance,en 1975 et ré-éditée dans un très beau format. J’ai appris en parcourant le web, que ce livre fait référence en matière de prospective écologiste.

Le pitch : Trois États de la côte ouest des États-Unis (la Californie, l’Oregon et l’État de Washington) font sécession et se lance dans une reconstruction totale d’une Société écologique radicale. On suit un journaliste américain dans la découverte de ce nouveau monde « près de chez lui », 20 ans après la sécession. Au grès de ses articles et de ses expériences, nous regardons avec les yeux du principal protagoniste, à quoi ressemble cette Société qui a choisi de prendre une voie différente.

Forcement, William Weston (le journaliste), est au début très critique en se rendant chez ce qu’il envisage comme des sauvages retournés à l’âge des cavernes; puis il se laisse convaincre par les vertus de cette nouvelle Société, plus responsable, plus sobre, plus féministe, démondialisée, moins guerrière, moins marchande, moins centralisée, plus sensible, décroissante.

Le scénario ne présente aucun autre intérêt que de servir de prétexte à la description de cette nation écotopienne idéale imaginée par l’auteur, sur tous les pans de la Société. Force est de reconnaitre que nombre de « solutions » proposées n’ont pas mal vieillies : zéro déchet, mobilité douce, « do-it-yourself », gouvernance locale, partage du temps de travail (…) et font même échos à de nombreuses « innovations » de 2018 !

Ce livre culte traduit dans le monde entier, a le mérite d’offrir une vision d’un possible accessible… mais j’ai eu personnellement du mal à me retrouver dans l’ambiance hippy un peu caricaturée qui est proposée ici (même si je n’ai rien contre la plénitude sexuelle dans les bois, à l’hôpital ou au sauna!). Certaines propositions me dérangent franchement : des communautés fortes tournant milice locale parfois, un isolationnisme raciale, une apologie des violences primaires de l’homme pour qu’il se sente « vivant »… Bref, je n’ai pas gouté à toutes les propositions.

Au delà de l’inventaire des solutions techniques, culturelles, politiques disponibles pour changer de système, il me semble que c’est l’arrivée d’internet et des réseaux sociaux qui rendent de facto le scénario proposé périmé. L’actualité nous montre tous les jours, que ces nouveaux acteurs de notre quotidien, inimaginables en 1975, conditionnent notre vie sociale, pour le meilleur (parfois) et pour le pire (souvent).

Et si aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de mondes rêvés, de perspectives positives, loin des prospectives apocalyptiques, cet ouvrage intéressant à de nombreux titres, mériterait une mise à jour pour jouer ce rôle mobilisateur.

A lire pour la culture plus que pour le plaisir.

 

 

 

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Lu : Le Siècle Bleu de Jean-Pierre Goux

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 7 décembre 2018

Si on m’avait dit le que le roman écoterroriste deviendrait un genre à part entière…

En quelques mois, c’est le troisième livre sur le sujet que je dévore. Après Le Gang de la Clef à molette de Edouard Abbey (lien) et le parfum d’Aden de Christophe Rufin, voici le Siècle bleu de Jean-Pierre Goux dont la seconde édition est assurée par une maison nantaise qui me tient tout particulièrement à cœur : la Mer Salée (lien).

large_Photo_Front_KKBB_Sandrine_v1_-_small-1527535645Il est bien trop restrictif de limiter ce roman au traitement du sujet de l’écoterrorisme. Il est bien plus juste de présenter cet ouvrage (en deux tomes) comme un thriller efficace qui a pour substrat l’impasse systémique dans laquelle l’humanité est engagée, incapable qu’elle est, de gérer les contradictions entre un développement économique destructeur et une finitude écologique chaque jour plus criante.

Le thriller fonctionne et l’intrigue peut se suffire à elle-même, mais la spécificité de cet ouvrage est d’utiliser un style littéraire abordable pour tous, comme un cheval de Troyes pour aborder nombre de thèmes écologiques très bien vulgarisés et bibliographiés. Je critique souvent les bouquins d’experts destinés à convaincre les convaincus. La nécessité est d’élargir le cercle de la conscience et c’est probablement avec ce type d’excellent bouquin populaire, qu’il est possible d’y arriver.

Bon, il se trouve que mon souvenir de lecture sera pour toujours associé au mouvement des gilets jaunes qui ont colonisé l’intégralité de l’actualité. Mon cerveau ne séparera donc jamais ces deux histoires concomitantes, et l’analyse reste paradoxale ou au moins imparfaite. La société civile peut donc se soulever. Reste que la cause n’est pas celle envisagée par l’auteur… Le sauvetage de Gaïa, notre petit vaisseau aux ressources si limitées, n’est pas à l’ordre du jour. Trop loin des problèmes du quotidien.Pourtant, ce livre reste un atout pour construire un imaginaire collectif positif, même si on sait que ce n’est pas que d’un imaginaire dont nous avons besoin.

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On trouve dans l’actualité de ce mois de novembre 2018 des résonances avec cette idée de passage à l’action : [article du Monde sur le sujet] [article du Guardian] groupe d’activistes anglais, écologistes et pacifiques nommé Extinction Rebellion qui se positionne clairement sur le passage à l’action par la désobéissance civile. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté pacifiquement en novembre sur Londres et pour info, Big Ben n’a pas été vandalisé.

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En ce qui concerne la trame de l’histoire, il s’agit d’un roman. Les héros sont admirables, les méchants sont très méchants et le Complot fait partie intégrante de l’intrigue. Tout ceci est nécessaire au style choisi. Dans la vraie vie, il me semble que les choses sont plus complexes. Moins de « super-méchants » et plus de méchants-gentils hybrides… Comme le dit Paul Gardner, un des personnages principaux, bloqué sur la Lune (oui, oui) :

Il n’y a pas d’un côté des hommes bons et de l’autre des mauvais. Il y a juste des vulnérables assaillis constamment par des forces prédatrices.

J’ai particulièrement apprécié l’idée, souvent répétée, que quand on voit la Terre de l’espace, on ne peut pas ne pas comprendre la finitude de notre « île ». Déjà le philosophe grecque Phédon (que je ne connaissais pas) disait :

Confinés dans un creux de la terre, nous croyons en habiter le haut, nous prenons l’air pour le ciel et nous croyons que c’est le véritable ciel où les astres se meuvent. C’est bien là notre état : notre faiblesse et notre lenteur nous empêchent de nous élever à la limite de l’air; car si quelqu’un pouvait arriver en haut de l’air, ou s’y envoler sur des ailes, il serait comme les poissons de chez nous qui, en levant la tête hors de la mer, voient notre monde; il pourrait lui aussi en levant la tête,  se donner le spectacle du monde supérieur; et si la nature lui avait donné la force de soutenir cette contemplation, il reconnaitrait que c’est là le véritable ciel, la vraie lumière et la véritable terre.

Cette idée n’est pas neuve pour Jean-Pierre Goux puisqu’il a porté le projet BlueTurn.

BlueTurn, c’est une expérience unique de contemplation de la terre « en mouvement » et donc une illustration indispensable à la lecture du roman Siècle Bleu. Prenez quelques minutes pour prendre de la hauteur.

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Pour le reste, je vous recommande de lire ce roman puisque voici une excellente idée de cadeau de Noël. Et comme l’auteur semble avoir de très bons goûts musicaux, je vous recommande de l’accompagner, sous le sapin, du dernier album de Nina Attal.

 

 

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Lu : Jamais seul (ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations) de Marc-André Selosse

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 26 août 2018

Au milieu des romans policiers et des ouvrages de sciences-fictions qui ont accompagné mon été 2018, un ouvrage m’a marqué pour son originalité, son expertise et son approche « décalée ». Je parle ici de JAMAIS SEUL- Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations de Marc-André SELOSSE.DkyQJzFWsAEL2Ex.jpg large

Voici donc un livre extrêmement riche en savoir qui vous fera considérer le monde des « microbes » sous un jour nouveau, ouvrant la porte à la compréhension du rôle de ce « petit » monde, bien au delà du regard « pathologique » que nous lui portons souvent exclusivement. « Lave toi les mains ! »

Voici un livre illustrant comment les partenariats au sein des organisations vivantes – symbioses et bien plus – nous ont construits et font ce que nous sommes, font ce que sont les arbres sont, font ce que les animaux sont, font ce que les fromages sont, font ce que les civilisations sont… Brefs, que nous l’acceptions ou pas, nous sommes liés à ce monde microscopique.

Voici un livre qui vous aidera à lire l’invisible au travers de nombreuses histoires micro et macro-biologiques qu’on a envie de raconter autour de soit. Pour briller en société, lisez cet ouvrage !

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Ceci étant dit, je me sens bien en difficulté de résumer l’ouvrage, tant il est riche et complet (parfois complexe pour le lecteur peu cultivé que je suis). Faute de le résumer donc, je vais partager, deux souvenirs anecdotiques de lecture en espérant que chacun ira y chercher sa propre inspiration.

  • la vache n’est pas herbivore !

Parmi les jolies histoires racontées ici, je suis heureux d’avoir appris que les vaches ne sont pas des herbivores. Mince ! Je suis ingénieur des industries alimentaires et personne ne m’avait appris ça ! Ces animaux placides qui passent leur temps à brouter et à mâchouiller; de manière fort sobre en énergie (pas de chasse ou de recherche de nourriture) ; et bien, ces animaux se nourrissent des micro-organismes qu’elles « élèvent » dans leur rumen (et qui eux se nourrissent de l’herbe ingérée par leur hôte). Le micro-organisme n’est pas viable hors du rumen de la vache et la vache ne sait pas se nourrir sans ses hôtes.

  • « la faim rassemble, tandis que l’abondance disloque la symbiose »

Les plus grandes réussites en matières de symbiose se produisent quand les milieux sont pauvres, quand on a besoin de mettre en commun ses spécificités pour l’intérêt commun. Quoi de mieux pour une plante de démultiplier le pouvoir d’absorption / captation de ses racines grâce aux filaments de champignons. Chaque centimètre cube de sol contiendrait entre 100 et 1000 mètres d’hyphes de champignons mycorhiziens connectés aux racines des plantes ! La recherche de nutriments est optimisée.

Par contre si comme dans l’agriculture « moderne », on enrichit le sol à l’extrême, les plantes peuvent survivre sans les mycorhizes ou nodosités de leurs vieux alliés. Toutes les « compétences » de collaboration plantes / champignon, acquises au cours des 400 millions d’années antérieures sont en partie détruites.

Extrapolons. Cette nécessité de la « crise des ressources » pour collaborer me permet une légère digression dans « mon » univers. Je me demande toujours pourquoi si peu d’entreprises actionnent le levier « écologie industrielle » / « partenariats de proximité ». La réponse est peut-être que dans notre monde, au moins économiquement, l’accès au ressources est encore trop facile. Les collaborations ne pourront se faire que dans un monde plus contraint. 

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Conclusion : « les microbes sont nos amis, il faut les aimer aussi…« 

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Lu : « L’innovation ordinaire » de Norbert Alter

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 1 septembre 2017

Voici plusieurs mois que j’ai entamé la lecture de « L’innovation ordinaire » de Norbert Alter. La lecture par un sociologue du processus d’innovation est éclairante et permet de prendre un peu de hauteur sur une notion que nous avons un peu tendance à utiliser à toutes les sauces. Tout n’est pas innovation. Je vais essayer de partager ici quelques propositions de l’auteur, traitées avec ma grille de compréhension :

 

  • Tout d’abord, faisons une mise au point sémantique : nous confondons trop facilement les termes INNOVATION et INVENTION. Pour l’auteur, innover, c’est mettre en œuvre « l’invention », atteindre l’usager, lui faire au bout du compte, transgresser les règles établies. Beaucoup d’inventions (peut-être géniales) n’ont jamais trouvé leurs « clients ».

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  • « L’innovation bute toujours contre l’ordre établi », elle suppose une rupture, et celle-ci s’appuie sur une « déviance ».

 

  • L’innovation ne se décide pas. Les service RetD peuvent être pour les entreprises un investissement nécessaire pour créer le contexte favorable à l’innovation « souhaitée » mais ne sont pas à même de planifier l’innovation. « La RetD est en effet régie par la notion de risque, c’est-à-dire l’impossibilité de prévoir le résultat de l’action menée ainsi que la nature des sanctions positives ou négatives qui lui seront affectées. »

 

  • « L’innovation est une activité banale » (comprendre de non spécialistes). Le plus souvent, dans l’histoire industrielle, ce sont des ouvriers, confrontés à leurs problématiques opérationnelles du quotidien, qui ont contribué à innover sur leurs outils de production.

 

  • Le plus souvent, les dirigeants ne sont pas les innovateurs. Ils sont par contre ceux qui permettent de faire passer les idées / propositions des innovateurs au stade application. On a besoin de leur autorité pour légitimer auprès de la majorité la pratique « déviante » ! Paradoxalement, c’est par une logique managériale descendante que les innovations peuvent être appliquées. Les directions gouverneraient l’innovation plus en « aval » qu’en « amont ».

 

  • Nous classons souvent dans la catégorie « innovation » des inventions dogmatiques imposées par un management tout puissant (parfois à côté de la plaque). La relation du travailleur à la prescription, à l’absence de concertation, aux invectives managériales « command and control » est une composante très présente dans l’ouvrage. Avec mon passif de consultant « ISO » et mon actif de consultant « RSE », cette lecture me chatouille les neurones. Intéressant.

 

Bref, lisez l’ouvrage pour voir plus loin que ce mini post mais, un conseil au lecteur : prévoyez une disponibilité à 100% pour lire ce livre. Je me suis vu relire plusieurs fois des passages pour assimiler le message. C’est pas du Fred Vargas.

 

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Lu : Le Monde Enfin de Jean-Pierre ANDREVON

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 16 août 2017

Les vacances doivent en principe servir à se décontracter, à arrêter de se prendre la tête… J’ai fait un peu ça lors de cet été 2017 mais pas que…DGYEW5VXkAA_v2T

J’ai aussi lu un ouvrage de prospective apocalyptique qui m’a fait envisager certaines choses autrement, sans me rendre particulièrement déprimé d’ailleurs.

- je précise que ce post a été écrit avant toute éventuelle intervention nucléaire américaine en Corée du Nord qui aurait potentiellement déclenchée une guerre nucléaire en Asie. Yahou ! -

Souvent Hubert Reeves – et bien d’autres – tentent d’expliquer à leurs auditoires que les enjeux environnementaux auxquels nous sommes confrontés remettent plus en cause l’Humanité que la planète Terre à proprement parlé. Si nous aimons penser à « notre » planète bleue comme à un être souffrant sous nos coups de butoirs sans cesse répétés, nous oublions volontiers que la Terre existait avant l’Homme et existera probablement après la disparition de l’Humanité. La Vie sur Terre ne se résume pas à la vie des 7 milliards d’êtres humains.

Tel est le cadre de l’ouvrage de Jean-Pierre ANDREVON. Le roman part d’un évènement sanitaire : une mutation génétique, un prion mortel qui anéantit 98% de l’Humanité brutalement et qui rend stérile la majorité des survivants. Ce qui est surtout décrit dans ce livre, c’est comment la vie animale et végétale reprend le pouvoir après la parenthèse du passage de l’Homme sur Terre. En suivant les aventures de quelques survivants dans des décors urbains retournant progressivement à la vie sauvage, on redécouvre des équilibres naturels que la « civilisation » avait rendus inopérants.

Les tableaux ainsi décrits à force de détails rendent la perspective presque joyeuse ! Si le sujet traité est au sens premier du terme « catastrophique », la manière de le traiter ne l’est pas. L’Humanité s’éteint ? et alors ? L’Histoire de la planète Terre se poursuit, même si plus personne ne pourra bientôt l’écrire…

Le livre aurait probablement mérité, de mon point de vue, plus de concision et se serait bien passé des aspects surnaturels et extra-terrestres de la fin du roman, mais j’ai vraiment aimé ce voyage dans un (très lointain ?) futur pas si impossible que ça.

 

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CaptureTant que je suis dans les mondes parallèles, histoire de me rapprocher tout doucement du retour à la réalité que tout mois de septembre nous impose, j’ai beaucoup aimé le parallèle fait par VOX (lien) entre l’univers de Game of Thrones et le traitement de la menace du changement climatique sur notre époque.

Dans la fiction, le danger qui menace tous les humains  est une invasion de Morts vivants. Pour nous c’est un changement de composition de notre air influant sur le Climat. Dans les deux mondes, nombreux sont ceux qui ne « croient » pas à la réalité du danger car ils ne le voient pas. Idem, dans les deux mondes, ceux qui ont les manettes du pouvoir sont plus occupés à gérer les problématiques court-termistes qui n’auront bientôt plus de sens si le danger n’est pas jugulé. Bien vu.

La fiction peut servir notre réalité. Bonne rentrée !

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Lu : « Il était minuit moins cinq à Bhopal » de Dominique Lapierre

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 1 juin 2017

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Quand je suis tombé sur ce livre de Dominique Lapierre dans la bibliothèque d’une amie (coucou Eve), je me suis rendu compte que je ne savais presque rien de cet évènement tragique. J’avais 9 ans en 1984 et l’actualité industrielle indienne ne constituait pas un centre d’intérêt prioritaire pour le petit auvergnat que j’étais.

Bien-sûr, pour l’auditeur de Systèmes de Management de l’Environnement que je suis devenu, Bhopal était la « mère des catastrophes industrielles » qui a notamment « motivé » la rédaction de la première mouture de la norme ISO 14001. Je n’en savais pas beaucoup plus avant de dévorer ce livre.

L’ouvrage de Dominique Lapierre et Javier Moro m’a donc éclairé sur les raisons de cet accident industriel. Mais peut-on parler « d’accident » industriel ici ? A partir de combien de morts faut-il changer de mot ? Même le terme de catastrophe ne parait pas à la hauteur pour qualifier une défaillance industrielle qui a causé la mort de 16.000 à 30.000 personnes (pas que le jour même mais dans les mois et années qui ont suivi) et blessé plus ou moins lourdement 500.000 autres indiens. 530.000 victimes ! à peine moins que la population entière de la Vendée.

En parallèle de la description factuelle des éléments qui expliqueront la fuite de gaz mortels en cette nuit du 3 au 4 décembre 1984, le récit s’attache à suivre la vie « normale » de protagonistes locaux et contemporains à l’Histoire de l’accident. Ces vies que le destin a mené à proximité immédiate de ce « bijou » qu’était le site industriel de la multinationale américaine Union Carbide. On s’attache aux personnalités, on suit leur aventure personnelle, leur survie, leur joie… jusqu’au mariage de Padmini, ce soir du 3 décembre 1984. Cette approche humanise les chiffres froids du nombre de victimes. Ils étaient vivants, comme nous.

Ce que je retiens tout particulièrement de cette lecture, c’est l’analyse fort bien documentée des circonstances qui ont abouti à cet effroyable échec industriel. Tout accident est multi-causal, la chronologie des évènements le démontre ici clairement. Une enquête remarquablement documentée qui devrait être enseignée dans les écoles de management.

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New-India-ad-320Une belle histoire : la science au service de l’Humanité

Le début de cette histoire est remplie du positivisme ambiant d’une période où l’industrie chimique ouvre des nouveaux champs des possibles. Qui peux reprocher à une industrie en plein développement et en pleine réussite, de proposer à un pays en développement comme l’Inde, une sécurisation de sa production agricole ? Dans un pays où la pluviométrie est incertaine et où les insectes mangent massiquement plus de cultures que les hommes qui travaillent les champs, les solutions de l’agro-chimie sont miraculeuses. Alors, quand un des trois géants mondiaux de la Chimie, Union Carbide, choisit la ville de Bhopal pour fabriquer son insecticide phare – le SEVIN – c’est une très bonne nouvelle.

C’est même la fête ! 1.000 emplois directs aux plus belles périodes avec des niveaux de rémunérations inédits en Inde. Les emplois indirects sont aussi légions. L’usine attire les sans ressources qui vont s’installer aux portes de l’usine. C’est une ambition pour toute la population locale que de travailler chez Union Carbide.

Les autorités sont fières de montrer le développement économique de leur territoire et font tout pour bien accueillir l’industriel, les gens se considèrent bénis des Dieux de bénéficier de cette création de richesse et les investisseurs américains envisagent un marché juteux pour débouché de son produit magique (il y avait 400 millions de paysans indiens à ce moment). Les agents commerciaux de la multinationale assuraient aux paysans que pour « chaque roupie que tu dépenseras pour acheter du Sevin t’en fera gagner cinq« .

Magique, magique… Au fait, on y fait quoi dans cette usine surdimensionnée ?

La question ne se posait pas vraiment pour les employés : de la poudre blanche. Une sorte de médicament pour les plantes. Que du bon ? En fait non; pour faire la belle poudre blanche qui protège les rosiers et les tomates (le SEVIN est apparemment toujours en vente aux US !!), le process fait intervenir de l’Isocyanate de méthyle (le MIC) qui a des particularités létales pour le genre humain. Dans les conditions normales, le MIC est un liquide incolore d’odeur âcre. Il est très volatil et il a une température d’ébullition relativement basse (39°C). Il est aussi hautement inflammable. Enfin, il est soluble dans l’eau mais n’est pas stable car il réagit avec cette dernière (c’est ce qui déclenchera la réaction exothermique le 3 décembre 1984). Pour le fabriquer, il faut du Phosgène (célèbre gaz de combat) et de la Méthylamine (dérivé de l’Ammoniac) qui ne sont pas franchement non plus les amis de ce qui est vivant. Bref, ça pu, ça tue quand on le respire et ça doit rester à 0° pour pas rentrer en ébullition.

Probablement que les dirigeants d’Union Carbide étaient sincères quand ils déclamaient leur engagement humanitaire. Leurs innovations devaient permettre de nourrir une population en manque.

Probablement que les engagements de la firme en matière de Sécurité des Hommes étaient sincères (« Safety First » – « Good Safty and good accident prevention praticies are good business« ) et leur expertise technique réelle.

Surement que les investissements engagés au début du projet pour former le personnel indien sur les sites américains étaient un engagement fort pour transférer les compétences.

Pourtant le manque d’humilité et de transparence de cette entreprise toute puissante pue autant que son produit. Savoir que l’entreprise n’a jamais communiqué la composition de ses produits aux services sanitaires locaux alors que des stocks de thiosulfate de sodium auraient sauvé des vies. Un antidote existait…

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« Les histoires d’amour finissent mal… en général »

Le marché n’était pas là. L’usine était trop grosse et non rentable. La multinationale a donc du baissr la voilure dès 1982/83. Les moyens libérés pour l’entretien du matériel ont chuté en conséquences. De petites économies en petites économies, on a coupé la réfrigération du MIC, on a laissé les vannes se détériorer, diviser par deux les effectifs… 

Les hommes compétents qui avaient conçu le site, ont aussi quitté les lieux. La culture de la sécurité a disparu petit à petit… Au point que les audits du groupe n’ont plus été pris en compte. Les signaux faibles ont été nombreux, mais plus personnes n’était en capacité (ou en volonté) de les identifier. bhopal

Trois dispositions de préventions basiques ont, par exemple, été oubliées progressivement : stocker peu de MIC sur site (une des cuves était quasiment pleine de MIC), toujours maintenir le MIC en dessous de 0°C (la réfrigération était coupée le jour de l’accident), toujours maintenir une torchère en fonctionnement pour évacuer les émissions gazeuses en cas de soucis (la torchère était hors service le jour de l’accident).

Moins de prévention industrielle, mais surtout une proximité des habitations impensable ! Les bidons-villes sont à quelques mètres du site et les habitants n’ont jamais été sensibilisés à un quelconque danger ou procédure de réaction en cas d’urgence. Pire : les sirènes d’alarmes étaient orientées vers l’intérieur du site, pas vers l’extérieur. Les salariés seront sauvés (sauf un), les morts seront les habitants des taudis alentours.

Et, je n’aime pas le dire, mais Mr Pasdechance était aussi au rendez-vous de cette nuit mortelle. Mr Pasdechance a fait en sorte que ce triste dimanche soir de nombreux évènements festifs se déroulaient dans les rues populaires de Bhopal (mariages, déclamations publiques de poèmes, pèlerinages, arrivée d’un train complet quelques minutes après l’accident à la gare située devant le site…). Enfin, Mr Pasdechance a orienté le vent vers le bidonville. Le pire des scénarios.

Pour la suite… ce fut une horreur qui se prolonge encore dans le temps (séquelles physiques et psychologiques durables). Aucun jugement n’a été prononcé contre Union Carbide.

Je n’oublierai jamais cette lecture.
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Lu : ECONOMIX, la première histoire de l’économie en BD

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 19 mars 2017

Une fois n’est pas coutume, la petite bibliothèque de mon village a su me proposer une lecture d’exception… dont je n’avais jamais entendu parlé.

Qui n’a pas envie d’avoir une culture basique mais crédible sur la « science » économique (quelque soit vos opinionsEconomix_la_premiere_histoire_de_l_economie_en_BD politiques d’ailleurs), et sans investir un temps monstrueux dans des lectures souvent très techniques ? Économie Politique Classique, néoclassique, libérale, néolibérale, apports d’Adam Smith, de David Ricardo, de Karl Marx, de Friedrich Engels, de Keynes… C’est bien de savoir de quoi on parle non ?

J’ai ce qu’il vous faut : avec ECONOMIX, vous disposez d’une BD vulgarisant la complexité de l’économie, avec une entrée chronologique pour comprendre comment la (les ?) pensée économique s’est construite du XVIIème siècle à aujourd’hui.

Indispensable. Voici ce qu’en a dit Le Monde :

« Economix est un livre hors norme. S’il avait existé à l’époque, certains banquiers n’auraient pas osé vendre autant de crédit à risque« 

Pour ma part, je trouve que l’auteur, Michael Goodwin, parvient, grâce à l’accessibilité permis par les dessins, à vulgariser des concepts complexes sans basculer dans le simplisme. Un exploit.

Aucune pertinence à résumer ici l’ouvrage -de près de 300 pages – mais j’ai choisi quelques morceaux qui vous donneront peut-être envie d’en savoir plus :

  • 1776 : Adam Smith écrit RECHERCHE SUR LA NATURE ET LES CAUSES DE LA RICHESSE DES NATIONS. Il introduit les bienfaits de la concurrence et l’idée que le Marché peut s’auto-gérer. Mon idée était qu’Adam Smith était le gourou du libéralisme, point. On oublie que le bonhomme n’était pas dogmatique. Il pensait que « les marchés ne renforçaient pas loi, ne protégeaient pas les frontières et ne fournissaient pas de biens publics comme le nettoyage des rues que tout le monde exige mais que personne n’est très enclin à effectuer« . Dans son fameux ouvrage, il dit même de prendre garde aux capitalistes. Citation surprenante :

« la proposition de toute nouvelle loi ou règlement de commerce, qui part des [capitalistes], doit toujours être adoptée qu’après avoir été longtemps et sérieusement examinée, non seulement avec le plus grand scrupule, mais avec la plus grande défiance. Elle vient d’un ordre d’hommes dont l’intérêt n’est jamais exactement le même que celui du public, qui généralement est intéressé à tromper et même opprimer le public, et qui, dans bien des occasions, n’a pas manqué de le tromper et de l’opprimer« 

  •  Ci-dessous une planche pour illustrer l’esprit de la BD. Il est question ici de l’émergence des médias dans l’économie. D’autres planches nous expliquent comment la publicité est passée d’une logique d’information sur une offre de service disponible à une logique de transmission du désir de consommation (John Kenneth Galbraith – 1958).

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  • Bien sur, l’émergence de la prise en compte des externalités de production me touche particulièrement. La prise en compte du « coût global » n’est qu’une notion récente que la RSE tente de prendre en compte dans les organisations du XXIème siècle.

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Seule critique : le livre étant écrit par un américain pour les américains, il est un peu « USA-centré ».

Bien sur ce livre est « engagé » mais il me semble qu’il est suffisamment factuel pour que tout le monde y trouve son compte. A lire donc pour être un peu plus « compétent » sur la branche « économique » de notre Histoire.

PS : je renvoie sur le dernier entretien de Gaël Giraud, économiste décalé et ultra-pertinent qui mérite d’être lu : LIEN

 

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Lus : « Zéro Pollution, un ultime défi pour l’Humanité » et « Le cantique de l’apocalypse joyeuse »

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 27 novembre 2016

Je viens de m’offrir une jolie aventure lecture, en lisant en parallèle, deux ouvrages que rien ne destinait au rapprochement. Je dispose ici donc d’une exclusivité mondiale pour réaliser cet exercice et ne crains aucune concurrence ! Et en effet, mon cerveau tordu a trouvé matière à alimentation mutuelle dans ces deux livres, sur le sujet non dérisoire de l’avenir de l’Humanité.

CaptureEn ouvrant « Zéro Pollution – un ultime défi pour l’Humanité » de Yannick Roudaut, un vendredi soir de novembre, je ne pensais pas me faire recommander dès le lendemain matin, à la bibliothèque du village, un roman lapon improbable que j’ai eu une énorme envie de dévorer immédiatement : « le cantique de l’apocalypse joyeuse » de Arto Paasilinna.

Il est question de deux livres que je recommande sans réserve. Voici l’occasion de partager mes digressions, plus que de commenter ces lectures.

La Cata. Dans « Zéro Pollution » (0P dans la suite du texte), Yannick dénonce la défaillance de notre modèle de développement humain, destructeur de notre biosphère (notre unique et essentiel substrat) et incapable de penser long terme. Il y propose une perspective ambitieuse à même de nous sortir de l’ornière en développant le concept de « Zéro Pollution ». Dans le « Cantique de l’apocalypse joyeuse » (CAJ dans la suite du texte), l’auteur nous conte, avec un humour délectable, l’histoire d’une vie dans un monde qui s’effondre : crise économique, accident nucléaire, 3ème guerre mondiale, épuisement de la ressource pétrole… Cette vie est celle d’un homme qui passe au travers des gouttes en menant un projet personnel qui devient collectif, au sein d’une communauté écolo qu’il construit, hors du système, au fond d’une forêt finlandaise, à la frontière de la Russie. L’effondrement de notre Monde n’est qu’un arrière-plan lointain dans « CAJ« , quand « 0P » nous encourage à anticiper le pire pour qu’il n’arrive point.

« CAJ » a été écrit en imaginant un futur qui est notre présent, ce qui est forcément troublant pour le lecteur de 2016. Je reviendrai plus loin sur les raisons qui me fond rapprocher ce roman des perspectives proposées par Yannick Roudaut.

Zéro Pollution est composé de deux parties distinctes dans le style : une première sous forme d’essai pour caractériser l’impasse dans laquelle nous sommes engagés et pointer une sortie positive, une seconde partie sous forme de fiction, prospectiviste, imaginant « une » vie possible, en mai 2070, vécue par des personnages fictifs, dans un Paris bien différent de celui de 2016. Cette seconde partie, j’avais souhaité l’écrire il y a quelques années. J’avais même commencer à écrire quelques pages, bien plus sombres et moins bien documentées. Je suis heureux d’avoir laissé Yannick faire le job : question de talent et de courage.

Yannick Roudaut est un conférencier reconnu (lien), qui a appelé de ses vœux une seconde Renaissance dans son livre précédent (lien) pour dépasser le constat stérile des crises environnementales et pour ambitionner une vraie transition. Dans « 0P« , une fois la contextualisation réalisée, il propose une ambition nouvelle : il nous faut viser le « 0 Pollution » pour nous en sortir et arrêter de jouer « petit bras ». Inutile de revenir sur les constats, je les partage. Notre don de prédation, qui nous a permis de survivre ces 200 000 dernières années, pourrait signer notre arrêt de mort. Nous sommes trop doués pour détruire et notre comble ou peut-être ultime trophée, risque d’être notre auto-destruction.

Yannick nous offre ici une perspective positive, richement illustrée d’expériences contemporaines inspirantes. Il explique vouloir contribuer ainsi à l’ »over-view effect » que ressentent les rares humains qui ont pu voir la Terre de l’espace : une envie de protection de notre belle vieille Planète quand on en a perçu ses limites physiques.

Mon interprétation de la posture « Zéro pollution » fait échos aux démarches « Zéro accident » que je peux être amené à fréquenter en entreprise.  « Zéro accident », ça veut dire que l’accident corporel est intolérable et prioritaire sur tout autre impératif. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a jamais d’accident dans l’entreprise. J’envisage le « Zéro pollution » sous le même angle. Il faudrait qu’il ne soit plus acceptable (ce n’est pas le cas aujourd’hui) de contribuer à un dommage à notre éco-système et donc ambitionner de progresser perpétuellement vers la plus grande sobriété en terme de pollution sur toute sa sphère d’influence, par les arbitrages les plus favorables à notre biosphère. Il n’est d’ailleurs, pour moi, pas exclusivement question de pollution au sens rejet (sens commun) mais aussi de l’épuisement des ressources non renouvelables et renouvelables en « danger ». Toutes les externalités négatives en fait. Je pense que le « Zéro Pollution » est une posture et un but mais ne doit pas devenir un Graal déclaratif ouvrant la voie au simplisme. Quand on creuse, l’essentiel des activités humaines identifiées comme « vertueuses » présentent des impacts environnementaux.

Reste de mon point de vue la complexité pour transformer l’objectif lointain en cible et plans d’action : la gestion des paradoxes et des incohérences. Ne pas s’intéresser au détail mais influer significativement sur le global.

Quelques directions à explorer sont dessinées par Yannick et je signe des deux mains : low tech, sobriété, décentralisation des décisions, coopération, biomimétisme, permaculture, coopération, communauté, open-source…

Dans une forêt finlandaise, pendant ce temps là… C’est maintenant que Arto Paasilinna nous rejoint. Dans le « cantique de l’apocalypse heureuse » (mettons le réel plaisir de lecture de côté), l’auteur propose une interprétation de ce que pourrait être la réaction humaine dans un Monde qui s’effondre. Je le traduis ainsi : pour vivre (heureux) dans ce monde qui part en quenouille, qui devient hors de maitrise (et qu’il ne convient même plus d’essayer de changer), il faut créer une petite communauté détachée du système centralisé défaillant (décentralisé donc), y insuffler une solidarité et une coopération entre ses membres (coopération), vivre de peu (low tech, sobriété) avec une proximité retrouvée à la Nature nourricière (biomimétisme, permaculture) avec des compétences et savoir faire manuels ancestraux enrichis des connaissances modernes (open-source)…  une sorte de réponse par le petit bout du questionnement posé dans « 0P« , à une échelle très restreinte, plus proche de la résilience que de l’anticipation d’un nouveau modèle mondialisé compatible avec les limites physiques et biologiques de notre biosphère. Une réponse quand même.

Ni Yannick Roudaut dans son livre, ni moi par ailleurs, ne revendiquons le repli sur « sa » communauté ou tout autre forme d’isolationnisme, mais force est de constater que la dynamique du moment va dans ce sens. La majorité des peuples riches de cette planète se retrouve dans un objectif de défense contre les risques – perçus – comme externes.

Alors quoi ? On avance en grappes de faiseurs, en tribus de convaincus, en ignorant la majorité qui suit le logiciel de développement périmé ? au risque de se retrouver dans le scénario de la « communauté d’écolos dans une forêt finlandaise » (même si cette forêt est aujourd’hui virtuelle dans le monde d’internet). On s’isole pour démontrer ou on se confronte à la masse pour la faire bouger ? Comment changer d’échelle et sortir du petit cercle des convaincus ? Comment faire muer la chrysalide ?

Le triangle du feu (sacré). Je vois les choses à la manière du pédagogique triangle du feu caractérisant les conditions du début d’un incendie : pas d’incendie sans carburant (un truc qui peut bruler), comburant (Oxygène le plus souvent) et source d’inflammation (l’étincelle). Pour que l’incendie -vertueux- du changement vers le « Zéro pollution » se déclenche, il faut de mon point de vue :Capture

1 – que les crises environnementales soient visibles, que les limites impactent sur le système en place. On rentre dedans.

2 – que la conscience des autres voies et savoirs associés soient accessibles et partagés. C’est la vertu du livre de Yannick, du film « Demain », du Plan B

3 – enfin, qu’il se passe quelque chose pour booster le changement à une échelle significative. Initier le mouvement, rendre tout retour en arrière impossible. Et là on est bloqué pour le moment. Un leader ? une catastrophe ? une révolution ? Je ne suis sur de rien de ce que j’ai écrit dans ce post, sauf d’une chose : je ne connais pas la réponse à cette question.

Joyeux Noël.

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