L’agro-écologie « en vrai » au Gaec URSULE, Chantonnay (85)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 10 mai 2016

J’habite à la campagne.

Je vois ces jours-ci, dans le champ derrière la maison, les rampes de pulvérisateurs qui déversent régulièrement leurs traitements phytosanitaires. Parfois, je râle : « il y a beaucoup de vent là, il abuse !« . J’oublie… Je visionne ça (LIEN) et me dis qu’il y a un soucis que notre génération doit accepter de prendre en compte… Je passe à autre chose… Une partie de mon cerveau doit se dire « la technique n’est pas encore disponible pour faire autrement, les évolutions sont en route… C’est ainsi pour le moment« …

Et puis, aujourd’hui, dans le cadre du programme « Révolution Alimentaire » du Comité 21, j’ai eu la chance de voir, ailleurs que sur des plaquettes du ministère de l’Agriculture (lien), ce qu’est l’Agro-écologie « en vrai », sur le terrain. C’était à 10 km de chez moi, au Gaec URSULE et ça m’a redonné confiance dans notre capacité à faire « autrement ».

CaptureCe post n’est pas un compte-rendu, mais plutôt une sélection d’idées maitresses que je retiens de cette matinée, regroupées autour de quelques mots entendus de la bouche de notre hôte.

« Durable avant d’être Bio »

C’est une des premières phrases de Jacques Morineau qui nous accueillait sur sa ferme. Elle me semble bien traduire ce que j’ai ressenti : comme un engagement partagé des associés, dès la première heure : dernier insecticide de sol en 1988, traitements sélectifs (« à vue ») dès 1990, 0 intrant chimique dès 1996 !

Ici comme ailleurs chez d’autres précurseurs, il y a une forme de leadership assumé pour s’engager sur un chemin différent de la voie de production « conventionnelle ». Un jour, la finalité affichée de l’entreprise est devenue « l’autonomie productive ». Comme ça…

[Il faudra faire une thèse un jour sur ce moment où tout bascule et ou certains changent l’ordre établi des choses. Elle vient d’où cette énergie ?]

Loi de la « Biodiversité maximale »

110 vaches, des poulets élevés en plein air, 33 espèces végétales cultivées sur 170 ha, 110 ha en herbe (la prairie a ici autant, voir plus, d’attention que les cultures).

La ferme est un concentré de diversité. Un pied de nez à la spécialisation agricole. Il ne s’agit pas d’un choix arbitraire mais pour notre hôte, une condition de réussite dans la voie de l’indépendance en intrants chimiques. Varier les variétés ne suffit cependant pas. Pour réussir à mettre en œuvre ce système intelligent, il faut la jouer subtile. Comprendre les atouts de chaque culture pour « lutter » stratégiquement contre les ennemis naturels, anticiper les périodes de rotation en pluriannuel, avoir une approche globale, holistique, être à l’écoute au quotidien de la météo, de l’état des cultures… J’ai eu l’impression d’observer un joueur d’échec, trop fier du dernier coup qu’il a produit la veille.

« Un parcours gastronomique pour coccinelles »

La « Biodiversité maximale » concerne aussi les petites bêtes alliées de notre éleveur-cultivateur. Tout est pensé pour que le cycle de vie et de développement des auxiliaires de cultures soient en phase avec la « protection » des cultures. Notamment; des haies bocagères entourent les parcelles de la ferme, ainsi les coccinelles peuvent loger confortablement tous l’hiver. Surtout, là où en culture conventionnelle, le traitement chimique va tuer pucerons et coccinelles et laisser un vide de vie temporaire, que se chargeront bien vite de combler de nouveaux pucerons avec une force décuplée (car sans prédateurs ! cqfd), au Gaec URSULE, les coccinelles sont toujours là.

La philosophie est intéressante : ici on travaille pour nourrir le sol (et la vie du sol) qui nourrit la plante plutôt que pour nourrir la plante avec des intrants chimiques au fil de sa croissance. C’est un gage de résistance durable des cultures.

Un système de production efficace

Je n’ai pas vu ce matin un modèle de production théorique et utopique. Le système est efficace. Les rendements sont parfois meilleurs que les systèmes traditionnels mais surtout, ils sont envisagés de manière globale et non culture par culture. Exemple : en cultivant des associations de culture, par exemple Pois/Orge, le rendement en pois est équivalent au conventionnel. La production d’orge, c’est bonus !

De plus, en diversifiant les cultures, les risques climatiques et parasitaires (et de crise de filières) sont limités.

Enfin, l’exploitation est autonome (pas d’intrants chimiques, qui ont tendance à peser de plus en plus lourd dans les bilans comptables des exploitations conventionnels) et peut même se permettre de vendre des protéines végétales en plus de ses bêtes !

Une remise en question permanente, une posture de « Paysan-Chercheur », un investissement énorme dans les ressources immatérielles

C’est pour moi le principal enseignement de cette matinée. Si le modèle du GAEC URSULE fonctionne, ce n’est pas grâce à l’application d’une liste de recettes permettant d’obtenir le diplôme de la parfaite petite exploitation « agro-écologiquement-conforme ». C’est bien plus compliqué : les réajustements techniques sont permanents, les anticipations sont pluriannuelles et intègrent même les effets probables du réchauffement climatique (quelle entreprise peut en dire autant ?).

Les connaissances sont mouvantes. La présence permanente d’apprentis (plutôt non issus familialement du milieu agricole) et les participations académiques de Mr  Morineau sont autant d’investissements immatériels qui permettent à ce système apprenant de fonctionner. Captivant et frustrant car ce savoir n’est pas facilement transférable.

Enfin, la posture des membres du GAEC en termes d’ouverture au changement et à l’innovation est probablement la force la plus remarquable qui laisse entrevoir de beaux jours pour URSULE. En tout cas, je leur souhaite de poursuivre sur ce chemin.

Belle journée.

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Invitation soirée « Ecologie Industrielle et coopération inter-entreprise » – 14/01/2016

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 4 décembre 2015

Inscrivez-vous ! LIEN

 

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Economie de Fonctionnalité : retour d’expérience de l’entreprise CASIRIS

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 18 octobre 2015

Voici le témoignage intéressant d’un chef d’entreprise sur le sujet de l’économie de fonctionnalité. En tant que gestionnaire d’entretien de maisons secondaires, l’unité de compte de vente de CASIRIS passe progressivement de la vente « d’heures de ménage » à la vente du résultat « maison propre ».

Intéressant.

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L’Economie de la Fonctionnalité appliquée par CLARLIGHT

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 21 avril 2015

Vous n’avez toujours pas capté à quoi peut ressembler concrètement un modèle économique basé sur la fonctionnalité ?

Allez jeter un œil au modèle de CLARLIGHT (lien); cette entreprise a fait le choix de baser sa rémunération sur les économies d’électricité réalisées sur le parc luminaire de ses clients. Je ne connais pas l’entreprise et ne peux la recommander; cependant, il s’agit d’une belle illustration d’innovation dans le modèle d’affaire.

 

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PS : je n’ai aucun intérêt commercial avec cette entreprise.

 

 

 

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Retour sur la soirée du 15/4/15 avec Blanche Segrestin sur les « nouveaux contrats d’entreprise »

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 16 avril 2015

Certains jours, c’est compliqué pour un vendéen de se mobiliser pour aller assister à une conférence au nord de Nantes. C’est vrai que je suis rarement déçu par les soirées proposées par le Collège des Transitions Sociétales, mais hier, je n’étais pas sur d’avoir envie d’entendre un chercheur me parler de « contrat d’entreprises ».VIDEO EN LIGNE.

Bref, j’ai finalement procrastiné pas mal de dossiers et j’ai brulé mes 5 litres de pétrole pour aller m’ouvrir à de nouvelles notions et franchement, je ne l’ai pas regretté ! Ce que j’ai entendu hier soir est une analyse historique et sociale éclairante enrichie d’une proposition tellement évidente…

Reprenons dans l’ordre :

Blanche Ségrestin est professeur à Mines ParisTech, elle travaille sur la théorie de l’entreprise, les capacités d’innovation collectives et les modes de gouvernance. Elle a notamment publié « refonder l’entreprise » (lien) en 2012. segrestin1-150x150

Le premier constat de Mme Ségrestin est, que parmi la multitude de crises que nous traversons, il en est une qui n’a pas été comprise : celle de l’entreprise. L’ »entreprise » se caractérise depuis assez peu de temps (années 80) par plus de court-termisme, plus d’inégalités sociales, des transferts de risques et de dommages (loin des yeux, ex : Rana Plaza), une pratique excessive de « l’innovation impatiente » (rachat de start-up au prix fort)… Tout ceci est loin d’être une prolongation logique des pratiques antérieures. Il y a eu un changement de doctrine qu’elle s’attache à analyser.

Voici ce que déclarait Blanche Ségrestin au journal La Croix le 2 juin 2012 (lien):

« Née à la fin du XIXe siècle, celle-ci [l'entreprise] incarnait l’inventivité technique, un collectif de travail, un espace de négociations sociales. Cette logique de progrès s’est brisée dans les années 1980 : le profit des actionnaires est alors devenu la raison d’être de l’entreprise. Cette doctrine a déstabilisé la mission des dirigeants, atrophié les règles de gestion, sacrifié l’intérêt des salariés en cédant le contrôle aux actionnaires. »

J’ai ainsi découvert hier soir que la notion d’Entreprise n’a pas toujours été celle que nous vivons aujourd’hui (et qui n’est d’ailleurs pas définie juridiquement). « Entreprise » c’est au départ « entreprendre », « prendre un risque », « faire une création collective ». Les grands patrons d’entreprises en 1850 dominaient leurs actionnaires; leurs objectifs étaient la création de valeur, y compris sociétale au sens d’aujourd’hui : donner du travail et un salaire, améliorer le confort de vie du consommateur… On ne peut pas reprocher que le 19ème siècle ne s’intéresse pas aux enjeux environnementaux, mal connus.

Dans le même article, cité plus haut, on peut lire :

« Les experts ont cherché les causes de la crise financière du côté de la financiarisation, de la dérégulation des marchés et de la mondialisation. Mais on peut aussi s’interroger à un autre niveau, celui de l’entreprise. Et surgit alors cette question : comment se fait-il que ceux qui dirigent soient parfois amenés à prendre des décisions allant à l’encontre même de la pérennité de l’entreprise ? Il y a eu là une lacune dans les champs de recherche qui, si on la comble, devrait expliquer sous un autre angle la crise dans laquelle nous sommes. Aussi, l’enjeu est d’essayer de reconstruire les conditions d’une régulation de l’entreprise. Ce n’est pas l’État qui le fera, mais il peut y aider.« 

Écouter Blanche Ségrestin, c’est entendre (après interprétation personnelle), que le management (au sens équipe dirigeante) est finalement la première victime de l’exacerbation contemporaine de la logique financière actionnariale. Blanche S. propose d’ailleurs de réfléchir à la piste de « l’habilitation » du dirigeant (en opposition au « mandat »). Un dirigeant peut-il être efficace (donc innovant, animateur du travail collectif, à l’écoute de ses multiples parties prenantes…) s’il représente une seule catégorie de parties prenantes (actionnaires). La piste est intéressante.

Mais la proposition phare, exposée récemment au G8 et reprise notamment dans le recueil « Pour une Économie Positive » de Jacques Attali (lien), c’est la création d’un Objet Social Étendu de l’Entreprise. Inclure dans le droit la possibilité d’intégrer dans l’objet social des finalités sociétales qui ne pourront plus être modifiées au gré des marchés ou des changements d’actionnaires. Il s’agit d’une déclinaison de ce que proposent déjà quelques états américains comme la Californie et dont l’illustration la mieux connue est Patagonia (lien). Yvon Chouinard n’a pas voulu que ses valeurs disparaissent avec lui, il a pu profiter du dispositif Profit with Purpose Companies pour inscrire dans le dur que Patagonia aura toujours une vocation environnementale et sociale. De la RSE puissance 1000 !

La question maintenant est de savoir comment proposer l’intégration de cette possibilité au législateur pour offrir la possibilité aux entreprises de pérenniser leurs engagements sociétaux dans le temps. Je veux en parler à mon député !

En attendant, il est toujours possible de tester le dispositif sans l’encadrement juridique, pour voir, en mettant par exemple en place un comité d’évaluation du respect de l’engagement. On peut aussi lire le dernier ouvrage de Blanche Ségrestin :

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Economie de la fonctionnalité : l’illustration du Marché public de l’éclairage (Lille)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 24 janvier 2015

CaptureLe 7 janvier, Carbon’at organisait une conférence sur l’Économie de la Fonctionnalité.  En tant qu’animateur et organisateur, je me rappellerai donc toute ma vie ce que je faisais le 7 janvier 2015. Le jour où…

Avec du recul, je ne regrette pas que nous ayons maintenu notre conférence (qui commençait à 17h30) et ce malgré un évènement d’une ampleur majeure. Je suis convaincu qu’il faut continuer à avancer car ce qu’ »ils » veulent, c’est nous arrêter… De plus, le sujet représente vraiment un avenir possible de notre économie; et ce pour le meilleur. Nous étions une centaine pour écouter un expert (Patrice Vuidel) et des entreprises témoin; et je pense que cette soirée était utile. Pour ceux qui le souhaitent, le support est en ligne : lien.

Comme promis dans mon post précédent (lien), je vais profiter de ce blog pour promotionner quelques illustrations d’expériences réussies sur le sujet de l’Économie de fonctionnalité. Aujourd’hui, j’ai choisi de relater l’expérience vécue par la collectivité lilloise dans le cadre de son marché de sous-traitance de l’éclairage publique. Ces quelques mots sont issus du compte-rendu d’une journée technique, qui s’est déroulée le 22 mai 2014 et dont le support complet est disponible en ligne (lien).

Ce cas d’école me parait très intéressant car souvent, le manque de maturité de donneurs d’ordre publiques sur le sujet des « nouveaux modèles économiques », est identifié comme un problème incontournable. Comment contourner un Appel d’Offre publique et proposer « plus » que le « prix minimum » ?

Le portage politique de la démarche développement durable de la ville de Lille semble fort, depuis longtemps, puisque le cas présenté ici date de 2004 ! Un marché novateur et une première approche de l’économie de la fonctionnalité. Le prestataire était, s’agissant des dépenses d’énergie, payé sur la base de son engagement de réduction des consommations électriques. En terme de maintenance, il s’agissait d’un forfait annuel comprenant les interventions suivantes : des campagnes d’entretien préventif et un délai unique de 2 jours pour effectuer les dépannages de lampes isolées, 3 heures si plus de trois lampes consécutives en panne et une heure en cas de danger pour les personnes et les biens.Capture

Ce marché, attribué suite à appel d’offres sur performance, avait permis d’obtenir les résultats suivants :

- Réduction des consommations électriques de 42% (dans le respect de la norme d’éclairage extérieur)

- Réduction de la vétusté (64% de reconstruction. Âge moyen passé de plus de 20 ans fin 2004 à moins de 10 ans fin 2013)

- Entre 2004 et 2013, la mise en œuvre du programme de reconstruction a permis une « non dépense » d’environ 6 millions d’€uros pour un investissement de 17,7 millions d’€uros qui sera « rentabilisé » vers 2024 (durée de vie estimée d’une installation d’éclairage : 30 ans).  

La préparation du nouveau marché, s’est donc  appuyée sur le retour d’expérience du 1er marché de performance (2004-2012) déjà innovant en allant plus loin.  Le principe directeur est le suivant : changer le regard sur la ville par le développement d’un programme de mise en lumière économiquement raisonné et responsable en créant une » identité lumière » de la ville.  

Les points clés et les objectifs de ce marché sont :  

- L’optimisation des coûts de fonctionnement et la prise en compte des préoccupations de développement durable

- La qualité du service rendu

- La mise en place d’objectifs de performance conditionnant la rémunération du titulaire. En plus du périmètre initialement défini (éclairage public/éclairage sécuritaire) par le précédent marché, sont ajoutés l’éclairage sportif extérieur et les illuminations festives.  La moitié du budget alloué à l’investissement est consacrée à l’identité lumière de la ville (le précédent marché était concentré sur la réduction de la vétusté). Un montant global d’investissement est fixé année par année avec un programme d’investissement à réaliser.  

Enseignements :  les appels d’offre « perdants-perdants-perdants » (moins chers et donc peu rémunérateurs pour le contractant, moins performants pour le citoyen, non efficients pour la collectivité) ne sont pas fatals. Certaines collectivités sont à même d’être à l’écoute de modes de rémunération innovants. Voici la preuve qu’il est possible de co-construire les cahiers des charges avant elur émission. C’est une collaboration, c’est long (et risqué sur le mode de rémunération), mais c’est différenciateur au bout du compte.

Voir les choses différemment, dès la caractérisation, du besoin, voici un enjeu majeur.

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Lu : Liberté & Cie – Quand la liberté des salariés fait le bonheur des entreprises

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 18 décembre 2013

Dans la série des ouvrages sur les modes de management innovants, après le récit de la belle aventure PATAGONIA (lien post précédent), voici un livre promotionnant les entreprises « libérées » ou plutôt des salariés « libérés ».Capture

Les auteurs (Isaac Getz et Brian M. Carney) soutiennent, exemples à l’appui, que le mode de management le plus généralement partagé de nos jours – et caricaturé dans le livre par le couple « commande – contrôle » déshumanisé- est périmé. Les entreprises qui s’en sont démarquées s’en sortiraient mieux (GoreTex, Favi….). Les entreprises du « Comment » (en opposition aux entreprises du « pourquoi ») auraient oubliées que les femmes et les hommes dans l’entreprise sont bien plus qu’une « ressource » mais des individualités à fort potentiel conditionnant le plus souvent la réussite ou l’échec d’un projet industriel. Le problème identifié par les auteurs est que le contexte managérial traditionnel est conçu pour brider l’expression de ce potentiel humain… donc, ça ne marche pas.

La position défendue, et largement illustrée dans ce livre, est très intéressante car elle remet l’Homme au centre du management, casse des idées reçues sur la hiérarchie pyramidale inébranlable et oriente le lecteur à prendre en compte bien-être des salariés, confiance mutuelle et coopération dans le monde de l’entreprise (cf cet autre bouquin sur le sujet de la coopération dans l’entreprise lien). Par défaut, un collaborateur veut le bien de l’entreprise. Il est présumé « innocent » et non « coupable » de paresse, mise en danger…

J’ai bien aimé l’image du « management pour les 3%« . Qui n’a pas constaté la mise en application de procédures de contrôles idiotes, anti-productives, mises en place pour remédier à un problème mineur touchant une grande minorité du personnel ? Exemple : restriction de la mise à disposition des Équipements de Protections Individuels suite à de rares voles et mise en place de procédures chronophages pour équiper le personnel. Non seulement, ces mesures sont le plus souvent inefficaces mais en plus elles démobilisent les 97% des collaborateurs qui se sentent « punis » pour une défaillance qui ne les concernait pas. Qui n’a pas d’exemple de « management pour les 3% » ? Bien vu.

Ce positionnement remet en cause, notamment, la tendance parfois extrême à la définition des « procédures » chères à mes normes chéries. Je suis assez d’accord avec ce constat (j’en causais déjà en février 2012 : lien).

Ce livre est intéressant car il ouvre les yeux sur de nouveaux horizons. Pour autant, il n’est que très partiellement progressiste. Je trouve même les auteurs très conservateurs sur la question du « Pourquoi » (quelle est la finalité de l’entreprise). L’amélioration proposée n’a qu’un seul objectif (en tout cas dans ce que j’en ai perçu) : servir l’amélioration de la performance économique directe et la satisfaction client. Il me semble étrange en 2013, de sortir un livre présentant un mode de management innovant, en ignorant que l’entreprise doit aujourd’hui rendre des comptes à d’autres que ses clients directs. C’est peut-être un autre débat.

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Lu : Un business responsable; les leçons tirées des 40 ans d’expérience de Patagonia

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 14 décembre 2013

C’est sur un conseil de lecteur de mon blog que je me suis fais le cadeau du livre objet de ce post (Merci de m’avoir offert cette opportunité de lecture).

Bien-sur, la « légende » du binôme Chouinard / Patagonia ne m’était pas inconnue puisque dans le cadre d’une conférence organisée par Carbon’at en 2012 (lien), nous avions eu le bonheur de faire intervenir une représentante française de la marque qui nous avait fait découvrir le projet central FootPrint Chronicles (lien post précédent sur le sujet). Cette entreprise est évidemment une référence et ce livre nous offre quelques clefs de compréhension, vu de « l’arrière boutique ».

CaptureDes quelques messages que je retiens, il est notamment celui que Patagonia n’a pas toujours été l’entreprise exemplaire citée aujourd’hui en référence pour sa responsabilité sociale et environnementale. Comprendre le cheminement qui l’a conduit à remettre en cause à plusieurs reprises sont business model est vraiment intéressant. La bonne nouvelle est qu’une entreprise de nait pas « responsable » mais le devient. La moins bonne, c’est que dans le cas de Patagonia, le leadership des dirigeants a été majeur et essentiel pour passer ce cap. La « folie du bon sens » de la prise en compte de la finitude de notre monde appliquée à l’économie d’une entreprise doit être portée, incarnée. Mais combien de chefs d’entreprise peuvent se permettre de crier sur les toits que nous rentrons dans une société post-consumériste et que toute entreprise doit aujourd’hui assumer ses responsabilités sur l’ensemble de sa chaine de valeur ? A ce titre les messages du livre peuvent paraitre très engagés.

Autre élément significatif; la méthode PATAGONIA : « connaissez vos impacts, encouragez l’amélioration et partagez ce que vous avez appris« . La transparence est un leitmotiv pour cette entreprise qui accepte de ne pas être parfaite et qui le dit sans fierté (« la honte nous a fait progresser« ). Les défauts sont affichés et communiqués. On est loin du greenwahing ici, au contraire, les faiblesses sont mis sur le devant de la scène.

Pour « connaitre » ses impacts PATAGONIA est devenu compétent en matière d’Analyse de Cycle de Vie, a travaillé avec ses fournisseurs, ses concurrents, a testé de nouveaux procédés, a innové dans la conception de ses produits (« 90% des impacts environnementaux des produits est engagé au moment de la conception« ) et a pris conscience que son premier devoir (avant même de s’organiser pour réparer ses produits ou de les recycler)  était de faire en sorte que les clients n’achètent les produits que si ils en avaient vraiment besoin !

Ce livre nous donne les « trucs » qui ont conduit PATAGONIA à devenir l’entreprise militante qu’elle est aujourd’hui. Sans basculer dans la culpabilisation ou le cours magistral, les auteurs nous offrent un retour d’expérience que chacun peut choisir de s’interpréter dans son contexte. Une sorte de check-list d’actions à conduire est même proposée en fin d’ouvrage. Intéressant même si ceci n’est pas applicable sans un minimum d’analyse de ses enjeux propres au préalable.

Pour PATAGONIA, la responsabilité d’une entreprise est multiple (ISO 26000 n’aurait pas dit mieux) :

1- Responsabilité vis à vis de la Santé de l’entreprise : pas d’innovation sans justification économique. La conviction, en arrière plan de la réflexion, est que la performance économique de l’entreprise est aujourd’hui partiellement mesurée puisqu’elle n’intègre pas ses externalités. PATAGONIA a créé « 1% pour la planète » (1% du CA versé annuellement à une association environnementale. Une sorte de compensation…) pour combler très partiellement cet état de fait.

2- Responsabilité vis à vis des salariés : la motivation des salariés dépend de leur bonheur au quotidien. L’entreprise doit être à l’écoute, reconnaitre les efforts, offrir un contexte à l’épanouissement. Deux conseils : ne pas dépasser la taille critique de 150 salariés par site pour garder une relation humaine et tansversaliser les la prise en compte des enjeux environnementaux (ne pas les confier qu’à des spécialistes).

3- Responsabilité vis à vis des clients : le courtiser oui, lui mentir sur son histoire ou ses produits, non. « L’atout majeur d’une entreprise est de faire quelque chose qu’elle est la seule à pouvoir faire, ou à pouvoir faire bien« . La conviction de PATAGONIA est que les clients sont (et seront de plus en plus) chers, rares et difficiles à trouver. On ne peut pas se permettre de les perdre suite à une déception sur la qualité de produit / service. A ce niveau, la transparence est une responsabilité forte : « une entreprise a le devoir d’informer son client des choix environnementaux et sociaux qui s’exprime dans ses produits de leur date d’achat« .

4- Responsabilité vis à vis de la collectivité :intégration de l’impact économique, des enjeux mobilités et fret.

5- Responsabilité vis à vis de la Nature. En fait, fallait bien l’écrire ce point 5, mais l’enjeu est bien de le décliner dans les 4 précédents ! Toute les valeurs de cette entreprise tournent autour de la protection des espaces naturels et de la minimisation de la dette environnementale laissée aux générations futures (avec des patrons surfeur et alpiniste !).

Ce livre ne contient pas vraiment de solutions miracles ou même de business models très innovants, mais si je croyais encore au Père Noël, je demanderai bien que tous les chefs d’entreprise trouvent ce petit livre sous le sapin le 25 décembre prochain…

 

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Bon’App Filière Locale mise en valeur par le Conseil Régional des Pays de la Loire

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 11 septembre 2013

C’est en toute subjectivité (les lecteurs attentifs comprendront pourquoi) que je relaie un article publié ces derniers jours dans le journal du Conseil Régional des Pays de la Loire, valorisant une initiative vendéenne qui est en train de sortir des cartons : Bon’App filière locale. La perspective de valorisation des acteurs d’un territoire et des aliments de proximité me semble en phase avec les attentes de notre époque – au moment où la FAO vient de publier un avis affolant sur le poids du gaspillage alimentaire dans le monde (lien). L’alimentation n’est peut-être pas un bien de consommation comme les autres…

Lien vers l’article complet ( page 8 ) et extrait ci-dessous :

Bon'App Filière Locale mise en valeur par le Conseil Régional des Pays de la Loire dans A L'OUEST capture8

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Petit plaisir écolabélisé à l’Hôtel des Orangeries

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 15 juin 2013

Il y a peu, j’ai eu la chance de dormir à l’Hôtel Les Orangeries à Lussac-les-Châteaux. Mon post n’est pas écrit pour craner d’avoir été hébergé dans un si bel établissement. Je profite seulement de l’occasion pour faire un zoom sur l’Eco-label Européen car il se trouve que cet hôtel a décroché en 2006, le premier Eco-label européen pour l’hébergement touristique en France.

La consultation du site internet dédié au sujet (www.ecolabel.eu) affiche un total de 246 établissements français certifiés à ce jour selon ce référentiel; et en effet, Les Orangeries dispose du certificat numéro 1 ! Quand on sait l’énergie que doivent libérer les précurseurs sur ce type de sujet, il convient  de tirer un coup de chapeau aux gérants de l’Hôtel Les Orangeries. Ça vaut bien un petit coup de pub, même si mon blog n’a pas pour vocation à généraliser cette pratique.Notre hôtelPetit plaisir écolabélisé à l'Hôtel des Orangeries dans CAS D'ENTREPRISES capture4

En arrivant à 22h, je n’ai guère eu le temps de tailler la bavette avec l’aubergiste pour creuser les raisons de cet engagement et les implications concrètes sur le mode de fonctionnement de cette petite entreprise, mais j’ai quand même ressenti que les clients sont bien peu nombreux à être sensibilisés à cet effort (la partie visible pour le plus grand nombre étant la nourriture servie au restaurant : bio, local…). Je trouve ça dommage. Faisons donc œuvre de pédagogie et donnons la parole à notre brillant hôtel témoin, via son blog (lien) :

Avec son jardin sans pesticides, ses bâtiments Haute Qualité Environnementale, l’hôtel fait figure de pionnier dans le domaine du tourisme responsable. « Le déclic, rappelle Olivia Gautier, la propriétaire, ça a été la canicule de 2003. Nous avons subi des restrictions d’eau qui nous ont poussé à identifier les bons gestes à pratiquer ».

Aujourd’hui les priorités d’actions de l’établissement semblent être la consommation d’eau et d’énergie, la maitrise des déchets et le référencement des fournisseurs et des produits achetés.

Mais késako qu’un Eco-label ? (informations notamment issues du site Simplement Eco-labels)

Créé en 1992, l’Eco-label européen est une reconnaissance écologique officielle utilisable dans tous les pays membres de l’Union Européenne. C’est une marque volontaire de certification de produits et services. Le label écologique communautaire repose sur le principe d’une « approche globale » qui « prend en considération le cycle de vie du produit à partir de l’extraction des matières premières, la fabrication, la distribution, et l’utilisation jusqu’à son recyclage ou son l’élimination après usage ». La qualité et l’usage sont également pris en compte.

L’objectif des écolabels est d’identifier les produits et services les plus performants d’un point de vue environnemental. C’est pourquoi la part de marché maximale pour une catégorie de produit couverte par l’écolabel est de l’ordre de 20%. La révision des critères écologiques, tous les 3 à 5 ans, permet de prendre en compte les évolutions technologiques et de maintenir cette sélectivité. Cette démarche permet notamment de déplacer le marché vers des produits vertueux et de maintenir une incitation au progrès.

Il existe aujourd’hui une cinquantaine de catégories de produits / services susceptibles d’être écolabellisés, environ 500 entreprises certifiées en France.

Comme une certification de système de management type ISO 14001 (mon quotidien « industriel »), le label fait l’objet d’une surveillance régulière du respect des exigences du référentiel. Le label est attribué par rapport à  84 critères de performance environnementale dont 47 optionnels qui délivrent des points. Pour obtenir le label, il faut remplir les critères obligatoires et rassembler un minimum de 16.5 points sur les critères optionnels. Pour savoir quels sont les établissements certifiés près de chez vous, un inventaire est mis à disposition des voyageurs écolo-sensibles : lien.

Tout ceci est plutôt réjouissant. Reste une question de fond : ces établissements sont pour la plupart haut de gamme et on peut se demander si le principe même de sobriété véhiculé par les Écolabels sont compatibles avec les valeurs (et attentes ?) du public cible. Et quelle est l’offre « écologique » pour les revenus plus modestes ?

On peut aussi au contraire se dire qu’il faut bien que certains donnent l’exemple et essuient les plâtres pour faire que les bonnes pratiques d’un métier deviennent la norme pour la masse des acteurs économiques du secteur ultérieurement.

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