Chronique Ecolo-Buissonière n°22 : BUG NATURE

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 2 juillet 2019

et hop, une chronique de plus :

- en son ICI

- en texte et en lien ci-dessous :

 

« Parfois vous êtes le pare-brise, parfois vous êtes l’insecte »

 

Voici ce que dit le refrain de la chanson de Dire Straits que nous venons d’écouter et qui sent bon les années 90, époque où il y avait encore des insectes à tuer sur les pare-brises. Cette chanson a pour titre THE BUG.

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Un bug, avant d’être le dysfonctionnement numérique que nous connaissons tous, désigne un insecte, une punaise plus précisément… C’est drôle que nous ayons choisi de donner le nom d’un organisme vivant pour désigner une nuisance qui nous empêche de poursuivre nos activités d’Homo Œconomicus.

En fait ce n’est pas drôle… mais ça m’a semblé être une bonne introduction pour une chronique dédiée à notre perception polysémantique du mot NATURE. Polysémantique désignent un mot qui a plusieurs significations. Et ça je peux le prouver, écoutez attentivement :

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Pouvons-nous sincèrement parler de RETOUR A LA NATURE, sans envisager que ce dernier ne soit pas CONTRE NATURE au regard de notre évolution humaine NATURELLE ? Car un RETOUR A LA NATURE sincère, dépasserait la simple relation à un ESPACE NATUREL PHYSIQUE ou une rapide conversion au NATURISME, mais impliquerait aussi une forme de surpassement de notre simple NATURE HUMAINE pour démontrer notre capacité à dominer notre écosystème. On peut penser notamment aux CATASTROPHES NATURELLES, elles-mêmes révélatrices de notre extrême fragilité. Une recherche de pouvoirs SURNATURELS en quelque sorte que nous tirerions, non pas d’un anonyme NATUROPATHE de la rue de la Nature à Saint Trojan les Pins mais plutôt de l’absorption par voies NATURELLES, d’un yaourt NATURE pas comme les autres car chargé des valeurs sacrées de la NATURALITE !

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Ça ne veut pas dire grand-chose ce que je viens de déclamer mais ça met en lumière que sous le vernis de ce mot de 6 lettres, se cache des nuances et même de contradictions de sens qui parasitent notre perception individuelle et collective de ce qui est ou ce qui n’est pas « NATUREL ».

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Question à 10 coquelicots : L’Homme fait-il partie de la Nature ?

C’est vrai quoi, l’Homme a beau être le plus grand destructeur de vie terrestre qui n’ait jamais existé, cet état de fait mortifère l’exclut-t-il pour autant de cet ensemble qu’est la Nature ? Même si nous sommes le Bug qui détruit la matrice de l’intérieur, il n’en reste pas moins que nous sommes peut-être nous aussi « naturel » ?

Et du coup si oui… ce que nous produisons l’est-il en conséquence, par filiation ?

Par exemple, faire du vélo peut sembler « naturel » à beaucoup d’entre nous, pourtant ce vélo ne pousse pas dans les arbres, il n’est donc pas naturel. Aie… j’ai mal à la tête…

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Autre vision, dans un livre apocalyptique dont j’ai déjà causé dans ce micro, LE MONDE ENFIN (lien), l’Homme disparait peu à peu de la surface du globe (pour une sombre histoire d’épidémie incurable) et LA NATURE reprend le dessus. L’autre. Celle qui ne nous inclut pas. La colonisation des espaces se fait à sens inverse de ces 1000 dernières années. Pour l’auteur, le bug est réparé. Le virus qui tue l’Humanité est l’anti-virus qui sauve la « Nature ». C’est-à-dire exempte d’Hommes.

A l’inverse, des plus optimistes penseront que l’Humanité porte à la fois le mal et son antidote et donc que la Nature a besoin de son bourreau pour être sauvée. Abyssale ma balade en ce lendemain de bac philo, non ?

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Question à 100 coquelicots maintenant : Les poussières d’étoiles (terme hautement poétique emprunté à Hubert REEVES) qui nous ont constitués sont-elles naturelles ?

Doit-on considérer comme naturel cet improbable concours de circonstance qui a permis l’arrivée de la vie sur terre ?  Lisez Hubert Reeves et vous comprendrez que rien de ce qui nous est arrivé n’est naturel. C’est seulement un coup de pot énorme. Attention, ça nous responsabilise d’autant plus en tant que bipède pensant à faire prospérer ce merveilleux capital tombé du ciel.

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Question à 1000 coquelicots enfin : la Nature peut-elle revendiquer les mêmes droits qu’une personne devant la loi des Hommes  

Connaissez vous Te Awa Tupua ?

ça se passe en Nouvelle-Zélande. Depuis 2017 le fleuve Whanganui (Te Awa Tupua en Maori), a les mêmes droits qu’une personne (lien). Le texte fait valoir que le fleuve est une entité vivante, « partant des montagnes jusqu’à la mer, y compris ses affluents et l’ensemble de ses éléments physiques et métaphysiques ». Le fleuve est désormais mieux protégé, et des plaintes pourront même être déposées en son nom. La tribu n’est pas la propriétaire du fleuve mais son gardien, chargée de le protéger pour les générations actuelles et futures. Elle a reçu 80 millions de dollars néo-zélandais (52,2 millions d’euros) en guise de réparations financières, et 30 millions pour améliorer l’état du cours d’eau.

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Pourquoi je vous cause de NATURE aujourd’hui ?  A cause de mails répétés de notre duo d’animatrices qui m’ont abreuvé de « naturel » dans la préparation de l’émission mais aussi du fait de la disparition récente de Michel Serres, incarnation humaine de la bienveillance et de la transmission du meilleur du savoir humain. Il a écrit un bouquin fondateur : le CONTRAT NATUREL qu’il est plus que temps de lire, et qui sera ma prochaine lecture. En attendant je ne peux que citer le critique littéraire Hervé Bonnet. (Lien)

« il est urgent que l’humanité contracte avec la terre en inventant pour elle, à l’instar du contrat social, un contrat naturel où justice sera faite à la nature désormais comptable d’une déclaration universelle de droits de la nature. »

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Voilà…

Nous étions dans aux derniers étages de l’immeuble de la pensée et nous redescendons maintenant au rez-de-chaussée nauséabond pour sortir les poubelles.

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La NATURE fait vendre. Le marketing ne s’y est pas trompé. La Nature donne confiance. Comme tout le monde y attache des valeurs positives à défaut d’y attacher le même sens, les publicitaires autrement nommés « grands garants de valorisation des trucs à vendre » exploitent le filon. On est rémunéré au concept créé, on a exploité un mot issu de l’écologie: la NATURALITE. C’est joli naturalité. Il faut que votre produit renvoie implicitement une image non industrielle. On en achète dans tous les conditionnements (surtout en plastique d’ailleurs).

Tout ça pour dire que même si un retour à la NATURE ne me parait pas si facile à définir,  le combat pour la sauvegarde du vivant qui donne sens à la sentence NO NATURE NO FUTUR il peut passer par une augmentation des interactions avec la Nature et une meilleure connaissance du vivant qui nous entoure. La question de la sauvegarde et de l’entretien de notre écosystème, passe par notre envie de Nature.

 

Allez bouclons la boucle de la chronique et concluons avec un dernier conseil de lecture…

Bug

Je sors emballé du Tome 2 de BUG de Enki Bilal. Le pitch : dans un futur proche ultranumérisé, un Bug, dont l’origine est inexpliquée, efface brusquement toutes les datas numériques d’une planète Terre shootée à la numérisation : les gens ne peuvent plus rentrer chez eux, sont incapables de se déplacer d’un point A à un point B sans leur assistance numérique, ne savent plus conduire… Bref un scénario très crédible, à la Black Mirror, qui met en évidence qu’un Homme performant dans un contexte donné, est une loque dans un contexte où on lui retire tous ses assistants numériques.

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Pour l’auteur, le retour à la Nature est notre résilience à pouvoir faire « sans » ses appendices artificiels…

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Et n’oubliez pas :

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« Parfois vous êtes le pare-brise, parfois vous êtes l’insecte »

 

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