Lu : Le Siècle Bleu de Jean-Pierre Goux

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 7 décembre 2018

Si on m’avait dit le que le roman écoterroriste deviendrait un genre à part entière…

En quelques mois, c’est le troisième livre sur le sujet que je dévore. Après Le Gang de la Clef à molette de Edouard Abbey (lien) et le parfum d’Aden de Christophe Rufin, voici le Siècle bleu de Jean-Pierre Goux dont la seconde édition est assurée par une maison nantaise qui me tient tout particulièrement à cœur : la Mer Salée (lien).

large_Photo_Front_KKBB_Sandrine_v1_-_small-1527535645Il est bien trop restrictif de limiter ce roman au traitement du sujet de l’écoterrorisme. Il est bien plus juste de présenter cet ouvrage (en deux tomes) comme un thriller efficace qui a pour substrat l’impasse systémique dans laquelle l’humanité est engagée, incapable qu’elle est, de gérer les contradictions entre un développement économique destructeur et une finitude écologique chaque jour plus criante.

Le thriller fonctionne et l’intrigue peut se suffire à elle-même, mais la spécificité de cet ouvrage est d’utiliser un style littéraire abordable pour tous, comme un cheval de Troyes pour aborder nombre de thèmes écologiques très bien vulgarisés et bibliographiés. Je critique souvent les bouquins d’experts destinés à convaincre les convaincus. La nécessité est d’élargir le cercle de la conscience et c’est probablement avec ce type d’excellent bouquin populaire, qu’il est possible d’y arriver.

Bon, il se trouve que mon souvenir de lecture sera pour toujours associé au mouvement des gilets jaunes qui ont colonisé l’intégralité de l’actualité. Mon cerveau ne séparera donc jamais ces deux histoires concomitantes, et l’analyse reste paradoxale ou au moins imparfaite. La société civile peut donc se soulever. Reste que la cause n’est pas celle envisagée par l’auteur… Le sauvetage de Gaïa, notre petit vaisseau aux ressources si limitées, n’est pas à l’ordre du jour. Trop loin des problèmes du quotidien.Pourtant, ce livre reste un atout pour construire un imaginaire collectif positif, même si on sait que ce n’est pas que d’un imaginaire dont nous avons besoin.

xer

On trouve dans l’actualité de ce mois de novembre 2018 des résonances avec cette idée de passage à l’action : [article du Monde sur le sujet] [article du Guardian] groupe d’activistes anglais, écologistes et pacifiques nommé Extinction Rebellion qui se positionne clairement sur le passage à l’action par la désobéissance civile. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté pacifiquement en novembre sur Londres et pour info, Big Ben n’a pas été vandalisé.

xx

 

En ce qui concerne la trame de l’histoire, il s’agit d’un roman. Les héros sont admirables, les méchants sont très méchants et le Complot fait partie intégrante de l’intrigue. Tout ceci est nécessaire au style choisi. Dans la vraie vie, il me semble que les choses sont plus complexes. Moins de « super-méchants » et plus de méchants-gentils hybrides… Comme le dit Paul Gardner, un des personnages principaux, bloqué sur la Lune (oui, oui) :

Il n’y a pas d’un côté des hommes bons et de l’autre des mauvais. Il y a juste des vulnérables assaillis constamment par des forces prédatrices.

J’ai particulièrement apprécié l’idée, souvent répétée, que quand on voit la Terre de l’espace, on ne peut pas ne pas comprendre la finitude de notre « île ». Déjà le philosophe grecque Phédon (que je ne connaissais pas) disait :

Confinés dans un creux de la terre, nous croyons en habiter le haut, nous prenons l’air pour le ciel et nous croyons que c’est le véritable ciel où les astres se meuvent. C’est bien là notre état : notre faiblesse et notre lenteur nous empêchent de nous élever à la limite de l’air; car si quelqu’un pouvait arriver en haut de l’air, ou s’y envoler sur des ailes, il serait comme les poissons de chez nous qui, en levant la tête hors de la mer, voient notre monde; il pourrait lui aussi en levant la tête,  se donner le spectacle du monde supérieur; et si la nature lui avait donné la force de soutenir cette contemplation, il reconnaitrait que c’est là le véritable ciel, la vraie lumière et la véritable terre.

Cette idée n’est pas neuve pour Jean-Pierre Goux puisqu’il a porté le projet BlueTurn.

BlueTurn, c’est une expérience unique de contemplation de la terre « en mouvement » et donc une illustration indispensable à la lecture du roman Siècle Bleu. Prenez quelques minutes pour prendre de la hauteur.

blueturn
Pour le reste, je vous recommande de lire ce roman puisque voici une excellente idée de cadeau de Noël. Et comme l’auteur semble avoir de très bons goûts musicaux, je vous recommande de l’accompagner, sous le sapin, du dernier album de Nina Attal.

 

 

Laisser un commentaire

 

vagno |
Fin de séjour à Amnesia |
nkoloboudou |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | www.motamotadomicile.fr
| TOUJOURS MASI MANIMBA
| Du lien social