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Retour sur la soirée du 15/4/15 avec Blanche Segrestin sur les « nouveaux contrats d’entreprise »

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 16 avril 2015

Certains jours, c’est compliqué pour un vendéen de se mobiliser pour aller assister à une conférence au nord de Nantes. C’est vrai que je suis rarement déçu par les soirées proposées par le Collège des Transitions Sociétales, mais hier, je n’étais pas sur d’avoir envie d’entendre un chercheur me parler de « contrat d’entreprises ».VIDEO EN LIGNE.

Bref, j’ai finalement procrastiné pas mal de dossiers et j’ai brulé mes 5 litres de pétrole pour aller m’ouvrir à de nouvelles notions et franchement, je ne l’ai pas regretté ! Ce que j’ai entendu hier soir est une analyse historique et sociale éclairante enrichie d’une proposition tellement évidente…

Reprenons dans l’ordre :

Blanche Ségrestin est professeur à Mines ParisTech, elle travaille sur la théorie de l’entreprise, les capacités d’innovation collectives et les modes de gouvernance. Elle a notamment publié « refonder l’entreprise » (lien) en 2012. segrestin1-150x150

Le premier constat de Mme Ségrestin est, que parmi la multitude de crises que nous traversons, il en est une qui n’a pas été comprise : celle de l’entreprise. L’ »entreprise » se caractérise depuis assez peu de temps (années 80) par plus de court-termisme, plus d’inégalités sociales, des transferts de risques et de dommages (loin des yeux, ex : Rana Plaza), une pratique excessive de « l’innovation impatiente » (rachat de start-up au prix fort)… Tout ceci est loin d’être une prolongation logique des pratiques antérieures. Il y a eu un changement de doctrine qu’elle s’attache à analyser.

Voici ce que déclarait Blanche Ségrestin au journal La Croix le 2 juin 2012 (lien):

« Née à la fin du XIXe siècle, celle-ci [l'entreprise] incarnait l’inventivité technique, un collectif de travail, un espace de négociations sociales. Cette logique de progrès s’est brisée dans les années 1980 : le profit des actionnaires est alors devenu la raison d’être de l’entreprise. Cette doctrine a déstabilisé la mission des dirigeants, atrophié les règles de gestion, sacrifié l’intérêt des salariés en cédant le contrôle aux actionnaires. »

J’ai ainsi découvert hier soir que la notion d’Entreprise n’a pas toujours été celle que nous vivons aujourd’hui (et qui n’est d’ailleurs pas définie juridiquement). « Entreprise » c’est au départ « entreprendre », « prendre un risque », « faire une création collective ». Les grands patrons d’entreprises en 1850 dominaient leurs actionnaires; leurs objectifs étaient la création de valeur, y compris sociétale au sens d’aujourd’hui : donner du travail et un salaire, améliorer le confort de vie du consommateur… On ne peut pas reprocher que le 19ème siècle ne s’intéresse pas aux enjeux environnementaux, mal connus.

Dans le même article, cité plus haut, on peut lire :

« Les experts ont cherché les causes de la crise financière du côté de la financiarisation, de la dérégulation des marchés et de la mondialisation. Mais on peut aussi s’interroger à un autre niveau, celui de l’entreprise. Et surgit alors cette question : comment se fait-il que ceux qui dirigent soient parfois amenés à prendre des décisions allant à l’encontre même de la pérennité de l’entreprise ? Il y a eu là une lacune dans les champs de recherche qui, si on la comble, devrait expliquer sous un autre angle la crise dans laquelle nous sommes. Aussi, l’enjeu est d’essayer de reconstruire les conditions d’une régulation de l’entreprise. Ce n’est pas l’État qui le fera, mais il peut y aider.« 

Écouter Blanche Ségrestin, c’est entendre (après interprétation personnelle), que le management (au sens équipe dirigeante) est finalement la première victime de l’exacerbation contemporaine de la logique financière actionnariale. Blanche S. propose d’ailleurs de réfléchir à la piste de « l’habilitation » du dirigeant (en opposition au « mandat »). Un dirigeant peut-il être efficace (donc innovant, animateur du travail collectif, à l’écoute de ses multiples parties prenantes…) s’il représente une seule catégorie de parties prenantes (actionnaires). La piste est intéressante.

Mais la proposition phare, exposée récemment au G8 et reprise notamment dans le recueil « Pour une Économie Positive » de Jacques Attali (lien), c’est la création d’un Objet Social Étendu de l’Entreprise. Inclure dans le droit la possibilité d’intégrer dans l’objet social des finalités sociétales qui ne pourront plus être modifiées au gré des marchés ou des changements d’actionnaires. Il s’agit d’une déclinaison de ce que proposent déjà quelques états américains comme la Californie et dont l’illustration la mieux connue est Patagonia (lien). Yvon Chouinard n’a pas voulu que ses valeurs disparaissent avec lui, il a pu profiter du dispositif Profit with Purpose Companies pour inscrire dans le dur que Patagonia aura toujours une vocation environnementale et sociale. De la RSE puissance 1000 !

La question maintenant est de savoir comment proposer l’intégration de cette possibilité au législateur pour offrir la possibilité aux entreprises de pérenniser leurs engagements sociétaux dans le temps. Je veux en parler à mon député !

En attendant, il est toujours possible de tester le dispositif sans l’encadrement juridique, pour voir, en mettant par exemple en place un comité d’évaluation du respect de l’engagement. On peut aussi lire le dernier ouvrage de Blanche Ségrestin :

Capture

 

 

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