Chronique Ecolo-Buissonnière n°25 : Démocratie et JE (de dés)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 5 décembre 2019

Et voici une nouvelle chronique en mots ci-dessous et en son bientôt ICI.

La dernière fois que j’ai bafouillé dans le micro, j’ai uchroniqué le second mandat écolo fictif de Jimmy Carter … (lien). Dommage pour les absents car le monde était alors presque sauvé à l’issue de cette fiction inspirée de la lecture récente de Civilization de Laurent Binet, qui a entre-temps reçu le Grand prix du roman de l’Académie française (mes recommandations de lecture, c’est pas de la m…).

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Mais mon uchronie low-cost présentait pourtant une faille de taille. Elle revendiquait le concept du leader comme solution à tous nos maux. Je suis tombé dans le panneau !

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Il faut dire que notre démocratie représentative est construite autour des  leaders qui incarnent. On ne sait pas trop quoi d’ailleurs mais ils et elles incarnent. Pour être en position de se présenter puis de gouverner, il faut incarner…

Perso, j’ai longtemps pensé que notre système électif était la stricte application de l’idéal démocratique. Une évidence encrée en moi depuis mes cours d’éducation civique durant lesquels on ne m’a jamais laissé envisager une quelconque nuance sur le sujet.

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Et si les règles du jeu de notre démocratie représentative étaient pipées ?

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A ce stade de l’introduction de la chronique je voudrai que nous nous placions dans la tête de Marie.

Oh là là, quelle mouche l’a piqué aujourd’hui ?

D’habitude on a droit à sa vie à la sauce verte. Qu’est-ce qui lui prend ce matin. Vl’a pas qu’il est parti sur les RIC et samedi jaunes ! Comment je vais rebondir là-dessus moi. Elle va être longue cette chronique… elle va être longue…

1167 mots ma chronique Marie et à ce stade il en reste encore 886. Courage.

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Donc, dans son ouvrage « le Principe du Gouvernement Représentatif » Bernard Manin explique en quoi la Démocratie représentative que nous percevons comme une évidence n’en n’est pas une …

Pour faire simple, il constate notamment que les révolutions américaines et françaises des années 1790 ont totalement effacé des radars un outil de démocratie directe pourtant largement éprouvé. J’ai nommé le tirage au sort

Tirage au sort revenu en grâce avec la Convention citoyenne pour le climat, mais très exceptionnellement.  D’ailleurs, je ne sais pas vous mais moi au moment du tirage au sort pour la convention citoyenne pour le climat, je me suis surpris à espérer être appelé sur mon 06. J’avais même commencé à réorganiser mon agenda pour être dispo ! #déception

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Pourquoi donc Aristote disait-il que « le tirage au sort est démocratique, l’élection oligarchique » ? Pourquoi donc Jean-Jacques Rousseau disait-il que «  l’élection est aristocratique, le tirage au sort est démocratique » ? Comme si ces observateurs avaient remarqué qu’une caste de « gouvernants » supérieure socialement aux électeurs accaparait le système électif.  Montesquieu assumait et justifiait même l’existence d’élites éligibles par l’idée qu’elles seraient plus compétentes et plus sages. Nous ne le dirions pas ainsi aujourd’hui mais globalement cette perception reste vraie.

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Pourtant des Cités comme Athènes ou Venise avaient jugé que le tirage au sort équilibrait leur système, notamment en prévention des risques de squattage des lieux de pouvoirs. Bien sûr, ce qui fut dans une Cité comme Athènes avec ces 300 000 habitants n’est pas extrapolable à un pays de 60 millions…

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Nantes a combien d’habitants déjà ?

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Imaginons une Cité de Nantes appliquant quelqu’une des règles de fonctionnements glanés dans l’expérience de son antique ainée Athéna.

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Bienvenue étranger dans la Cité de Nantes ! Je me présente : Hippolyte, habitant ici depuis 8 ans et tiré au sort le mois dernier pour devenir conseiller municipal pour 30 mois à compter de mars prochain. Je suis tellement content ! Je vais enfin contribuer à la décision publique. J’ai plein d’idées en tête.

Je crois que vous venez observer la très réputée structure de gouvernance municipale à la nantaise ? Je vais essayer de vous présenter simplement comment ça marche mais soyez tolérants avec moi car je n’ai suivi pour le moment qu’une des 2 semaines de formation que chaque tiré au sort doit réaliser en plus des 5 jours dédiés aux transitions sociétales.

Une première chose que je dois vous dire, c’est que, comme à Athènes en un autre temps, les tirés aux sorts sont des volontaires. Ceux qui se présentent se sentent donc capables. Bien sûr, nous devons aussi être majeur, sans casier judiciaire et justifier de 5 ans de vie dans la Cité.

Nous étions cette année que 30 000 postulants. Nous serons une soixantaine de conseillers tirés au sort complétant la trentaine d’élus (qui le sont eux pour 5 ans). Nous disposerons tous d’une voix pour les votes en séance. En plus de l’expression des votes en séances, chaque conseiller partagera des missions spécifiques. Moi, je serai chargé des questions relatives à la Mobilité. Je n’y connais rien pour le moment mais apparemment, l’expertise n’est pas requise. Par contre mon expérience d’usager semble être elle très appréciée.

Nous siégerons hebdomadairement au Forum Graslin où toutes les séances sont ouvertes au public.

Que vous dire d’autre ? Dans notre système, quand une personne est tirée au sort, les Sages de la Cité, élus, valident sa candidature au regard de critères inscrits dans le code des valeurs de la Cité. J’ai été reconnu digne de la fonction. Je viens de recevoir le courrier officiel.

Ce qui a été un peu compliqué, c’est la négociation avec mon patron. Je suis technicien chez Euradio. Il a fallu que je m’engage à libérer 50% de mon temps de travail pour la Cité. Je serai rémunéré à hauteur des 2/3 d’un SMIC sur ce mi-temps par la collectivité, ce qui est moins que mon salaire mais comme je bénéficierai de bonification retraite ; de mise en suspension de mes prêts et de déductions fiscales, je pense que ça vaut le coup. En plus cette expérience trouvera une bonne place dans mon CV.

Dernière chose, je sais que mes activités seront évaluées par les Sages de la Cité. Si je n’assure pas, je ne pourrai plus prétendre à un futur mandat par tirage au sort. Nous avons le droit à 2 mandats durant toute notre vie de citoyen. Après si ça me plait, il faudra que je passe par les élections. On verra.

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Voilà pour la petite extrapolation.

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Depuis que nous sommes enfants l’aléatoire est cantonné à l’univers du jeu, du pas sérieux. Pourtant le tirage au sort intelligemment agencé, sans être une solution miracle, présente peut-être quelques intérêts.

D’abord celui de rendre la pratique démocratique usuelle, de montrer aussi la complexité de l’exercice du pouvoir et se prémunir des manipulations souvent simplificatrices des réseaux sociaux.

Enfin, en offrant à chaque citoyen une chance raisonnable de pouvoir contribuer durant sa vie à la décision publique, on répond à cette dernière citation d’Aristote « l’une des formes de la liberté, c’est de commander et d’obéir tour à tour ».

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Chronique Ecolo-Buissonnière n°24 : La première UCHRONIQUE d’Euradio !

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 28 octobre 2019

Et voici une nouvelle chronique en mots ci-dessous et en son bientôt ICI.

 

Connaissez-vous le principe, assez jubilatoire de l’Uchronie ?

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Je sors de la lecture de Civilizations de Laurent Binet qui en est une… d’uchronie, c’est-à-dire une fiction réalisée avec des personnages et des moments historiques réels. L’idée étant de faire bifurquer le cours de l’Histoire en imaginant ce qui aurait pu arriver si… Dans Civilizations, Christophe Colomb ne revient pas de son voyage en Amérique et les Incas envahissent l’Europe après lui avoir piqué la technologie maritime du moment.

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L’uchronie c’est donc une façon de dire, qu’un autre monde aurait été (et donc EST) possible. Ce n’est qu’une question de choix, de chemins, de hasards, de petits riens qui changent finalement tout. 

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Je vais m’essayer à la première Uchronique de l’histoire d’Euradio.

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Il me faut partir d’un fait réel et opposable pour ensuite bifurquer.

Mon fait réel sera un discours de Jimmy Carter de 1979. LIEN

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C’est parti.

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Nous sommes le 15 juillet 1979.

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Jimmy Carter, président des US depuis 1977, est en train de se faire maquiller dans une petite pièce improvisée derrière son bureau ou doit avoir lieu l’enregistrement TV.

Le moment est grave et le sourire n’est pas de mise. Nous sommes à quelques mois des élections qui vont l’opposer, semble-t-il, à un acteur sur le retour, un ultraconservateur qui s’appelle Ronald Reagan.

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Rien n’est encore joué bien-sûr, mais le fait que Jimmy Carter se soit retrouvé confronté à deux chocs pétroliers durant son mandat ne facilite pas la perspective d’une réélection facile. Sa cote de popularité atteint difficilement 30%, du jamais vu.

Dans quelques minutes le président  Carter va prononcer un discours retransmis à la Télévision.

Contre l’avis de ses conseillers, il a décidé de frapper fort. Il va dire au peuple américain qu’il faut envisager d’urgence une transition dans leur mode de vie pour permettre de garantir la prospérité sur le temps long.

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Il se place devant la caméra. L’ampoule rouge s’allume.

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Nous ne reprendrons qu’un extrait lu par Élisabeth :

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 [...] L’identité humaine n’est plus définie par ce que l’on fait, mais par ce que l’on possède. Cependant nous avons découvert que posséder des choses et consommer ne satisfait pas notre désir de sens. Nous avons appris que l’accumulation de biens matériels ne peut combler le vide d’existences sans confiance ni but.

Les symptômes de cette crise de l’esprit américain sont palpables. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, le peuple américain entrevoit que les cinq prochaines années seront pires que les cinq années qui viennent de s’écouler. Les deux tiers de notre peuple ne votent même pas. La productivité des travailleurs américains est effectivement en baisse, et la volonté des Américains d’épargner pour préparer l’avenir a chuté sous celle de tous les autres citoyens du monde occidental.

Comme vous le savez, nous sommes face à un manque de respect croissant envers le gouvernement, les églises, les écoles, les médias et d’autres institutions. Ce n’est pas un message de bonheur ou de réconfort, mais c’est la vérité et c’est un avertissement. »

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Voilà, l’enregistrement est terminé.

Plus de retour en arrière possible. Dans le pire des cas il sera au chômage dans quelques mois… Il a décidé de ne pas changer de cap.

Pourquoi une telle motivation ?

Personne n’est au courant. Il a échangé il y a quelques jours avec un jeune scientifique au hasard d’une de ces soirées sans fin et c’est comme si ses yeux s’étaient ouverts. Comme s’il disposait de toutes les données mais qu’il manquait la lumière pour les voir.

Il a oublié le nom de cet homme mais maintenant, juste après son discours, il pense à lui.

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La campagne électorale de 1980 a été violente. On sait aujourd’hui, en 2019, que Jimmy Carter a bénéficié d’un soutien inattendu de groupes issus de la société civile qui ont relayé inlassablement ses arguments sur les limites du système.

Certains analystes politiques avancent aussi que la surmédiatisation quotidienne d’une marionnette satirique le représentant sous un aspect sympatique d’utopiste écolo avec un bon fond a pu jouer un rôle important. « go bike » disait la marionnette à tous les bouts de phrases, alors que son concurrent était présenté comme un idiot manipulé par des puissances obscures.

Ceci plus les bourdes répétées d’un Ronald Reagan décidément bien peu pertinent (on est quand même passé à côté du pire) ont permis un inespéré 50,75 % le soir des résultats. Contre toute attente Jimmy Carter est réélu et une courte majorité au Congrès, lui donne quelques années pour tenter de mettre en application son plan.

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Les 3 premières années, le nouveau président a eu une pression monstrueuse sur les épaules de la part des lobbys installés mais aussi de la banque Centrale pour surtout ne rien changer ! Mais il était motivé comme jamais et comme il l’a écrit dans ses mémoires pour la première fois il avait vraiment l’impression de défendre l’intérêt général.

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Ce fut compliqué. Chacun se souvient des grandes grèves de 1980 où ouvriers et patrons des majors de l’automobile, main dans la main, bloquèrent le pays plusieurs semaines durant pour ne pas voir appliquer la loi de début de mandat sur l’interdiction des véhicules motorisés individuels dans les villes et la mise en place de malus fiscaux proportionnels aux poids des véhicules. Près de la moitié des États n’ont pas suivi. Au début…

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Il faudrait un livre de 1300 pages pour vous raconter comment ils s’y sont pris. L’importance de la présence d’Yvon Chouinard au poste de secrétaire d’état de la Prospérité et de l’Ecologie a d’ailleurs été largement sous-estimée.

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Pour ne parler que d’un aspect de ce plan de transition, en cette veille d’élections municipales en France, regardons plus en détail la politique de la ville. Plusieurs dizaines de milliards de dollars de fonds fédéraux, ont été consacrés à la réorganisation des villes.

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Nous sommes habitués aujourd’hui à ces images de villes géantes équipées de téléphériques urbains : je pense à Chicago bien sur mais cette image d’Epinal cache bien d’autres réussites dans d’autres villes. Les lignes de métro aériennes à San Francisco et les réseaux ferroviaires hyper denses permettant de rejoindre les dizaines de villages de banlieue organisés en grappes autour du centre des grandes villes.

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Autre action emblématique, contribuant à irriguer les flux urbains, véritable système vasculaire des villes : le fameux Bicycle Way Of Life. Peu de gens se rappellent que les premières autoroutes vélo (les Bicycles High Way) sont nées à New York, avant même l’apparition des assistances électriques qui ne se démocratiseront que dans les années 90.

A l’époque, de nombreux experts considéraient les distances trop grandes pour répondre aux besoins. Et pourtant l’impossible a été rendu possible par la qualité des infrastructures proposées (pistes couvertes, éclairées, avec des aires fast food tous les 500m), couplée à une campagne de communication xxl (c’est là qu’est apparu le slogan « Bike to Health » porté par le Hit rock homonyme des ZZ Top).

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N’oublions pas que les entreprises ont aussi su se remettre en question. Sans l’offre de produits innovants et très marketés par les anciens fabricants de motos et de voitures, il est probable que le vélo ne serait pas devenu le produit emblématique de « l’Amérique qui gagne » et accessoirement un des premiers revenus d’exportation. Les pratiques de cette puissance bicyclo-industrielle font d’ailleurs souvent l’objet de critiques au niveau international et au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce et de l’Environnement.

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Une chose est sûre, l’occident serait fort mal armé aujourd’hui pour faire face aux enjeux du réchauffement climatiques sans l’action volontariste de Jimmy Carter.

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Jimmy Carter est toujours vivant. Il est le plus vieux président encore en vie de l’histoire des États-Unis, et on peut le voir sur Twitter dans une courte vidéo aider à la construction d’habitations sociales à Nashville (un jour après être tombé chez lui et avoir reçu des points de suture au-dessus de l’œil). Il a 95 ans.

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Chronique Ecolo-Buissonnière n°23 : A change is gonna come (?)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 2 octobre 2019

Chronique n°23 ci-dessous. Le lien bientôt ICI.

 

En 1964, Sam Cooke a composé et chanté un titre qui restera dans l’histoire comme un hymne de la lutte pour les droits civiques des afro-américains. Martin Luther King ob_7aa96e_sam-cookeet Barack Obama utilisèrent cette chanson comme la bande son d’une longue transition. Imparfaite transition mais transition quand même.

En cette rentrée, en ayant moi aussi pour grille de lecture les municipales 2020, je vais me tenter à une forme modérée d’optimisme, mot qui m’insupporte pourtant, étant entendu qu’optimisme et pessimisme sont les deux faces de l’expression de la passivité.

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Même si l’actualité de l’été 2019 pousserait la reine des neiges à se pendre devant un parterre d’enfants en larmes, j’ai essayé d’isoler quelques signaux qui me permettent de penser que, peut-être, A change is Gonna come.

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Mon premier ACHIGOCO (j’ai jugé trop risqué de répéter 10 fois A change is gonna come dans ma chronique. J’ai donc contracté la chose en « ACHIGOCO »). Donc, mon premier ACHIGOCO sera consensuel. C’est le point de vue d’un touriste qui a fait 135km en vélo en famille cet été autour d’Amsterdam (lien) : Moi.

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Si dans le port d’Amsterdam, on n’a pas vu beaucoup de marins qui chantent, dans la ville d’Amsterdam on a vu des milliers de vélos qui roulent ! Il faut dire que les Pays-Bas possèdent plus de vélos en circulation que d’habitants.

Les infrastructures cyclistes hollandaises sont surprenantes : des autoroutes à vélos entretenues partout et tenues à l’écart des voitures, une signalisation dédiée, des ponts / tunnels spécifiques, une priorité permanente sur les voitures… une forme d’idéal, une sorte de licorne urbaine pour les vélotaffeurs.

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Comment ce prodige fut-il possible ?

Dans les années 70, une série d’accidents impliquant des voitures ont couté la vie à des enfants. La population a exigé aux législateurs de protéger les survivants et comme il n’y a pas de constructeurs automobiles aux Pays-Bas… les actes ont suivi. Le code de la route a été modifié (..).

L’histoire se répète peut-être. En Allemagne, le salon de l’auto de Francfort est perturbé par des manifestants (autour de 20000) réclamant une « révolution des transports », enrayant la mortelle croissance de la vente des SUV. Mortelle pour le climat et pour 4 piétons dont un enfant percutés quelques jours plus tôt à Berlin.

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Alors, si je le pouvais, je demanderais bien aux candidats aux municipales 2020 quel est la part du budget voirie qui sera consacré à l’amélioration de nos infrastructures vélos, car j’ai l’impression que les gens sont prêts, si et seulement si leur sécurité est raisonnablement assurée. Et les aménagements, c’est des sous. Pour donner un ordre de grandeur, le gouvernement wallon (territoire 40 fois plus petit que la France) vient d’acter 75 millions €/an pour développer ses infrastructures vélo. Notre pauvre plan vélo hexagonale culmine à 50 millions €/an. Nous avons 30ans de retard à rattraper, les arbitrages doivent être les bons sachant que nous ne pouvons peut-être pas totalement compter sur les marques automobiles pour arrêter de nous vendre du rêve routier : elles investissent 3 milliards d’€ tous les ans pour nous vendre des voitures toujours plus lourdes. Cet été je suis tombé de ma selle de vélo en découvrant les pages web d’un des gros constructeurs qui a passé l’étape du greenwashing et a choisi d’assumer : on peut y lire : « MILLE POUVOIRS. ZÉRO DEVOIR » ou accrochez-vous mesdames « des attributs de mâles dominants » « conçu pour diriger »… lien Classe !

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Mon second ACHIGOCO sera moins consensuel. C’est le témoignage d’un habitant d’une commune rurale, qui se retrouve régulièrement à observer par la fenêtre, les pratiques chimiques de son voisin agriculteur : MOI.

Le champ est à une vingtaine de mètres de la maison, nous sommes un peu protégés mais ça ne m’empêche pas de me voir sonner le tocsin à la vue du pulvérisateur malfaisant, comme si l’envahisseur Viking s’approchait de mon château. Et voilà que je me mets à crier « Clara ferme les fenêtres, vite, Lucie rentre ! ». Et que je me dis, « allez, c’est reparti pour un mal de tête ce soir… ».

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Près de 80 communes sur les 30 et quelques milles que compte la France (lien) ; ont affirmé – par un acte de désobéissance civile courageux – leur opposition aux traitements chimiques à proximité des habitations. Et s’ils le font c’est que leur population le demande. La Société change sur la tolérance vis-à-vis de la chimie en agriculture. Et pourtant, les communes rurales ont très souvent été avant tout agricole, et donc très tolérantes sur ce sujet. Saviez-vous qu’en 1983, 45% des maires étaient des agriculteurs ? Ils n’étaient plus que 25% en 2008. LIEN.  Et même s’ils représentent encore aujourd’hui 10% des élus municipaux (ce qui plus que leur part dans la population en général qui est de 2%) il n’est pas surprenant  que ces évolutions, génèrent souvent pour ces derniers un sentiment d’abandon et d’isolement pour des agriculteurs emprisonnés dans un système que ne dépend pas que d’eux, à une période où beaucoup voient leur activité mise en péril par une sécheresse sans précédent et où leur survie est questionnée. Survie n’est pas que un effet de style. Selon la MSA, 1 tiers des agriculteurs vit avec moins de 350€ par mois en travaillant H24 (lien).

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Alors oui, les signaux écologiques longtemps faibles et devenus aujourd’hui forts n’ont pas été écoutés par la profession et son syndicat majoritaire, trop souvent arc-bouté sur une posture conservatrice. La transition est en cours et elle aura lieu… mais il y a un aussi un enjeu à éviter de créer animosité et frustration sur nos territoires. Je vous recommande de lire cet article d’une agricultrice, Anne Cécile Suzanne (lien), qui explique bien comment elle se sent prise entre de multiples injonctions contradictoires.

Il y avait 6 millions d’agriculteurs en France en 1950, ils n’étaient plus que 448 000 en 2017 et une chose est sûre nous avons besoin d’eux pour conduire la transition.

Actuellement, une consultation publique est ouverte sur le sujet (lien) et ma contribution fut la suivante : finançons, rémunérons les agriculteurs pour la plantation et l’entretien des haies bocagères comme le permettent maintenant des dispositifs de plus en plus nombreux comme le label bas carbone. Ce type de dispositif me parait win-win-win : protection sanitaire, écologique et économique. Ici aussi les futurs conseils municipaux ont un rôle à jouer pour accompagner positivement les transitions agricoles.

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Mon ACHIGOCO numéro trois est le point de vue d’un randonneur du dimanche sur la pollution plastique. Ce randonneur est encore Moi. [très égo centrée cette chronique]

A chaque ballade, j’ai pris l’habitude de prendre un sac poubelle pour ramasser les déchets qui croisent mon chemin, histoire de faire un truc satisfaisant pour mon cerveau perpétuellement contrarié.

Récemment, en ramassant, sur un bord de route une petite bouteille plastique de dessert lacté, je me suis imaginé cette scène :

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C’est jeudi, grosse semaine pour Claire qui vient de récupérer Hugo à l’école. Il faut encore passer faire les courses à Hyper U, préparer à manger. Elle est fatiguée Claire. Hugo prend son 4 heures à l’arrière de la voiture. Il est plutôt calme pour une fois. Elle se tourne vers lui tendrement avec les yeux de l’amour. Heureusement qu’il est là pour elle. Elle se reconcentre sur la route et lui dit :

« mon chéri tu as fini ton Danonino ? Balance-le donc par la fenêtre stp. Je t’aime tu sais. »

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C’est possible que ça se passe comme ça ?

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Depuis les années 1950, 8,3 milliards de tonnes de plastique (lien) ont été fabriquées dans le monde. Et seulement 9 % ont été recyclés. Et bien loin de diminuer, la production croît en moyenne de 4 % par an.

Mais il se passe un truc ! La loi économie circulaire en cours monte en ambition ; la publicité faite sur le scandale des expéditions de nos déchets plastiques en Chine et Malaisie qui nous sont retournés est plus bruyante… Je viens même d’acheter mes premiers shampoing et dentifrice solides.

Mais, oh paradoxe et schizophrénie pour nos futurs élus : nos territoires ont investi lourdement pour collecter, séparer, parfois valoriser les plastiques…. Ici encore, comment les nouveaux élus vont-ils réagir devant des outils industriels non amortis qui risquent (peut-être) de voir leur process remis en question ?

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Voilà ce que je peux faire pour vous aujourd’hui. J’aurais pu tout aussi bien développer un ACHIGOCO sur la monter en puissance de l’arbre-allié, sur la valeur montante de l’Eau, sur la place de citoyen acteur de transition, sur la place de l’écologie dans les discussions politiques, sur la prospective sur les territoires de demain, sur la conscience des enjeux cachés du numérique … mais je vais en garder un peu pour plus tard…

Les municipales à venir vont être décisives sur ces sujets.

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Reste à choisir les leviers qui vont réellement impacter les enjeux auxquels nous faisons face et non ceux qui brillent parfois mais ne sont pas réellement efficaces. Souhaitons aux élus à venir d’avoir la sagesse de s’appliquer cette belle phrase de Marc Aurèle :

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 « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. »

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Lu : RENNAISSANCE ECOLOGIQUE, 24 chantiers pour demain de Julien Dossier

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 24 septembre 2019

Un livre préfacé par Rob Hopkins, c’est classe ! Quand ce dernier appuie son commentaire de la manière suivante, on se dit que ce serait dommage de passer à côté :9782330114398

« le génie de ce livre est qu’il s’appuie sur la sagesse de notre passé pour imaginer le futur »

L’expertise de Julien Dossier dans l’accompagnement des transitions zéro carbone (mais pas que) et son expérience sur le territoire parisien font de ce livre un recueil méthodologique outillé, tourné vers l’action pour accompagner les territoires à engager leur(s) transition(s). Je reviendrai plus bas sur les « envies » que ce livre ont pu générer pour le conseiller municipal que je suis encore pour quelques mois.

La valeur ajoutée principale de ce livre dépasse selon moi la méthode et se trouve inscrite dans la recommandation de lecture de Rob Hopkins citée plus haut. Car les enjeux et leviers de transition sont connus (à défaut d’être massivement activés) mais l’effet mobilisation est souvent étouffé devant l’ampleur des chantiers à ouvrir, l’expertise technique perçue et le manque de vision globale. Comment présenter un projet de transition sur un territoire de manière ludique, pédagogique, implicative (…) ?

La proposition de Julien Dossier est lumineuse. Il s’appuie sur une fresque d’Ambrogio Lorenzetti du 1338, visible à Sienne et nommée « Effet du bon et du mauvais gouvernement« .  Derrière ce titre un poil trop manichéen se cache une mise en forme complète des composantes d’une Société « bien fonctionnante », avec ses acteurs et ses interactions. Tous les morceaux du puzzle (de la bande dessinée ?) ont leur raison d’être et laissent envisager la complexité de lecture. Finalement ce qui est chouette, c’est que la fresque est accessible à tous sans aucune expertise. La fresque est support de mobilisation.

 

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Julien Dossier a actualisé la Fresque à nos enjeux contemporains (avec l’aide du crayonné du dessinateur Johann Bertrand d’Hy) et propose une interprétation d’un territoire « souhaitable/idéal » et l’a outillé d’une méthode accompagnant son usage pour générer l’action. Cette réflexion est captivante car elle pousse à la transposition sur son territoire de vie.

Personnellement, au fil de la lecture, j’ai ressenti le besoin d’adapter la fresque proposée à mon territoire rurale, qui a ses propres caractéristiques en termes d’accès à l’emploi, de bassin de vie, de cœur de vie (…) et le travail mériterait d’y passer du temps pour le proposer à un collectif pour passer sur les étapes de « chantiers ».

Preuve en est que ce livre ne vous laissera pas insensible. A ranger à côté du Manuel de transition de Robb Hopkins.

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Référendum d’Initiative Partagée sur la privatisation d’ADP : la démocratie par le clic

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 26 août 2019

Je crois en la démocratie et j’aime bien penser que l’on peut encore innover positivement en la matière.

La possibilité d’expérimenter le tout neuf soutien à la tenue d’un Référendum d’Initiative Partagée – dit « RIP »- a donc attiré fort logiquement mon attention.

Il ne me manquait plus qu’à avoir un avis sur la question posée…

…et concernant la privatisation de l’exploitation des Aérodromes de Paris (ADP) je dois bien avouer que j’ai d’abord pensé qu’il ne s’agissait « que » d’une question de gros sous (entrée d’argent pour l’État), de business (pour l’entreprise privée qui obtiendrait la gestion), de statut des salariés (et de conditions de travail mais il reste à me démontrer que les conditions de travail sont forcement plus mauvaises dans le privé) et d’efficacité de gestion (inversement il reste à me démontrer que l’efficacité est forcement plus grande dans le privé)… En plus, dans Aérodromes de Paris, il y a Paris et donc en vendéen bien rural que je suis, je me suis assez rapidement senti peu concerné.Gael Giraud

C’était jusqu’à ce que je tombe sur le tweet d’un économiste que j’estime beaucoup : Gaël Giraud (ci-contre).

Sa petite phrase a tourné dans ma tête tout l’été. Pas quotidiennement, non, mais comme un petit truc qu’on avait à faire et qui traine : ça revient régulièrement au hasard des infos à la radio, des passages à Paris…  

Pourquoi donc disait-il que nous perdrions en capacité d’action en cas de privatisation ?

Alors j’ai creusé un peu…

Ce n’est pas vraiment l’argumentaire officiel, en ligne lien, insistant sur la nécessité du maintien du service public aérien qui m’a convaincu. C’est plutôt le débat autour des tribunaux d’arbitrage privés du CETA et le lent mouvement européen vers la prise de conscience de l’impact environnemental du transport aérien qui m’ont permis la prétention de stabiliser un avis.

Pour faire très simple : il me parait assez logique qu’une entreprise qui investirait des centaines de millions d’euros dans ce projet, n’accepterait pas facilement les contraintes de limitation des vols, de taxation du kérosène (…) qui perturberait son business plan. Je pense que nous avons suffisamment de voyants environnementaux au rouge en ce moment pour ne pas nous contraindre en plus dans notre capacité d’action climatique future. Bref, j’ai exprimé un soutien à la proposition de loi pouvant éventuellement aboutir à la tenue d’un réferendum.

J’encourage tout le monde, non pas à se prononcer contre cette privatisation, mais à se poser les questions qui peuvent permettre d’aboutir à une position personnelle sur le sujet et accessoirement à exercer votre muscle démocratique (qui est plus faible quand vous ne l’utilisez pas) ; car ne pas se positionner contre ce projet en s’étant poser la question des enjeux n’est pas la même chose que de ne pas sepositionner contre sans s’être posé de questions (vous me suivez ?).

[Pour rappel, la question n’est pas « Pour ou contre l’existence Emmanuel Macron« ].

Pour vous exprimer sur le sujet (il reste encore plusieurs mois pour se prononcer), munissez-vous de votre carte d’identité, préparez-vous à naviguer sur le site le moins ergonomique de la galaxie rédigé langage « administration publique » (proche du burgonde), et allez par ici : https://www.referendum.interieur.gouv.fr/

 

 

 

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VBCEF2 (Vacances Bas Carbone en Famille, année 2)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 21 août 2019

Nous n’avons pas toujours la main pour minimiser notre impact climatique. Le boulot, la consommation, la mobilité… sont pour beaucoup de « conscients » des sources de frustration au quotidien.

Il me semble que le sujet des vacances (pour ceux qui peuvent s’en offrir bien sûr) est le plus accessible à traiter sur le champ de la sobriété énergétique : sans rogner sur le plaisir, on a accès à de nombreuses expériences potentielles peu émissives en gaz à effet de serre. Il suffit de chercher un peu. L’année dernière, nous étions partis de la maison à vélo (lien). Difficile de faire mieux d’un point de vue sobriété carbone (et financière!).

Cette année, nous avons quand même pris la voiture pour un aller-retour à la gare TGV la plus proche (Niort). 120 km de plus que l’année dernière… mais nous avons la satisfaction d’avoir fait plus de vélo que d’auto cette année encore !

Attention, je ne cherche pas ici à être moralisateur ou à afficher une exemplarité (qui n’en n’est pas une), mais je partage seulement notre expérience qui peut peut-être en inspirer d’autres… Histoire de positiver les vacances « bas carbone ».

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  • Nous sommes 4, âgés de 10 ans, 11,5 ans et 90 ans pour les 2 autres en cumulé
  • Notre destination : Amsterdam
  • Durée du séjour : 4,5 jours
  • Objectif : découvrir ce coin d’Europe à vélo

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Si dans le port d’Amsterdam, nous n’avons pas vu de marins qui chantent, dans la ville d’Amsterdam nous avons vu un paquet de vélos qui roulent ! Il faut dire que la Hollande possède plus de vélos en circulation que d’habitants ! Les vacances étaient une belle opportunité pour profiter des infrastructures cyclo XXL.

Nous avons opté ce coup-ci pour des tandems Adulte-enfant (lien) pour nous extraire en sécurité de la foule de l’hypercentre d’Amsterdam (la folie pure en ce mois d’aout). Il faut être conscient que l’autochtone utilise le vélo pour ses déplacements du quotidien et du coup, on sent bien que les touristes lui pourrissent un peu la vie. ça roule vite. très vite. Attention donc si vous êtes avec des enfants, ça peut être dangereux de rouler en mode « touriste » en hyper-centre.

Une fois parcourus les 300 premiers mètres qui nous ont éloigné du centre de la ruche, nous avons découvert une sorte de paradis du cycliste urbain / péri-urbain. Les infrastructures cyclistes hollandaises sont surprenantes; le must je pense : des autoroutes à vélo entretenues partout, une signalisation dédiée, des ponts / tunnels spécifiques, des pistes cyclables éloignées des voitures, des déviations en cas de travaux, une priorité permanente sur les voitures (…). Tous les candidat.e.s aux municipales de 2020 devraient faire un stage « mobilité urbaine » dans cette ville !

D’un point de vue pratique, en période estivale, je recommande vivement de loger loin des hôtels du centre et des vapeurs de cannabis. Les quelques français que nous avons croisés qui avaient fait le choix de rester dans l’hyper-centre l’ont regretté. Nous avons opté pour un AirBnB dans un quartier résidentiel sur Amsterdam Noord, accessible de la gare en une quinzaine de minutes à vélo en prenant une navette fluviale gratuite conçue (elle aussi) pour les vélos.

Cette année encore, pas beaucoup de culture pour nous, je le reconnais (pour ceux qui veulent rentrer dans un musée, pensez à réserver plusieurs jours à l’avance sur internet) mais du vélo en famille, de la découverte de paysages nouveaux, des pique-niques, des pauses bière / jus de fruit…

Nous avons opté pour 3 rando-vélo dont les parcours sont repris sur les cartes ci-dessous car nous avons eu beaucoup de mal à les trouver lors de notre préparation de voyage. 135 km au total pour des balades à faible effort (c’est plat de chez plat). Nous recommandons tout particulièrement la balade dans le Waterland au Nord d’Amsterdam. Dépaysement garantie.

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Des moulins, des canaux, de l’eau partout, des chevaux…

Alors oui, je concède que nos vacances ne sont pas les moins chères du marché (500 € de train, 200€ de location de vélo, 800 € de location de maison) ni les plus dépaysantes culturellement, mais nous avons adoré notre séjour dans cette belle capitale d’Europe et découvert en bonus une organisation de la mobilité vélo très inspirante.

Nous sommes contents de nos excursions, avons des souvenirs plein la tête et je n’ai pas le sentiment d’avoir privé mes enfants d’une expérience indispensable à l’autre bout du monde.

Je cherche maintenant de l’inspiration pour une nouvelle semaine à vélo en 2020 (Canal de Nantes à Brest ?). Tous les conseils sont les bienvenus.

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Chronique Ecolo-Buissonière n°22 : BUG NATURE

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 2 juillet 2019

et hop, une chronique de plus :

- en son ICI

- en texte et en lien ci-dessous :

 

« Parfois vous êtes le pare-brise, parfois vous êtes l’insecte »

 

Voici ce que dit le refrain de la chanson de Dire Straits que nous venons d’écouter et qui sent bon les années 90, époque où il y avait encore des insectes à tuer sur les pare-brises. Cette chanson a pour titre THE BUG.

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Un bug, avant d’être le dysfonctionnement numérique que nous connaissons tous, désigne un insecte, une punaise plus précisément… C’est drôle que nous ayons choisi de donner le nom d’un organisme vivant pour désigner une nuisance qui nous empêche de poursuivre nos activités d’Homo Œconomicus.

En fait ce n’est pas drôle… mais ça m’a semblé être une bonne introduction pour une chronique dédiée à notre perception polysémantique du mot NATURE. Polysémantique désignent un mot qui a plusieurs significations. Et ça je peux le prouver, écoutez attentivement :

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Pouvons-nous sincèrement parler de RETOUR A LA NATURE, sans envisager que ce dernier ne soit pas CONTRE NATURE au regard de notre évolution humaine NATURELLE ? Car un RETOUR A LA NATURE sincère, dépasserait la simple relation à un ESPACE NATUREL PHYSIQUE ou une rapide conversion au NATURISME, mais impliquerait aussi une forme de surpassement de notre simple NATURE HUMAINE pour démontrer notre capacité à dominer notre écosystème. On peut penser notamment aux CATASTROPHES NATURELLES, elles-mêmes révélatrices de notre extrême fragilité. Une recherche de pouvoirs SURNATURELS en quelque sorte que nous tirerions, non pas d’un anonyme NATUROPATHE de la rue de la Nature à Saint Trojan les Pins mais plutôt de l’absorption par voies NATURELLES, d’un yaourt NATURE pas comme les autres car chargé des valeurs sacrées de la NATURALITE !

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Ça ne veut pas dire grand-chose ce que je viens de déclamer mais ça met en lumière que sous le vernis de ce mot de 6 lettres, se cache des nuances et même de contradictions de sens qui parasitent notre perception individuelle et collective de ce qui est ou ce qui n’est pas « NATUREL ».

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Question à 10 coquelicots : L’Homme fait-il partie de la Nature ?

C’est vrai quoi, l’Homme a beau être le plus grand destructeur de vie terrestre qui n’ait jamais existé, cet état de fait mortifère l’exclut-t-il pour autant de cet ensemble qu’est la Nature ? Même si nous sommes le Bug qui détruit la matrice de l’intérieur, il n’en reste pas moins que nous sommes peut-être nous aussi « naturel » ?

Et du coup si oui… ce que nous produisons l’est-il en conséquence, par filiation ?

Par exemple, faire du vélo peut sembler « naturel » à beaucoup d’entre nous, pourtant ce vélo ne pousse pas dans les arbres, il n’est donc pas naturel. Aie… j’ai mal à la tête…

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Autre vision, dans un livre apocalyptique dont j’ai déjà causé dans ce micro, LE MONDE ENFIN (lien), l’Homme disparait peu à peu de la surface du globe (pour une sombre histoire d’épidémie incurable) et LA NATURE reprend le dessus. L’autre. Celle qui ne nous inclut pas. La colonisation des espaces se fait à sens inverse de ces 1000 dernières années. Pour l’auteur, le bug est réparé. Le virus qui tue l’Humanité est l’anti-virus qui sauve la « Nature ». C’est-à-dire exempte d’Hommes.

A l’inverse, des plus optimistes penseront que l’Humanité porte à la fois le mal et son antidote et donc que la Nature a besoin de son bourreau pour être sauvée. Abyssale ma balade en ce lendemain de bac philo, non ?

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Question à 100 coquelicots maintenant : Les poussières d’étoiles (terme hautement poétique emprunté à Hubert REEVES) qui nous ont constitués sont-elles naturelles ?

Doit-on considérer comme naturel cet improbable concours de circonstance qui a permis l’arrivée de la vie sur terre ?  Lisez Hubert Reeves et vous comprendrez que rien de ce qui nous est arrivé n’est naturel. C’est seulement un coup de pot énorme. Attention, ça nous responsabilise d’autant plus en tant que bipède pensant à faire prospérer ce merveilleux capital tombé du ciel.

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Question à 1000 coquelicots enfin : la Nature peut-elle revendiquer les mêmes droits qu’une personne devant la loi des Hommes  

Connaissez vous Te Awa Tupua ?

ça se passe en Nouvelle-Zélande. Depuis 2017 le fleuve Whanganui (Te Awa Tupua en Maori), a les mêmes droits qu’une personne (lien). Le texte fait valoir que le fleuve est une entité vivante, « partant des montagnes jusqu’à la mer, y compris ses affluents et l’ensemble de ses éléments physiques et métaphysiques ». Le fleuve est désormais mieux protégé, et des plaintes pourront même être déposées en son nom. La tribu n’est pas la propriétaire du fleuve mais son gardien, chargée de le protéger pour les générations actuelles et futures. Elle a reçu 80 millions de dollars néo-zélandais (52,2 millions d’euros) en guise de réparations financières, et 30 millions pour améliorer l’état du cours d’eau.

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Pourquoi je vous cause de NATURE aujourd’hui ?  A cause de mails répétés de notre duo d’animatrices qui m’ont abreuvé de « naturel » dans la préparation de l’émission mais aussi du fait de la disparition récente de Michel Serres, incarnation humaine de la bienveillance et de la transmission du meilleur du savoir humain. Il a écrit un bouquin fondateur : le CONTRAT NATUREL qu’il est plus que temps de lire, et qui sera ma prochaine lecture. En attendant je ne peux que citer le critique littéraire Hervé Bonnet. (Lien)

« il est urgent que l’humanité contracte avec la terre en inventant pour elle, à l’instar du contrat social, un contrat naturel où justice sera faite à la nature désormais comptable d’une déclaration universelle de droits de la nature. »

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Voilà…

Nous étions dans aux derniers étages de l’immeuble de la pensée et nous redescendons maintenant au rez-de-chaussée nauséabond pour sortir les poubelles.

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La NATURE fait vendre. Le marketing ne s’y est pas trompé. La Nature donne confiance. Comme tout le monde y attache des valeurs positives à défaut d’y attacher le même sens, les publicitaires autrement nommés « grands garants de valorisation des trucs à vendre » exploitent le filon. On est rémunéré au concept créé, on a exploité un mot issu de l’écologie: la NATURALITE. C’est joli naturalité. Il faut que votre produit renvoie implicitement une image non industrielle. On en achète dans tous les conditionnements (surtout en plastique d’ailleurs).

Tout ça pour dire que même si un retour à la NATURE ne me parait pas si facile à définir,  le combat pour la sauvegarde du vivant qui donne sens à la sentence NO NATURE NO FUTUR il peut passer par une augmentation des interactions avec la Nature et une meilleure connaissance du vivant qui nous entoure. La question de la sauvegarde et de l’entretien de notre écosystème, passe par notre envie de Nature.

 

Allez bouclons la boucle de la chronique et concluons avec un dernier conseil de lecture…

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Je sors emballé du Tome 2 de BUG de Enki Bilal. Le pitch : dans un futur proche ultranumérisé, un Bug, dont l’origine est inexpliquée, efface brusquement toutes les datas numériques d’une planète Terre shootée à la numérisation : les gens ne peuvent plus rentrer chez eux, sont incapables de se déplacer d’un point A à un point B sans leur assistance numérique, ne savent plus conduire… Bref un scénario très crédible, à la Black Mirror, qui met en évidence qu’un Homme performant dans un contexte donné, est une loque dans un contexte où on lui retire tous ses assistants numériques.

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Pour l’auteur, le retour à la Nature est notre résilience à pouvoir faire « sans » ses appendices artificiels…

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Et n’oubliez pas :

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« Parfois vous êtes le pare-brise, parfois vous êtes l’insecte »

 

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Chronique Ecolo-Buissonière n°21 : On est en TRAIN de tuer notre Dragon

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 18 mai 2019

Ci dessous les mots et les liens de ma dernière chronique. L’émission est en ligne ICI.Capture

Merci encore à Simon Stone de www.discoverytrains.net et à Pascal Daubouin du collectif OUI AU TRAIN DE NUIT (lien) pour leur participation. Ils m’ont largement inspiré ma bafouille.

 

Causons trains de nuit.

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Causons une nouvelle fois trains de nuit devrai-je dire puisque, rappelez-vous, dans une émission précédente d’une émission dédiées aux légumineuses, nous avions déjà envisagé la vie en collectivité dans un compartiment couchette après la consommation d’un cassoulet. Podcast en ligne.

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Causons train de nuit donc, car nous sommes actuellement en TRAIN de nous priver d’un allier de poids dans la guerre qui est engagée contre un réchauffement climatique ne dépassant pas les 2°c.

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Nous sommes en effet dans une situation qu’un stratège amateur de 12 ans jouant à Stratégo trouverait aberrante. Je vous résume ça en 4 actes :

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1-    Le climat se réchauffe. Tout le monde en est convaincu…

A part peut être Pascal Praud… Vous avez peut-être vu cette séquence hallucinante d’irrespect et de sexisme où cet animateur de débat low cost a déclaré qu’un matin de mai, il a eu froid, alors… le concept de réchauffement climatique ça le fait doucement marrer.

C’est le genre de gars qui doit dire, « la faim dans le monde ? Laissez-moi rire, j’ai vu la queue à la boulangerie hier » ou « bien-sur les Dragons existent, j’en ai vu 3 dans Game of Throne hier soir ».

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2-    La mobilité humaine à la surface de notre caillou est toujours croissante et malheureusement, c’est une des causes principales de l’évolution haussière de nos rejets de Gaz à effet de serre.

 

3-    Les trains de nuits sont une réponse bas carbone à ce besoin de mobilité continentale. Aucune polémique sur le sujet, l’impact carbone d’un déplacement train est toujours inférieur à tout autre type de déplacement longue distance.

 

Je vous recommande la lecture d’un bel article de THE CONVERSATION réajustant notre lecture de l’impact carbone « au km » par une lecture « à l’heure ». « Alors que les émissions d’un kilomètre en avion équivalent à peu près à un kilomètre effectué seul en voiture, une heure en avion est 13 fois plus émettrice qu’une heure en voiture. Monter à bord d’un avion rendra votre trajet 125 fois plus émetteur en moyenne que de monter dans une voiture ; et plus de 1 500 fois plus émetteur que de monter dans un train… »

 

4-    Nous désinvestissons le sujet. Il nous reste, sauf erreur, deux dernières lignes de train de nuit :  Le Paris-Briançon et le Paris-Latour-de-Carol. Ce mode de transport longue distance n’a plus la cote depuis des décennies, notamment car nous avons fait le choix de la diminution de la durée du trajet (TGV) au dépend de l’optimisation de la durée utile de voyage (voyager la nuit).

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Voilà. Nous nous privons délibérément d’un atout majeur pour combattre le péril climatique.

Je vous raconte l’histoire autrement :

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Nous sommes à la veille de l’ultime bataille à mener contre les marcheurs blancs qui veulent détruire l’Humanité.

Tout n’est pas perdu, nous avons des atouts pour les combattre. Notamment un Dragon dans la force de l’âge, que nous appellerons le Dragon Wagon, car ça sonne bien. Dragon Wagon, il a un effet destructeur certain sur notre ennemi.

Mais… le responsable des finances du Royaume ayant dit que Dragon Wagon coutait trop cher à nourrir au quotidien, on a décidé de le laisser crever

Et si ce n’était que cela…

Comme nous nous considérons en mesure de gagner très facilement notre guerre contre le réchauffement climatique, nous avons aussi décidé de donner un petit avantage à l’ennemi. Ce petit avantage, c’est la défiscalisation du transport aérien.  On s’est dit que ce serait bien de faire en sorte que les avions (qui sont avant tout je vous le rappelle, en termes de poids, des réservoirs volants) volent free taxes, histoire de justifier par le « marché » que notre Dragon Wagon coute trop cher.

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Donc, les trains de nuit seraient-ils un vestige du passé ?

Pas si sûr quand on va voir ce qui se passe chez certains de nos voisins européens…

Connaissez-vous OBB (lien). Il ne s’agit ni de papier à rouler ni du dernier titre de hip-hop à la mode. OBB c’est la compagnie autrichienne de chemin de fer et son expérience semble contre dire le constat NO FUTUR des trains de nuit.

Quand en 2016, la compagnie allemande Deutsche Bahn (DB) décide, comme la SNCF, de laisser tomber les trains de nuit, la compagnie autrichienne lui rachète une quinzaine de trains pour les exploiter elle-même. 40 millions d’euros d’investissement plus tard, le responsable communication de la société autrichienne publique de chemin de fer déclare à la RTBF :

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« Il y a deux ans, quand les chemins de fers allemands ont décidé de ne pas continuer à assurer leur service de train de nuit, cela a été une très grande opportunité pour les chemins de fers autrichiens de rejoindre ce marché et de lancer de nouvelles lignes. Il y a deux ans, nous avons augmenté notre réseau de 50 % et nous offrons maintenant 17 lignes directes de train de nuit à travers l’Europe. »

La DB disait perdre 37 millions d’euros par an avec ses trains de nuit (les comptes auraient été manipulés selon une enquête  du quotidien allemand Tagesspiegel all. ). Si l’OBB ne donne pas de chiffre, elle assure que ces lignes sont rentables avec un taux de remplissage de 65%.

Les trains de nuit exploités par l’Autriche ont transporté 1,4 million de passagers par an depuis fin 2016.

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Pourquoi donc, pour les autrichiens, le critère de choix du mode de transport pour se déplacer d’un point A à un point B n’est-il pas exclusivement la durée du parcours comme on nous l’a mis dans la tête en France ?

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A ce stade de la chronique, je vais me considérer légitime pour donner mon avis d’expert d’usage. J’ai en effet calculé que ces 20 dernières années, pour le boulot ou les vacances, à raison de 40 voyages de 400 km par an, j’ai parcouru environ 3,2 millions de km en train. Donc mon statut d’expert me permet de vous proposer 4 pistes que nous devrions envisager pour sauver notre Dragon Wagon.

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Problème + solution pour le même prix dans une seule chronique ! C’est cadeau !

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PISTE N°1 : Agir sur la conscience environnementale des usagers. En Suède, ce phénomène tout nouveau a un nom : le FLYGSAM (littéralement « honte de prendre l’avion » : lien). En 2018 ; 4% de Chiffre d’affaire en moins pour l’aviation et une augmentation de 10% du 1er opérateur ferroviaire suédois. Même en France Air

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PISTE N°2 : Agir sur le prix. Il est illusoire de demander au voyageur de payer deux à 4 fois plus cher pour prendre le train à la place de l’avion. Si le climat est vraiment prioritaire, la question est : faut-il rendre les voyages en train moins chers en les subventionnant ou l’avion plus cher en corrigeant l’absence de fiscalité sur le kérozène ? (un indice chez vous : on a plus sous). Pour mémoire, le réseau Action Climat déclarait à France info (lien) que « Si on taxait le kérosène à la hauteur des carburants, on arriverait à des recettes, pour tous les vols, de 3,6 milliards d’euros ». De quoi remettre quelques lignes et quelques wagons en état de marche.

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PISTE N°3 : Agir sur le plaisir d’usage. Il y a de la place pour innover en termes de confort, évoluer dans les services proposés, sortir de l’image négative des trains de nuit, proposer une expérience, un moment agréable. Au Royaume-Uni, la compagnie privée Caledonian Sleeper vient d’investir 173 millions d’euros dans de nouveaux wagons. Ambition forte à comparer aux 30 millions qui seront investis par la France pour rénover ses propre wagons.

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PISTE N°4 : Proposer les voyages de nuit sur le site de vente en ligne ! c’est aberrant mais aujourd’hui, comme Harry Potter on doit chercher le quai caché pour prendre son train. On ne trouve pas toujours les trajets pour les lignes françaises et jamais pour les lignes internationales. On sait faire pour les avions, pas pour les trains.

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Allez, on se quitte sur des signaux faibles qui redonnent espoirs. Après les sénateurs le mois dernier, les députés semblent prendre conscience de quelque chose. Ce mardi 7 mai, la Commission des Finances a voté un amendement en faveur des Intercités de nuit. (Lien)

 

On peut encore sauver notre Dragon Wagon ! (pour les vacances, prenez le train)

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DATA GUEULE nous présente la Géo-ingéniérie (qui vaut la peine)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 3 mai 2019

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Géo-ingénierie :

 

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Chronique Ecolo-Buissonière n°20 : c’est la Pata !

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 29 avril 2019

Cette chronique n°20 est bien numérotée puisque j’y cause d’ami.e.s de 20 ans ! la vie est bien faite parfois.

La vingtième donc, en mots ci-dessous et en son ICI.

 

Aujourd’hui est un jour de chronique spécial pour moi et je m’en vais vous dire pourquoi avant de ne pas traiter le sujet du jour puisque j’en avais préparé un autre. Avant d’être hors sujet donc, je vais abuser de ma position de chroniqueur libre dans mon strict intérêt personnel. Je vais faire, comme on dit dans le métier, une « Carlos Ghosn »…  sans prendre le risque cependant d’aller me promener au Japon dans la soirée.

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Il se trouve en effet que je suis entrainé depuis quelques semaines dans la préparation d’un évènement fort particulier, qu’est celui de la préparation de l’anniversaire des vingt ans de mon diplôme de fin d’étude (que je suspecte encore d’avoir obtenu grâce au fait d’arme de l’organisation du gala de dernière année…).

Donc, grâce à la magie des réseaux sociaux et à l’initiative de quelques collègues de promo, me voilà, soir après soir, en contact direct avec les joyeux fantômes de mon passé. Des gens avec qui j’ai vécu près de 3 années dans une période où les souvenirs impriment bien le cortex. Des personnes, qui pour beaucoup avaient disparu de mes radars.

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Et PAF ! du jour au lendemain, les photos du passé se confrontent à celles du présent avec des enfants partout. Les souvenirs potaches croisent les informations sur nos vies professionnelles souvent bien éloignées du diplôme qui nous destinait tous à travailler dans une usine agro-alimentaire.

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Soir après soir, Régine me fait marrer avec son poney qui a peur des souris, Jean-Philippe avec son concours de grues, Frédérique avec ses soucis de camionneurs… Ils n’ont pas l’air d’avoir trop changé. Sauf mon binôme bien-sur qui n’a plus un poil sur le caillou et qui est tatoué de partout !

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Mais la pression des retrouvailles approche. #retrouvaillesarecomming

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Comment leur dire…

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Comment leur dire ce que je suis devenu…

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Comment les alerter sur le fait que je suis maintenant un anxiogène de première ?

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Avant, le seul stress que je provoquais venait du malaise engendré par mes blagues foireuses… Mais maintenant c’est différent ! Il faut qu’ils sachent que ma vision du monde a radicalement changé en 20 ans… Que moi aussi je vois des marcheurs blancs partout (lien chronique précédente).

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Je me suis dit que le meilleur moyen était de profiter de cette chronique pour montrer par le versant éclairé ce que je m’efforce de faciliter en autopsiant le cas d’une entreprise inspirante. Histoire de donner du concret à mon Graal.

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Et là REPAF. Transition.

Je vais chroniquer sur l’autobiographie de celui qui incarne l’âme de mon entreprise référente.  A ce stade je devrais citer le bonhomme en question mais faisons trainer encore le suspense quelques secondes. Quand je demande aux gens qui m’entourent qui est leur entrepreneur emblématique, on me cite pèle mêle : Elon Musk, Bill Gates…

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Et quand je dis le nom de mon référent à moi, les gens sourient toujours. Ça ne semble pas sérieux.

C’est vrai que Yvon Chouinard ça ne sonne pas « Silicon Valley », c’est moins stylé comme dirait ma fille.pata

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Et pourtant c’est bien de lui dont je vais vous causer en racontant, vite fait, l’histoire de Patagonia par les yeux de son créateur, un entrepreneur pas comme les autres.

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« aucun enfant ne rêve de devenir un homme d’affaire »

voici les premiers mots du premier chapitre de l’auto-biographie d’Yvon Chouinard. Phrase symbolique d’un homme qui a réussi presque malgré lui, en partant de rien, à créer ce que l’on appelle aujourd’hui une licorne (une des rares entreprises à afficher un chiffre d’affaire de plus d’1 milliard de dollars). C’est le seul qui en a un peu honte aussi…

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Son nom franchouillard, il le tient de ses origines québecoises d’où ses parents ont émigré dans les années 40 pour s’installer finalement en Californie en 1946.

Le gosse Yvon est passionné de nature, monte à 15 ans un club de fauconnerie. Il voudrait être trappeur plus tard. Il pêche, surfe…

Il est surtout passionné d’escalade Yvon. Il passe son temps à grimper, et manque à plusieurs reprises d’y passer, à cause notamment d’un matériel très insuffisant. En 1957, il achète une forge et une enclume chez le ferrailleur du coin et se met à forger son matériel d’alpinisme.

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Bref, il forge des pitons une partie du temps et les utilise l’autre partie. Il se met à les vendre et ça marche. Chouinard Equipment est née dans le début des années 60. En 1970, c’est le premier fournisseur d’escalade américain.

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Il devrait être content Yvon. Mais non.  Dans son livre, il écrit son désespoir de voir que son entreprise contribue autant à la dégradation de l’environnement. En effet, aux USA ; les pitons étaient retirés à chaque utilisation, ce qui détruisait la roche. Le nombre d’escaladeurs augmentant, l’impact était de plus en plus visible. Il décide donc du jour au lendemain d’arrêter de fabriquer, pour cette raison, les pitons qui ont fait sa réussite. Il développe à la place des coinceurs en aluminium. L’entreprise communique sur le pourquoi de cette décision et revendique une escalade « propre ». Nous sommes au début des années 70 et ça marche.

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Autre virage quand il a l’idée de proposer des vêtements aux escaladeurs. Polos, anoraks, gants, bonnets… Une offre inexistante dans les années 70. Le quincailleur se lance dans la mode pour sportifs. Il mit de la couleur et surtout de la technique au service des sportifs. En 1973, la marque Patagonia est née.

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En 1977 l’effectif passe à 16 personnes mais Yvon Chouinard continue de passer une part importante de son temps à surfer et faire de l’escalade. Il pratique le MBA (Management by Absence).

Grâce à nombre d’innovations et de développements (polaires, sous-vêtements techniques…), du milieu des années 80 au début des années 90 le chiffre d’affaire de Patagonia bondit de 20 millions à 100 millions de dollars; avec une attention toute particulière au recrutement : il faut que les gens aiment les produits, les utilisent et qu’ils aient d’autres activités externes à l’entreprise.

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x« Puisque je n’avais jamais souhaité être un homme d’affaire, il me fallait au moins quelques bonnes raisons pour accepter de le devenir […] le travail devait rester agréable »

ce qui se traduit par une des premières crèches d’entreprise, des horaires à la carte car « un vrai surfeur ne décide pas d’aller surfer mardi prochain à 14h » !

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Mais c’est la conscience environnementale du patron qui caractérise le plus Patagonia, probablement car il est resté très proche de cette dernière (surf, escalade…). Un texte présente les valeurs de l’entreprise, qu’il enseignait en interne sous le terme de Philosophie Patagonia, dont je ne retiens ici qu’une phrase mais qui mériterait une chronique entière :

« toutes les décisions de l’entreprise sont prises dans le contexte de la crise environnementale »

En 1986, Patagonia s’engage a reverser chaque année 10% des bénéfices à des ONG (ou 1% du CA). Engagement tenu depuis. 66 millions de dollars de reversés à la date de l’édition de l’autobiographie !

Patagonia est aussi une entreprise militante qui s’affiche sur des causes comme en 1984 la protection du Parc Yosemite ou plus récemment en reversant l’intégralité du cadeau fiscal de début de mandat de Donad Trump à des associations.

Dès 1994, l’impact de la production des vêtements est au centre des attentions. L’éco-conception est la règle, traduite par du sourcing bio, suppression des toxiques et surtout en prenant la responsabilité de chaque produit de sa « naissance à sa renaissance ». Les produits doivent durer, être réparables, simples… Dans le métier du textile les enjeux se jouent souvent dans la chaine d’approvisionnement et j’encourage le curieux auditeur à consulter sur le site internet de la boite son FootPrintChronicles qui affiche une transparence totale sur la chaine d’approvisionnement.

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Si la réussite Patagonia ne s’est pas faite sans à-coups, il est intéressant de comprendre ce qu’Yvon Chouinard a essayé d’insuffler à son entreprise :

« pratiquer des sports à risques m’avait enseigné de ne jamais dépasser ses limites. […] quand une entreprise essaie d’être ce qu’elle n’est pas, qu’elle essaie de tout avoir, elle court à sa perte. Il était temps d’appliquer un peu de philosophie zen à notre entreprise ».

Il revendique souvent de freiner la croissance de sa boite. Là-dessus, il a un peu échoué…

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Jamais Patagonia n’est rentrée en bourse, pour éviter de subir la pression court termiste de l’actionnaire. Cette entreprise a le statut légal de Benefit Corporation depuis 2012, année où la Californie a rendu possible le statut d’entreprise à intérêt général, ce que la France a intégré en avril 2019 dans son corpus législatif (lien) . Si Patagonia venait à être vendue, ces valeurs ne pourraient changer qu’à l’unanimité du conseil d’administration.

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Bref, je vous recommande vivement la lecture de « Confessions d’un entrepreneur…pas comme les autres » Edition Vuibert pour prendre un peu d’inspiration et constater que l’entreprise est aussi un lieu des solutions.

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Dorénavant quand vous verrez un truc qui réussit, faites comme moi et dites, « C’est la Pata »!

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… Et à mes amis de 1999, n’ayez point peur, on peut œuvrer à l’évolution positive du système et (en) passer (ant) une bonne soirée ensemble…

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