Petite réflexion sur une mobilisation « anti » projet éolien en Vendée

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 15 octobre 2017

Samedi dernier (7/10/17) à Chantonnay (Vendée), j’ai été le témoin direct d’une opposition frontale – et non violente,  précisons le – entre une collectivité qui s’engage dans un projet de transition énergétique sur son territoire et une association de riverains opposants à une partie du plan (le volet éolien bien-sur).

Le projet de la collectivité contient deux composantes majeures : une unité de biométhanisation (qui entrera en fonctionnement en 2018) et un projet de parc éolien (projetCaptureé aux alentours de 2020). Pierre Radanne, invité d’honneur de ce qui aurait du être une belle « Fête de l’énergie », y a reconnu un projet très pertinent de par le couplage d’une production d’énergie électrique intermittente renouvelable  (éolien) et l’injection dans le réseau de gaz d’origine non fossile. Le maire de la commune de Saint-Georges-sur-Arnon a quant à lui partager son expérience réussie d’investissement dans le renouvelable.

Dans le monde de Oui-Oui tout irait pour le mieux et on applaudirait des deux mains. Mais voilà…

…Voilà que la pertinence n’est pas partagée par les militants de l’association « Vent de colère » qui ont décidé de perturber cet évènement pour se faire entendre et le faire passer de festif à conflictuel. Dommage pour l’ambiance et la fréquentation, mais finalement pas pour l’échange car ces derniers ont eu un temps de parole en plénière pour exprimer leur position. Les choses complexes méritant mieux qu’un discours descendant et directif, je ne vois pas cette forme de « dialogue » d’un mauvais œil, bien que franchement les « Ouhhhhhh » peuvent globalement apparaitre d’une affligeante puérilité (je pense que mes enfants peuvent se tenir mieux en public).

Forme mise de côté donc, il me semble qu’il convient d’écouter les arguments, faire le tri et penser (panser) les maux. Cette « analyse » ne concerne que moi bien entendu et je ne représente personne.

La présidente de l’Association, lors de sa prise de parole, ne remettait pas en cause la pertinence d’une planification de la transition énergétique mais plutôt le dispositif choisi : l’électricité d’origine éolienne. Dans la salle, sa posture ne semblait pas partagée par mon voisin de derrière, clairement bloqué sur un raisonnement technophile pro-nucléaire, ITER, etc… L’expertise de Pierre Radanne sur les délais inadaptés, les coûts exorbitants et les risques exagérés n’a pas su convaincre cette personne. Le débat s’arrête quand les argumentations se font au nom de la croyance et non du savoir. Il ne me semble pas que les opposants soient cependant tous dans une logique conservatrice et centralisatrice de la production d’électricité type « EDF des années 50-60-70″.

Parmi les autres arguments énoncés, certains me sont apparus spécieux (béton dans le sol…) ou partiels (sans être faux) : intermittence….échec de l’Energiewende (lien pour nuancer)… Dans un monde complexe, je reconnais sans soucis qu’aucun moyen  de production d’électricité (y compris l’éolien) ne présente aucun défaut. Il n’est pas question de trouver une solution parfaite (qui n’existe pas) mais de concilier tous les enjeux pour choisir la solution la plus acceptable pour les décennies à venir.

Je n’ai entendu aucune proposition de limitation de la consommation d’électricité. La sobriété ne fait pas partie des hypothèses acceptables.

Ce qui me semble être LA vraie raison de ce « vent de colère » de la dizaine de riverains présents est celle du partage de la valeur entre les investisseurs et ceux qui vont « subir » le plus directement la présence des générateurs électriques à 500 ou 600 mètres devant leurs fenêtres. Car, il ne faut pas nier qu’un élément nouveau s’imposera dans le paysage, que des nuisances inexistantes aujourd’hui pourront perturber la qualité de vie perçue par les habitants concernés et ne l’oublions pas, que la crainte de perte de valeur foncière peut être vécue comme une profonde injustice. Un projet exogène sur lequel je ne récolterais que les passifs et pas les actifs ne me satisferait peut-être pas, malgré « mon engagement » personnel sur ces sujets.

Pour dépasser le simplisme du raisonnement « NIMBY » (Not In My Backyard) qui laisse penser à un égoïsme-individualisme pur jus, il faut se poser, de mon point de vue, la question du partage de la valeur produite. Contrairement à une approche capitaliste « pure », ce type de projet aurait intérêt à proposer des modèles de partage de la valeur avec les investisseurs ET les riverains. Plus facile à dire qu’à faire bien sur. Des pistes existent avec le financement participatif qui je l’espère trouvera une place dans le projet de Chantonnay (lien). Est-il possible d’aller plus loin que d’offrir la possibilité de l’investissement (et donc du retour sur investissement) ? Pourquoi ne serait-il pas envisageable de reconnaitre la nuisance par une rémunération directe / indirecte ? Si cette « rémunération » de la nuisance peut paraitre dérangeante, demandez-vous comment les centrales thermiques ou nucléaires ont procédé ces dernières décennies avec les communes d’accueil. Pour moi, ce serait une reconnaissance, pas l’achat du silence.

La recherche de l’intérêt individuel et de l’intérêt collectif doivent-ils systématiquement être opposés ?

Au delà de ma proposition, il est claire que la sociologique (lien) a autant apporter aux réussites des projets de ce type que la technologie et la technique de l’environnement qui nous emprisonne trop souvent.

Une dernière chose, pour être transparent : je suis clairement favorable à décentralisation de la production d’électricité, à l’investissement dans l’énergie renouvelable (de préférence par le citoyen et pas que par le privé) et à une approche raisonnée de la réponse technologique au même titre que le travail sur les usages. Je pense que l’intégration du triptyque Sobriété-Efficacité-Renouvelable promu par l’Association Négawatt (Lien) est la réponse acceptable pour notre avenir.

Publié dans A L'OUEST, ENERGIE | Pas de Commentaire »

Chronique Ecolo-Buisonnière

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 22 septembre 2017

En attendant la diffusion, le texte de ma dernière chronique avec les sources :

J’ai une pêche moi en ce moment ! la MEGA forme !

Je ne sais pas ce qui m’arrive … parce que ce n’est pas l’actu qui devrait me mettre dans un état pareil. Cette rentrée on a quand même eu droit à la pas très joyeuse perspective d’une guerre nucléaire au-dessus du pacifique  [entre les deux sales gosses les mieux armés du moment] et je ne vous parle pas du passage D’Irma et Harvey qui préfigure des décennies d’ouragans toujours plus violents.

Qu’est ce qui me rend si joyeux (en dehors de la joie de vous revoir) ?

Je crois que c’est une de mes lectures estivales qui m’a fait comprendre un truc important. Le bouquin s’appelle « le monde enfin » de JP Andrevon (éditions Fleuve Noir). A la base, ce n’est pas un bouquin où on est sensé se fendre la poire. Je vous fais le pitch : « une pandémie foudroyante mondiale fait disparaitre 95% de la population mondiale en quelques jours et les survivants deviennent stériles. Ils assistent donc à la disparition de l’Humanité, compté par l’auteur. On suit leur destinée sur ces ultimes décennies ». Sympa comme lecture de vacances pour décompresser, non ?

Ce qui ressemble de prime abord à une prospective apocalyptique (au sens premier) est en fait un joyeux voyage dans des écosystèmes en régénération, libérer de leur principal facteur limitant : nous. La posture de l’auteur est plutôt joyeuse vue sous l’angle d’un retour d’une certaine forme de vie sur Terre sans la contrainte oppressante de l’humanité. Surprenante gaité littéraire exprimant le croisement de deux destinées d’être vivants : certains s’en vont, d’autres arrivent (ou reviennent, c’est selon).

A cette lecture, j’ai compris une Erreur fondamentale. J’ai compris que nous nous sommes plantés quand nous avons acheté et porté nos tee-shirts « sans nature pas de futur » (moi je l’ai), quand nous sommes parties en guerre pacifique au repas de famille pour convaincre qu’il fallait « sauver notre planète ». Nous nous sommes plantés quand nous avons scandé que « mère nature était en danger », que nous l’avons dessiné avec des yeux et une bouche en train de souffrir sous les coups de butoir de la surexploitation des ressources et de la pollution. La Terre sera là quand l’espèce humaine aura fini son œuvre d’autodestruction. La vie, sous une autre forme, prendra le dessus. Le danger, il est pour nous, les Homos de tous poil : homo-sapiens, homo-Economicus, homo-beau-SUV

Et si ces temps si j’ai le sentiment que les homo sus cités se foutent un peu d’accélérer le mouvement de leur propre disparition [quelle meilleure preuve que notre insatiable énergie consacrée à l’innovation inutile voir toxique. Avons-nous vraiment besoin que des véhicules autonomes de près de deux tonnes nous livre une pizza ? de frigo qui parlent ? de robots qui dansent ? d’applications débilisantes ? ]

La bonne nouvelle donc, c’est que la Terre (et la vie sur Terre) nous survivra. Et c’est cool ça, NON ?  Nous sommes seulement dans un bus fonçant vers un ravin avec un chauffeur bourré. Ce n’est pas la fin du monde. C’est la fin de vie pour les passagers du Bus.

Allez, j’enlève mon masque. Je ne suis pas si content que ça de notre incapacité à intégrer nos connaissances dans notre modèle de développement. Je suis même au quotidien adepte du petit pas et de la modération, mais en écrivant ce post (humoristique à la base) j’ai découvert que cette posture provocatrice avait sérieusement ses adeptes : une association nommée Adrastia « a pour objectif [JE CITE] d’anticiper et préparer le déclin de la civilisation thermo-industrielle de façon honnête, responsable et digne ». Pour être honnête, j’ai un peu peur de leur plan d’action…Capture

J’ai découvert aussi des publications très sérieuses : récemment National Géographic (lien) a scénarisé un monde où l’humain disparaissait soudainement (genre des extraterrestres qui nous enlèveraient). En 15 ans la végétation recouvrerait toutes les routes, en 60 ans les dommages de la surpêche sont corrigés, en 200 ans le CO2 entropique s’effacerait, il fera plus froid….

plus froid… CAR

WINTER IS COMMING (et je ne dis pas ça parce que mon chat a grossi) mais pour faire le parallèle avec l’énorme succès qu’est la série GAME OF THRONE où certains voit dans le scénario barbare une lecture notre relation au changement climatique (lien). Les dirigeants de ce monde imaginaire, tendance médiévale, consacrent en effet leur énergie à étendre le périmètre de leur petit pouvoir et refusent – ne serait-ce que d’envisager – un risque plus grand qui ferait disparaitre tous les Hommes. Les morts aux yeux bleus de la série représenteraient le péril climatique dans notre vraie vie. Quelle union entre frères ennemis est possible pour combattre une cause commune ? Comment sortir des intérêts individuels pour sauver le collectif ? ça se tient. J’attends la dernière saison pour voir le dénouement de l’affaire, mais je ne suis pas très optimiste sur le happy-end.

En conclusion, si notre destin est celui des dinosaures, je suis partant de tout faire pour prolonger l’aventure de quelques générations et pour se faire, il nous faut convaincre de l’imminence des changements en cours, de proposer des solutions convaincantes, de valoriser les réussites des avant-gardistes. Et de préférence dans la bonne humeur. Au boulot Marie pour une saison des plus ambitieuses !

J’ai une pêche moi…

Publié dans CHRONIQUES ECOLO-BUISSONIERE | Pas de Commentaire »

Agenda : Carbon’at propose un évènement exceptionnel chez Yves Rocher

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 22 septembre 2017

Invitation Carbonat

Publié dans A L'OUEST, CAS D'ENTREPRISES | Pas de Commentaire »

Agenda : l’Association ELISE fête ses 20 ans le 8 novembre !

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 22 septembre 2017

Invitation 20ans ELISE

Publié dans A L'OUEST, ENERGIE, TRANSITION | Pas de Commentaire »

Lu : « L’innovation ordinaire » de Norbert Alter

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 1 septembre 2017

Voici plusieurs mois que j’ai entamé la lecture de « L’innovation ordinaire » de Norbert Alter. La lecture par un sociologue du processus d’innovation est éclairante et permet de prendre un peu de hauteur sur une notion que nous avons un peu tendance à utiliser à toutes les sauces. Tout n’est pas innovation. Je vais essayer de partager ici quelques propositions de l’auteur, traitées avec ma grille de compréhension :

 

  • Tout d’abord, faisons une mise au point sémantique : nous confondons trop facilement les termes INNOVATION et INVENTION. Pour l’auteur, innover, c’est mettre en œuvre « l’invention », atteindre l’usager, lui faire au bout du compte, transgresser les règles établies. Beaucoup d’inventions (peut-être géniales) n’ont jamais trouvé leurs « clients ».

 Alter-Norbert-L-innovation-Ordinaire-Livre-894519877_L

  • « L’innovation bute toujours contre l’ordre établi », elle suppose une rupture, et celle-ci s’appuie sur une « déviance ».

 

  • L’innovation ne se décide pas. Les service RetD peuvent être pour les entreprises un investissement nécessaire pour créer le contexte favorable à l’innovation « souhaitée » mais ne sont pas à même de planifier l’innovation. « La RetD est en effet régie par la notion de risque, c’est-à-dire l’impossibilité de prévoir le résultat de l’action menée ainsi que la nature des sanctions positives ou négatives qui lui seront affectées. »

 

  • « L’innovation est une activité banale » (comprendre de non spécialistes). Le plus souvent, dans l’histoire industrielle, ce sont des ouvriers, confrontés à leurs problématiques opérationnelles du quotidien, qui ont contribué à innover sur leurs outils de production.

 

  • Le plus souvent, les dirigeants ne sont pas les innovateurs. Ils sont par contre ceux qui permettent de faire passer les idées / propositions des innovateurs au stade application. On a besoin de leur autorité pour légitimer auprès de la majorité la pratique « déviante » ! Paradoxalement, c’est par une logique managériale descendante que les innovations peuvent être appliquées. Les directions gouverneraient l’innovation plus en « aval » qu’en « amont ».

 

  • Nous classons souvent dans la catégorie « innovation » des inventions dogmatiques imposées par un management tout puissant (parfois à côté de la plaque). La relation du travailleur à la prescription, à l’absence de concertation, aux invectives managériales « command and control » est une composante très présente dans l’ouvrage. Avec mon passif de consultant « ISO » et mon actif de consultant « RSE », cette lecture me chatouille les neurones. Intéressant.

 

Bref, lisez l’ouvrage pour voir plus loin que ce mini post mais, un conseil au lecteur : prévoyez une disponibilité à 100% pour lire ce livre. Je me suis vu relire plusieurs fois des passages pour assimiler le message. C’est pas du Fred Vargas.

 

Publié dans INNOVATION, LECTURES | Pas de Commentaire »

Lu : Le Monde Enfin de Jean-Pierre ANDREVON

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 16 août 2017

Les vacances doivent en principe servir à se décontracter, à arrêter de se prendre la tête… J’ai fait un peu ça lors de cet été 2017 mais pas que…DGYEW5VXkAA_v2T

J’ai aussi lu un ouvrage de prospective apocalyptique qui m’a fait envisager certaines choses autrement, sans me rendre particulièrement déprimé d’ailleurs.

- je précise que ce post a été écrit avant toute éventuelle intervention nucléaire américaine en Corée du Nord qui aurait potentiellement déclenchée une guerre nucléaire en Asie. Yahou ! -

Souvent Hubert Reeves – et bien d’autres – tentent d’expliquer à leurs auditoires que les enjeux environnementaux auxquels nous sommes confrontés remettent plus en cause l’Humanité que la planète Terre à proprement parlé. Si nous aimons penser à « notre » planète bleue comme à un être souffrant sous nos coups de butoirs sans cesse répétés, nous oublions volontiers que la Terre existait avant l’Homme et existera probablement après la disparition de l’Humanité. La Vie sur Terre ne se résume pas à la vie des 7 milliards d’êtres humains.

Tel est le cadre de l’ouvrage de Jean-Pierre ANDREVON. Le roman part d’un évènement sanitaire : une mutation génétique, un prion mortel qui anéantit 98% de l’Humanité brutalement et qui rend stérile la majorité des survivants. Ce qui est surtout décrit dans ce livre, c’est comment la vie animale et végétale reprend le pouvoir après la parenthèse du passage de l’Homme sur Terre. En suivant les aventures de quelques survivants dans des décors urbains retournant progressivement à la vie sauvage, on redécouvre des équilibres naturels que la « civilisation » avait rendus inopérants.

Les tableaux ainsi décrits à force de détails rendent la perspective presque joyeuse ! Si le sujet traité est au sens premier du terme « catastrophique », la manière de le traiter ne l’est pas. L’Humanité s’éteint ? et alors ? L’Histoire de la planète Terre se poursuit, même si plus personne ne pourra bientôt l’écrire…

Le livre aurait probablement mérité, de mon point de vue, plus de concision et se serait bien passé des aspects surnaturels et extra-terrestres de la fin du roman, mais j’ai vraiment aimé ce voyage dans un (très lointain ?) futur pas si impossible que ça.

 

 x

CaptureTant que je suis dans les mondes parallèles, histoire de me rapprocher tout doucement du retour à la réalité que tout mois de septembre nous impose, j’ai beaucoup aimé le parallèle fait par VOX (lien) entre l’univers de Game of Thrones et le traitement de la menace du changement climatique sur notre époque.

Dans la fiction, le danger qui menace tous les humains  est une invasion de Morts vivants. Pour nous c’est un changement de composition de notre air influant sur le Climat. Dans les deux mondes, nombreux sont ceux qui ne « croient » pas à la réalité du danger car ils ne le voient pas. Idem, dans les deux mondes, ceux qui ont les manettes du pouvoir sont plus occupés à gérer les problématiques court-termistes qui n’auront bientôt plus de sens si le danger n’est pas jugulé. Bien vu.

La fiction peut servir notre réalité. Bonne rentrée !

Publié dans LECTURES | Pas de Commentaire »

Numérique et robotique : la fin de l’emploi, le retour du travail ? (préparation de la soirée de cloture du CTS)

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 7 juin 2017

Les auditeurs 2016-17 du Collège des Transitions Sociétales présentent leur soirée de clôture demain à Nantes (lien).

En préparation, un deux pages très bien construit sur le sujet de la « fin de l’emploi, le début du travail » a été mis en ligne. A lire

fichier pdf CTS2017 v72

Capture

Publié dans A L'OUEST, HOMMES, RESPONSABILITE GLOBALE | Pas de Commentaire »

Lu : « Il était minuit moins cinq à Bhopal » de Dominique Lapierre

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 1 juin 2017

Bhopal…il_etait_minuit_cinq_bhopal

Quand je suis tombé sur ce livre de Dominique Lapierre dans la bibliothèque d’une amie (coucou Eve), je me suis rendu compte que je ne savais presque rien de cet évènement tragique. J’avais 9 ans en 1984 et l’actualité industrielle indienne ne constituait pas un centre d’intérêt prioritaire pour le petit auvergnat que j’étais.

Bien-sûr, pour l’auditeur de Systèmes de Management de l’Environnement que je suis devenu, Bhopal était la « mère des catastrophes industrielles » qui a notamment « motivé » la rédaction de la première mouture de la norme ISO 14001. Je n’en savais pas beaucoup plus avant de dévorer ce livre.

L’ouvrage de Dominique Lapierre et Javier Moro m’a donc éclairé sur les raisons de cet accident industriel. Mais peut-on parler « d’accident » industriel ici ? A partir de combien de morts faut-il changer de mot ? Même le terme de catastrophe ne parait pas à la hauteur pour qualifier une défaillance industrielle qui a causé la mort de 16.000 à 30.000 personnes (pas que le jour même mais dans les mois et années qui ont suivi) et blessé plus ou moins lourdement 500.000 autres indiens. 530.000 victimes ! à peine moins que la population entière de la Vendée.

En parallèle de la description factuelle des éléments qui expliqueront la fuite de gaz mortels en cette nuit du 3 au 4 décembre 1984, le récit s’attache à suivre la vie « normale » de protagonistes locaux et contemporains à l’Histoire de l’accident. Ces vies que le destin a mené à proximité immédiate de ce « bijou » qu’était le site industriel de la multinationale américaine Union Carbide. On s’attache aux personnalités, on suit leur aventure personnelle, leur survie, leur joie… jusqu’au mariage de Padmini, ce soir du 3 décembre 1984. Cette approche humanise les chiffres froids du nombre de victimes. Ils étaient vivants, comme nous.

Ce que je retiens tout particulièrement de cette lecture, c’est l’analyse fort bien documentée des circonstances qui ont abouti à cet effroyable échec industriel. Tout accident est multi-causal, la chronologie des évènements le démontre ici clairement. Une enquête remarquablement documentée qui devrait être enseignée dans les écoles de management.

x

New-India-ad-320Une belle histoire : la science au service de l’Humanité

Le début de cette histoire est remplie du positivisme ambiant d’une période où l’industrie chimique ouvre des nouveaux champs des possibles. Qui peux reprocher à une industrie en plein développement et en pleine réussite, de proposer à un pays en développement comme l’Inde, une sécurisation de sa production agricole ? Dans un pays où la pluviométrie est incertaine et où les insectes mangent massiquement plus de cultures que les hommes qui travaillent les champs, les solutions de l’agro-chimie sont miraculeuses. Alors, quand un des trois géants mondiaux de la Chimie, Union Carbide, choisit la ville de Bhopal pour fabriquer son insecticide phare – le SEVIN – c’est une très bonne nouvelle.

C’est même la fête ! 1.000 emplois directs aux plus belles périodes avec des niveaux de rémunérations inédits en Inde. Les emplois indirects sont aussi légions. L’usine attire les sans ressources qui vont s’installer aux portes de l’usine. C’est une ambition pour toute la population locale que de travailler chez Union Carbide.

Les autorités sont fières de montrer le développement économique de leur territoire et font tout pour bien accueillir l’industriel, les gens se considèrent bénis des Dieux de bénéficier de cette création de richesse et les investisseurs américains envisagent un marché juteux pour débouché de son produit magique (il y avait 400 millions de paysans indiens à ce moment). Les agents commerciaux de la multinationale assuraient aux paysans que pour « chaque roupie que tu dépenseras pour acheter du Sevin t’en fera gagner cinq« .

Magique, magique… Au fait, on y fait quoi dans cette usine surdimensionnée ?

La question ne se posait pas vraiment pour les employés : de la poudre blanche. Une sorte de médicament pour les plantes. Que du bon ? En fait non; pour faire la belle poudre blanche qui protège les rosiers et les tomates (le SEVIN est apparemment toujours en vente aux US !!), le process fait intervenir de l’Isocyanate de méthyle (le MIC) qui a des particularités létales pour le genre humain. Dans les conditions normales, le MIC est un liquide incolore d’odeur âcre. Il est très volatil et il a une température d’ébullition relativement basse (39°C). Il est aussi hautement inflammable. Enfin, il est soluble dans l’eau mais n’est pas stable car il réagit avec cette dernière (c’est ce qui déclenchera la réaction exothermique le 3 décembre 1984). Pour le fabriquer, il faut du Phosgène (célèbre gaz de combat) et de la Méthylamine (dérivé de l’Ammoniac) qui ne sont pas franchement non plus les amis de ce qui est vivant. Bref, ça pu, ça tue quand on le respire et ça doit rester à 0° pour pas rentrer en ébullition.

Probablement que les dirigeants d’Union Carbide étaient sincères quand ils déclamaient leur engagement humanitaire. Leurs innovations devaient permettre de nourrir une population en manque.

Probablement que les engagements de la firme en matière de Sécurité des Hommes étaient sincères (« Safety First » – « Good Safty and good accident prevention praticies are good business« ) et leur expertise technique réelle.

Surement que les investissements engagés au début du projet pour former le personnel indien sur les sites américains étaient un engagement fort pour transférer les compétences.

Pourtant le manque d’humilité et de transparence de cette entreprise toute puissante pue autant que son produit. Savoir que l’entreprise n’a jamais communiqué la composition de ses produits aux services sanitaires locaux alors que des stocks de thiosulfate de sodium auraient sauvé des vies. Un antidote existait…

x

« Les histoires d’amour finissent mal… en général »

Le marché n’était pas là. L’usine était trop grosse et non rentable. La multinationale a donc du baissr la voilure dès 1982/83. Les moyens libérés pour l’entretien du matériel ont chuté en conséquences. De petites économies en petites économies, on a coupé la réfrigération du MIC, on a laissé les vannes se détériorer, diviser par deux les effectifs… 

Les hommes compétents qui avaient conçu le site, ont aussi quitté les lieux. La culture de la sécurité a disparu petit à petit… Au point que les audits du groupe n’ont plus été pris en compte. Les signaux faibles ont été nombreux, mais plus personnes n’était en capacité (ou en volonté) de les identifier. bhopal

Trois dispositions de préventions basiques ont, par exemple, été oubliées progressivement : stocker peu de MIC sur site (une des cuves était quasiment pleine de MIC), toujours maintenir le MIC en dessous de 0°C (la réfrigération était coupée le jour de l’accident), toujours maintenir une torchère en fonctionnement pour évacuer les émissions gazeuses en cas de soucis (la torchère était hors service le jour de l’accident).

Moins de prévention industrielle, mais surtout une proximité des habitations impensable ! Les bidons-villes sont à quelques mètres du site et les habitants n’ont jamais été sensibilisés à un quelconque danger ou procédure de réaction en cas d’urgence. Pire : les sirènes d’alarmes étaient orientées vers l’intérieur du site, pas vers l’extérieur. Les salariés seront sauvés (sauf un), les morts seront les habitants des taudis alentours.

Et, je n’aime pas le dire, mais Mr Pasdechance était aussi au rendez-vous de cette nuit mortelle. Mr Pasdechance a fait en sorte que ce triste dimanche soir de nombreux évènements festifs se déroulaient dans les rues populaires de Bhopal (mariages, déclamations publiques de poèmes, pèlerinages, arrivée d’un train complet quelques minutes après l’accident à la gare située devant le site…). Enfin, Mr Pasdechance a orienté le vent vers le bidonville. Le pire des scénarios.

Pour la suite… ce fut une horreur qui se prolonge encore dans le temps (séquelles physiques et psychologiques durables). Aucun jugement n’a été prononcé contre Union Carbide.

Je n’oublierai jamais cette lecture.
Capture

IMG_1676 (modifié)

Publié dans LECTURES, RESPONSABILITE GLOBALE | Pas de Commentaire »

Chronique Ecolo-Buissonière : Histoire de l’Economie – ECONOMIX

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 25 mars 2017

Cette chronique fait un peu de recyclage avec mon post précédent (lien), mais l’efficacité ne nécessite-t-elle pas un peu de paresse ? (ou l’inverse, je ne sais plus). L’émission du 24/03/2017 en intégrale est ICI avec du Nina Attal dedans (une découverte musicale de ces derniers mois. Je suis fan).C7gtiOGW4AAxCe8

Marie, chers écolo-buissonneurs du jour,

Aujourd’hui je m’en va vous causer de l’Histoire de l’économie. J’aurais causé CoWatt (lien) en l’absence d’Eric Bureau ici présent, mais comme il le fait bien mieux que moi, je suis parti sur autre chose…

Pourquoi donc vous embêter avec l’Histoire de l’Economie et sortir de ma zone de confort ? Pour 2 raisons :

1-      Tout d’abord car les dépravés que nous tentons tous d’être autour de cette table, nous auto-excluons beaucoup trop rapidement du sujet économique. […] Quoi ? ne me regardez pas comme ça, je ne vous ai pas insulté… Je vous ai traité de « dépravés » car Florence Osty (sociologue de son état citant elle-même Norbert Alter, autre sociologue de son état) m’en a récemment donné l’autorisation en m’expliquant que, pour qu’une innovation voit le jour, il faut que des « dépravés » soient dans la place.  Les dépravés sont des personnes en mesure d’être à la fois bien intégrés dans leur contexte ET « progressistes » dans le sens où ils envisagent des évolutions remettant en cause l’existant. Etre DANS son institution et A COTE dans le même temps… Je suis élogieux à votre égard en disant que vous êtes des dépravés !

Donc, bandes de dépravés revenons aux raisons qui me poussent à vous causer Histoire de l’économie dans une émission dédiée à la Transition énergétique. Nous sommes très militants et valorisons les plus engagés, mais nous investissons assez peu la « science » qui régit, qu’on le veuille ou non, notre quotidien depuis que nous sommes devenus des Hommo Economicus.

 2-      La seconde raison de mon choix est que je viens de lire un sympathique ouvrage qui répond à la raison 1 et il me sied de vous en proposer mon retour de lecture. Je vous livre donc dans la même chronique le problème et la solution. C’est pas bon ça patron ?

 

Le livre que je vous recommande donc de lire est une BD de 300 pages qui s’appelle ECONOMIX (LIEN). Cet indispensable ouvrage vulgarise avec humour (et engagement…) la complexité de l’Histoire de l’économie, avec une entrée chronologique qui permet de mieux comprendre comment les pensées économiques se sont construites du XVIIème siècle à aujourd’hui.

Économie Politique Classique, néoclassique, libérale, néolibérale, mixte. Apports d’Adam Smith, de David Ricardo, de Karl Marx, de Friedrich Engels, de Keynes… tout ça c’est clairement simplifié dans mon cerveau embrumé par les postures de tout bord.

 

Impossible de résumer le machin ici, vous avez compris le principe (l’histoire de l’économie pour les nuls avec des bonhommes rigolos et des métaphores qui font « mouche ») alors j’ai ressorti une seule illustration :

  • En 1776, Adam Smith écrit RECHERCHE SUR LA NATURE ET LES CAUSES DE LA RICHESSE DES NATIONS. Il y introduisit les bienfaits de la concurrence et l’idée que le Marché peut s’auto-gérer. Mon idée était qu’Adam Smith était le gourou du libéralisme, point. On oublie que le bonhomme n’était pas dogmatique. Il pensait que « les marchés ne renforçaient pas la loi, ne protégeaient pas les frontières et ne fournissaient pas de biens publics comme le nettoyage des rues que tout le monde exige mais que personne n’est très enclin à effectuer. Dans son fameux ouvrage, il dit même de prendre garde aux capitalistes. Citation surprenante :

« la proposition de toute nouvelle loi ou règlement de commerce, qui part des [capitalistes], doit toujours être adoptée qu’après avoir été longtemps et sérieusement examinée, non seulement avec le plus grand scrupule, mais avec la plus grande défiance. Elle vient d’un ordre d’hommes dont l’intérêt n’est jamais exactement le même que celui du public, qui généralement est intéressé à tromper et même opprimer le public, et qui, dans bien des occasions, n’a pas manqué de le tromper et de l’opprimer « 

 Mais Adam Smith parle du CETA là !

Ça dans les écrits d’Adam Smith, c’est aussi contre-intuitif qu’un Donald Trump en tractage sur le marché de La Roche sur Yon pour inciter à crowdfunder l’excellente initiative CoWatt.

8

Ce livre m’a fait penser à un autre ouvrage que j’ai dévoré l’année dernière et qui, lui aussi, suit une logique « frise chronologique » ! OR NOIR, une grande histoire du pétrole de Mathieu Auzaneau (LIEN). On se situe sur la même période et les ouvrages se nourrissent l’un l’autre. On y retrouve d’ailleurs les mêmes acteurs de notre histoire récente.

 Alors pourquoi se priver de connaissances facilement accessibles ? Si ce livre a su combler quelques trous béants de ma culture économique, il peut peut-être nous aider à ne pas reproduire les erreurs d’un passé récent. En plus, il est drôle. ECONOMIX de Mickel GOODWIN, Edition les ARENES

Pour terminer une info locale (vendéenne) : dimanche 26 mars, c’est le lancement à La Roche sur Yon de la monnaie complémentaire VendéO. A suivre.

 

Publié dans CHRONIQUES ECOLO-BUISSONIERE | Pas de Commentaire »

Lu : ECONOMIX, la première histoire de l’économie en BD

Posté par Jean-Luc DOTHEE le 19 mars 2017

Une fois n’est pas coutume, la petite bibliothèque de mon village a su me proposer une lecture d’exception… dont je n’avais jamais entendu parlé.

Qui n’a pas envie d’avoir une culture basique mais crédible sur la « science » économique (quelque soit vos opinionsEconomix_la_premiere_histoire_de_l_economie_en_BD politiques d’ailleurs), et sans investir un temps monstrueux dans des lectures souvent très techniques ? Économie Politique Classique, néoclassique, libérale, néolibérale, apports d’Adam Smith, de David Ricardo, de Karl Marx, de Friedrich Engels, de Keynes… C’est bien de savoir de quoi on parle non ?

J’ai ce qu’il vous faut : avec ECONOMIX, vous disposez d’une BD vulgarisant la complexité de l’économie, avec une entrée chronologique pour comprendre comment la (les ?) pensée économique s’est construite du XVIIème siècle à aujourd’hui.

Indispensable. Voici ce qu’en a dit Le Monde :

« Economix est un livre hors norme. S’il avait existé à l’époque, certains banquiers n’auraient pas osé vendre autant de crédit à risque« 

Pour ma part, je trouve que l’auteur, Michael Goodwin, parvient, grâce à l’accessibilité permis par les dessins, à vulgariser des concepts complexes sans basculer dans le simplisme. Un exploit.

Aucune pertinence à résumer ici l’ouvrage -de près de 300 pages – mais j’ai choisi quelques morceaux qui vous donneront peut-être envie d’en savoir plus :

  • 1776 : Adam Smith écrit RECHERCHE SUR LA NATURE ET LES CAUSES DE LA RICHESSE DES NATIONS. Il introduit les bienfaits de la concurrence et l’idée que le Marché peut s’auto-gérer. Mon idée était qu’Adam Smith était le gourou du libéralisme, point. On oublie que le bonhomme n’était pas dogmatique. Il pensait que « les marchés ne renforçaient pas loi, ne protégeaient pas les frontières et ne fournissaient pas de biens publics comme le nettoyage des rues que tout le monde exige mais que personne n’est très enclin à effectuer« . Dans son fameux ouvrage, il dit même de prendre garde aux capitalistes. Citation surprenante :

« la proposition de toute nouvelle loi ou règlement de commerce, qui part des [capitalistes], doit toujours être adoptée qu’après avoir été longtemps et sérieusement examinée, non seulement avec le plus grand scrupule, mais avec la plus grande défiance. Elle vient d’un ordre d’hommes dont l’intérêt n’est jamais exactement le même que celui du public, qui généralement est intéressé à tromper et même opprimer le public, et qui, dans bien des occasions, n’a pas manqué de le tromper et de l’opprimer« 

  •  Ci-dessous une planche pour illustrer l’esprit de la BD. Il est question ici de l’émergence des médias dans l’économie. D’autres planches nous expliquent comment la publicité est passée d’une logique d’information sur une offre de service disponible à une logique de transmission du désir de consommation (John Kenneth Galbraith – 1958).

Image

 

  • Bien sur, l’émergence de la prise en compte des externalités de production me touche particulièrement. La prise en compte du « coût global » n’est qu’une notion récente que la RSE tente de prendre en compte dans les organisations du XXIème siècle.

IMG_1488 (2)IMG_1489

 

 

Seule critique : le livre étant écrit par un américain pour les américains, il est un peu « USA-centré ».

Bien sur ce livre est « engagé » mais il me semble qu’il est suffisamment factuel pour que tout le monde y trouve son compte. A lire donc pour être un peu plus « compétent » sur la branche « économique » de notre Histoire.

PS : je renvoie sur le dernier entretien de Gaël Giraud, économiste décalé et ultra-pertinent qui mérite d’être lu : LIEN

 

Publié dans LECTURES | Pas de Commentaire »

12345...53
 

vagno |
Fin de séjour à Amnesia |
nkoloboudou |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | www.motamotadomicile.fr
| TOUJOURS MASI MANIMBA
| Du lien social